L’Etat gèle l’extension des grandes villes

Casablanca, Rabat, Marrakech, Agadir et Tanger sont saturées

De nouvelles villes seront créées : Après Tamansourt et Tamesna, trois autres sont prévues dans le nord et une entre Kénitra et Larache.

LeMaroc veut en finir avec les problèmes des mégalopoles. Les autorités ont décidé de bloquer l’extension des grandes villes actuelles et d’opter pour la promotion de villes moyennes. C’est cette stratégie que met actuellement en œuvre le ministère de l’Habitat et de l’urbanisme (MHU). Après Tamansourt, à proximité de Marrakech, et Nour Zaër, rebaptisée Tamesna, dans l’agglomération de Rabat-Salé-Témara, des études sont lancées dans le Nord où trois nouvelles villes seront créées. Elles absorberont le mouvement de migration de main-d’œuvre que ne manquera pas de créer le nouveau port de Tanger-Med lorsqu’il entrera en activité (début 2007), évitant ainsi aux villes de Tanger et Tétouan d’étouffer sous la pression démographique. Les trois villes nouvelles seront localisées à Geznaya Al Jadida, dans la commune rurale de Boukhalef (1 070 ha pour 350 000 habitants), à Melloussa-Jouamaa (500 ha pour 30 000 habitants) et à Ksar Sghir-Ksar Majaz (880 ha pour 100 000 habitants dont 40 000 touristes).

Les villes marocaines ont absorbé 13 millions d’habitants en 40 ans
En outre, les études d’identification d’une autre ville nouvelle entre Larache et Kénitra, «caractérisée par un vide urbanistique», selon un responsable à l’Agence urbaine de Kénitra, sont en cours. Selon cet organisme, la zone présente des potentialités importantes, eu égard à la richesse de son agriculture, sa proximité des voies de communication, aussi bien de l’autoroute que de la voie ferrée. Par ailleurs, la nouvelle ville sera située non loin du littoral pour profiter des avantages du tourisme balnéaire.
Taoufik Hjira, ministre de l’Habitat et de l’urbanisme, met en avant deux éléments qui militent en faveur de cette stratégie de développement des villes nouvelles. Primo, la plupart des villes marocaines, Casablanca, Rabat, Tanger, Marrakech ou encore Agadir, ont atteint leurs limites d’absorption de population. Le ministre rappelle que les villes marocaines ont intégré tant bien que mal, durant les 40 dernières années, plus de 13 millions d’habitants. Secundo, l’extension du réseau autoroutier donne la possibilité de l’ouverture de nouveaux pôles à l’urbanisation.

L’Etat se contente de la réalisation des équipements hors site puis passe le témoin au privé
La stratégie mise en œuvre se base sur plusieurs outils dont le plan d’aménagement du territoire, enfin finalisé, les résultats du recensement de 2004 qui définissent la répartition spatiale de la population actuelle et sa projection sur 20 ans ainsi que des études urbanistiques approfondies.
«Nous estimons que le développement de l’habitat insalubre est un bon indicateur des besoins des populations, encore faut-il bien analyser la situation», ajoute M. Hjira. L’idée est de bien définir le déficit de logements par rapport à la demande dans la région, en termes de quantité mais également de typologie.
Concernant le volet financier de cette nouvelle stratégie, le ministre précise que «les travaux d’une ville nouvelle ne sont lancés qu’une fois ficelé le montage financier». L’astuce c’est que le ministère ne construit plus. Il limite son intervention à la conduite des études urbanistiques, l’apurement du foncier, l’aménagement des équipements hors site (voirie, réseaux d’eau, d’électricité et d’assainissement) et la plantation d’arbres jugée prioritaire, eu égard aux préoccupations environnementales. Ensuite, l’administration vend aux promoteurs privés des îlots de terrains à prix coûtant pour la construction des logements et commercialisation. Pour Tamesna, par exemple, le coût de l’aménagement est de 1,3 milliard de DH qui sera financé par des avances du FSH (Fonds de solidarité de l’habitat), des prêts de la BEI (Banque européenne de l’investissement) et des produits de vente des îlots.
Pour Tamansourt, à 7 km de Marrakech sur la route de Safi, la demande devrait booster l’attrait des promoteurs. En effet, l’Erac Tensift, à lui seul, a déjà reçu plus de 100 000 demandes pour 58 000 logements programmés

Tamansourt : les appels d’offres lancés
Les travaux hors site et in site ainsi que les plantations d’arbres ont démarré depuis décembre 2004. L’élargissement de la voie reliant Marrakech à Tamansourt a été effectué.
Pour le moment, les AMI (appels à manifestations d’intérêt) sont lancés. Pour la grande promotion, selon l’Erac Tensift, onze promoteurs ont manifesté leur intérêt pour 10 lots totalisant une superficie de 166 hectares prévus pour 31 220 logements. Pour la petite et moyenne promotion, douze promoteurs ont déjà répondu aux appels d’offres pour 25 lots d’une superficie globale de 28 132 m2 pour la construction de 1 330 logements

Nouvelle ville de Tamesna
Ledéveloppement de la nouvelle ville a été confié à une filiale créée à cet effet, Al Omrane-Tamesna, filiale du Holding d’aménagement Al Omrane.
La nouvelle ville aura quatre fonctions complémentaires. En premier lieu, 70 hectares seront consacrés aux grands équipements et équipements moyens dont un hôpital régional, une nouvelle cité universitaire et une caserne pour la protection civile. En deuxième lieu, elle comprendra 50 000 logements dont 10 000 à faible VIT (valeur immobilière totale),
40 000 à coût abordable, et 1 000 individuels. En troisième lieu, 78 hectares seront destinés aux activités économiques génératrices d’emplois. Enfin, 120 hectares seront réservés à la création de parcs et d’espaces verts