L’Etat enfin décidé à  supprimer la subvention sur la farine et le sucre

Pour la farine, toutes les subventions (stockage, transport et mouture)
seront supprimées et remplacées par un forfait profitant aux minotiers, de 30 DH par quintal écrasé au cours de la première année, réduit de moitié la deuxième et appelé à disparaître la troisième.
Seul le sucre granulé sera encore soutenu.

L’Etat est aujourd’hui décidé à en finir avec les mécanismes archaïques de subvention de certains produits de base. Il a décidé de commencer par deux produits phares, en l’occurrence le sucre et la farine, ce qui marque le début de la fin pour la Caisse de compensation.
Pour le sucre, une source au ministère des Affaires économiques et générales a révélé à La Vie éco qu’un projet déjà ficelé prévoit la suppression pure et simple des subventions accordées au pain de sucre et au sucre en lingots et en morceaux. La subvention pour le sucre granulé sera, quant à elle, maintenue dans un premier temps. Rappelons que l’Etat verse, à travers la Caisse de compensation, une subvention de 2 DH par kilo de sucre sur une consommation totale d’un million de tonnes, soit un montant total d’environ 2 milliards de DH par an.
Comme à l’accoutumée, la suppression des subventions soulève la question délicate du pouvoir d’achat du consommateur. En d’autres termes, certains, y compris au sein du gouvernement, mettent en garde contre une hausse des prix. C’est, entre autres, la position du ministère de l’Intérieur. Mais les départements qui défendent la suppression des subventions mettent en avant l’expérience des huiles dont les prix n’ont pourtant pas flambé après la libéralisation. Toujours est-il que, pour se prémunir contre une hypothétique surchauffe, le gouvernement compte passer avec les industriels des accords de modération en vertu desquels ils s’engagent à approvisionner correctement le marché de manière à éviter toute pénurie qui occasionnerait une hausse des prix. Cela dit, la libéralisation du sucre butait sur un dernier problème, soulevé cette fois-ci par le ministère des Finances. En effet, la libéralisation suppose la suppression des droits de douanes sur les importations de sucre.

Les Finances acceptent d’abandonner 900 MDH de droits de douanes
Or, ces derniers rapportent tout de même 900 MDH à l’Etat. Initialement, le département des Finances était réticent à l’idée de renoncer à de telles recettes. Finalement, ce ministère a revu sa position suite à un arbitrage du premier ministre. Comme l’explique un membre du gouvernement, «il faut relativiser ce manque à gagner de 900 MDH car, en libéralisant, l’Etat ne déboursera plus les 2 milliards de DH. Il économise donc 1,1 milliard».
Pour la farine, le gouvernement a arrêté un schéma en concertation avec les professionnels. Ce sera une subvention forfaitaire de 30 DH par quintal écrasé, pendant la première année qui suivra l’entrée en vigueur de la libéralisation. Pour la deuxième année, la subvention sera ramenée à 15 DH/q, avant d’être définitivement supprimée à partir de la troisième année. Contrairement à ce qu’on pouvait imaginer, la libéralisation des prix de la farine ne semble nullement déranger les professionnels, particulièrement les minotiers. Ces derniers reconnaissent à l’unanimité que les mécanismes de subventions ont fait plus de tort que de bien au secteur. Ainsi, pour Abdellatif Izzem, responsable à la Fédération nationale de la minoterie (FNM), «plus de 40 minoteries ont fermé leurs portes ces dernières années et plusieurs autres sont soit en difficulté soit carrément en redressement judiciaire, à cause de ce système archaïque de subvention». Et de poursuivre que «les professionnels soutiennent le redéploiement des subventions à condition, toutefois, que les nouveaux mécanismes mis en place ne portent pas préjudice à la profession».

Le quota d’écrasement imposé aux minoteries n’existera plus
Cela dit, il est certain que, dans le cas de la farine, la libéralisation sera un exercice plus difficile en raison de la complexité des mécanismes actuels. En effet, ce secteur est composé de deux filières : une filière dite réglementée, qui est la farine nationale subventionnée (farine nationale de blé tendre), et une autre, dite libre (farine de luxe).
Pour la première filière, qui porte sur 10 à 12 millions de quintaux par an, l’Etat débourse chaque année 2 milliards de DH de subventions, répartis entre les stockeurs et les minotiers. Les premiers, qui achètent le blé tendre au producteur à un prix fixé par l’Etat à 250 DH le quintal, reçoivent par la suite une subvention de 4 DH par mois et par quintal stocké. Quand le blé passe à la phase d’écrasement, les minotiers reçoivent une subvention de 143 DH par quintal écrasé. Mais entre les deux, il faut signaler que l’Etat verse également une subvention de transport à hauteur de 2 DH le quintal. Au final, la farine subventionnée est vendue aux commerçants à 182 DH/q, qui la revendent à leur tour à un prix fixé à 200 Dh/q. Or, comme le révèlent une majorité de professionnels contactés par La Vie éco, la farine subventionnée, censée être vendue au prix fixe de 2 DH le kilo, est vendue en réalité entre 2,40 DH et 2,50 DH le kilo en raison de sa rareté. Parallèlement, les minotiers opéraient une espèce de péréquation avec la farine dite libre (non réglementée) qu’ils revendaient à perte – d’après ce qu’ils avancent. Plus concrètement, malgré la subvention et les prix fixés par l’Etat, c’est le marché qui a toujours régulé les prix de vente.
Par ailleurs, non seulement les subventions ne remplissent plus leur rôle depuis longtemps, mais elles ont créé des situations de rente et des abus. A titre d’exemple, les stockeurs, qui reçoivent 4DH par mois et par quintal stocké, avaient intérêt à détenir un stock en permanence. Ce dernier, qu’ils conservaient le plus longtemps possible, leur garantissait une véritable rente. Autre exemple, celui des minotiers qui, sans écraser réellement du blé, recevaient leur subvention de 145 DH le quintal par des moyens frauduleux.
Dans tous les cas, il sera mis fin à tous ces abus très prochainement et la mise en application de la réforme devrait démarrer après le Ramadan, nous a déclaré une source gouvernementale

Parmi les abus criants, celui de certains minotiers qui, sans écraser réellement le blé, recevaient leur subvention de 145 DH le quintal par des moyens frauduleux.

Le système de subvention des deux produits avait fini par engendrer tant de dysfonctionnements et d’abus que le consommateur n’en profitait plus.