L’Etat incité à  promouvoir le développement humain et à  renforcer les institutions

Les mesures traditionnelles basées sur le PIB ne renseignent pas sur le bien-être, la prospérité, l’inclusion et la soutenabilité. Selon la Banque mondiale, 75% de la richesse des Marocains était immatérielle en 2005.

Améliorer la compréhension du concept novateur du Capital immatériel et de son rôle dans la création de richesse, tel était l’objectif de la conférence organisée par l’Alliance des hors cadres de l’OCP, samedi 7 février à Casablanca. L’évènement se voulait une ébauche d’une réflexion commune sur les challenges de l’évaluation du capital immatériel du Maroc à travers, entre autres, le prisme de la connaissance du patrimoine national  culturel, économique, écologique, etc.
Avant de conceptualiser autour de la notion centrale, plusieurs constats de départ ont été rappelés par Jean-Pierre Chauffour, économiste principal pour le Maroc à la Banque mondiale. Pour lui, le Royaume a des problèmes de convergence économique depuis les années 70. Le PIB moyen par habitant est passé de 800 à 2500 dollars constants en 2013 (base 2005) alors que les pays à revenu intermédiaire élevé étaient à 4500 dollars par habitant, et ceux à revenu intermédiaire faible ne dépassaient pas les 1500 dollars. Parallèlement, l’économie du Royaume pâtit d’une faible transformation structurelle. En effet, alors que les économies à revenu intermédiaire élevé ont fourni des efforts notables d’industrialisation au détriment des activités primaires, la part de l’industrie dans le PIB du Royaume est restée quasiment au même niveau que dans les années 70. De plus, la productivité reste faible en comparaison avec les pays émergents. Face à ces carences, l’économiste rappelle que les mesures traditionnelles basées sur le PIB renferment des limites. Elles ne renseignent pas sur le bien-être, la prospérité, l’inclusion et la soutenabilité. «D’où le besoin de s’appuyer sur d’autres mesures pour apprécier le véritable développement économique», affirme l’économiste de la Banque mondiale.    

Parmi ces nouveaux paramètres de mesure, le passage des actifs tangibles aux  actifs immatériels qui constituerait un point d’inflexion pour les économies en développement si elles les consolident davantage. Déjà en 2005, 75% de la richesse des Marocains était immatérielle contre 67% pour les habitants des pays à revenu intermédiaire élevé et 47% pour ceux à revenu faible. D’après la définition de la Banque mondiale, le capital immatériel constitue la différence entre la richesse totale et la somme du capital naturel, le capital fixe et les actifs financiers étrangers nets. Il comprend implicitement le capital humain, le capital institutionnel et le capital social. Ainsi, pour le cas du Maroc, la richesse doit être étendue à ce capital intangible, au même titre que les ressources halieutiques, les ressources en eau et les énergies renouvelables (solaire et éolien).

Cette prise en compte du capital immatériel équivaudra pour l’Etat à promouvoir une vraie politique de développement du capital humain, de renforcer les institutions et fonctions régaliennes de l’Etat et consolider le lien social et la confiance des citoyens. En somme, il s’agit d’opter pour des politiques publiques qui privilégient la cohérence immatérielle en amont au lieu de la cohérence matérielle en aval (émergence industrielle, défense commerciale, préférence nationale,..).