L’Etat met en place un plan d’aménagement pour sauver la crevette marocaine de l’extinction

Le niveau du stock est inquiétant : il ne dépasse pas 11% de la biomasse d’équilibre.
Repos biologique combiné au type de pêcherie, restriction sur les mailles des filets, systèmes de quotas : des mesures d’urgence et de court terme à  lancer.

Elle s’appelle Parapenaeus longirostris et encourt le risque de devenir une espèce en voie d’extinction. Ce vocable scientifique désigne la crevette rose dont les Marocains consomment à peine 2 000 tonnes par an, mais qui rapporte de précieuses devises puisqu’il s’en est vendu quelque 8 000 tonnes à l’étranger en 2009. Elle risque de devenir une espèce rare dans les eaux territoriales nationales, plus précisément dans la zone d’exclusivité économique (ZEE) qui couvre 200 miles marins (370 km) à partir des côtes du pays.
On savait depuis longtemps que la surexploitation de certaines espèces menaçait et, au début des années 2 000, la réglementation de la pêcherie du poulpe, par exemple, qui avait soulevé un tollé de la part des armateurs de la pêche hauturière, était rendue nécessaire pour éviter l’effondrement de la ressource : périodes de repos biologique, zone d’interdiction de capture, contrôle renforcé des outils de pêche (mailles des filets) et même destruction d’une partie des barques artisanales.
C’est à un scénario pratiquement similaire que l’on doit s’attendre aujourd’hui. Jeudi 24 juin, le ministère de l’agriculture et de la pêche maritime présentait aux professionnels les premières mesures d’un plan d’aménagement de la pêcherie crevettière, en vue de sauvegarder la ressource. Il faut dire que la situation est très critique, et ce, aussi bien pour la crevette que pour le merlu. La surexploitation, jugée très avancée, est mise en exergue par les dernières campagnes de prospection, menées par l’Institut national pour la recherche halieutique (INRH).

Des détails à discuter avec les associations professionnelles

Un seul chiffre, alarmant, prouve si besoin est, l’urgence de l’action. Il est donné par Majida Maârouf, chef de division des ressources halieutiques au ministère de la pêche. «La biomasse actuelle des crevettes dans les eaux nationales, dit-elle, n’est que de 11% de celle qu’elle devrait être à l’état d’équilibre. En d’autres termes, non seulement le renouvellement du stock de crevettes, issu de la reproduction ne se fait plus, mais, de plus, ce stock est arrivé à un niveau extrêmement bas. Pour le merlu, si la situation est moins grave, elle n’en est pas moins alarmante : le stock actuel représente à peine 21% de la biomasse à l’état d’équilibre.»
Certes, des mesures de prévention existent déjà. Elles consistent notamment en un gel des investissements, en la délimitation de zones autorisées pour le chalutage ou encore la fixation de la taille minimale autorisée, mais ces mesures là ne sont pas spécifiques à la pêcherie de crevettes et ne semblent pas en mesure d’assurer aujourd’hui une exploitation rationnelle de cette ressource. Le plan à mettre en place, et dont certains détails seront discutés avec la profession, devra logiquement être opérationnel d’ici janvier prochain et c’est ce qui explique qu’il se décline en deux volets : celui des mesures d’urgence et celui des mesures dites «à court terme».
Les mesures d’urgence portent sur un ensemble de mesures techniques de préservation dont l’objectif est le redressement de l’état du stock. Elles sont au nombre de trois. Premièrement, l’instauration de périodes de fermeture à la pêche. Il s’agit clairement de repos biologique. Cela dit, pour la crevette, par exemple, ce crustacé se reproduisant en haute mer et se développant en zone côtière, il est très probable que ces périodes de repos biologique soient fixées en fonction des zones et catégories de pêche. C’est d’ailleurs, là, l’objectif de la deuxième mesure du plan d’urgence.
Ainsi, la pêche hauturière se verrait limiter ses activités pendant les trois mois compris entre janvier et mars que dure la procréation, tandis que la pêche côtière et artisanale, dans le cas de la crevette, serait, elle, temporairement suspendue en septembre et octobre pour laisser les juvéniles atteindre un stade de croissance suffisant.

Démarrage du plan en janvier prochain

Parallèlement à cela, il sera aussi question de repousser la zone permanente de non pêche au-delà du seuil des trois miles marins, actuellement fixé par la réglementation.
Enfin, troisième mesure du plan d’urgence, une réglementation adaptée des engins de pêche afin de permettre aux espèces de petite taille (immatures ou juvéniles) de pouvoir s’échapper à travers les ouvertures des filets. La longueur des mailles des chaluts à crevette sera donc fixée à 50 mm.
Mais, ce n’est pas tout. Selon Mme Maârouf, «ces trois mesures seront accompagnées d’un renforcement du système de contrôle et de surveillance, de la mise en place d’un système de traçabilité des captures et des circuits de commercialisation, et du lancement d’un programme scientifique (INRH) en vue d’affiner l’information sur le potentiel d’exploitation de l’espèce».
Une fois les mesures d’urgence instaurées, le ministère de la pêche maritime entend les compléter par celles dites de court terme. Ces dernières nécessiteront une haute qualité d’information scientifique et technique que l’INRH devrait fournir sous peu, et viseront l’instauration d’un système de plafonnement des captures (quotas), d’un dimensionnement de l’effort de pêche en fonction des indicateurs biologiques et d’une amélioration de la sélectivité de chaluts. «In fine,  les mesures d’urgence et les mesure à court et moyen termes auront un effet de complémentarité. Ainsi, le redressement de la situation de la pêcherie se verra complété par un système de gestion plus performant», conclut Mme Maârouf.