L’Etat distribue du fourrage aux éleveurs pour éviter une pénurie de lait

Retard des pluies et hausse du prix des aliments font craindre une crise dans
le secteur laitier.
La filière doit être restructurée pour réduire la dépendance aux importations.

Le secteur laitier risque de connaà®tre, durant les mois à  venir, une conjoncture difficile. En effet, depuis début octobre 2007, le retard des précipitations dans l’ensemble des régions laitières, et la hausse des prix des aliments du bétail qui ont fortement augmenté constituent les prémices d’une situation problématique. Depuis août 2006, cette évolution est particulièrement ressentie concernant les aliments destinés aux vaches laitières (le son, la févrole et la pulpe de betterave) dont les cours ont pris 25 à  40 euros la tonne. Aujourd’hui, conséquence naturelle de l’envolée des cours du blé, la tonne de son coûte environ 2 900 DH.

Pour assurer l’approvisionnement du marché et réduire l’impact de la hausse des prix et des aléas climatiques, les pouvoirs publics ont décidé, lors du dernier conseil de gouvernement, d’une aide au profit des éleveurs. Ainsi, quatre millions de quintaux d’aliments seront subventionnés et distribués aux éleveurs de toutes les régions. Ce qui devrait avoir des conséquences directes, affirme-t-on à  la direction de l’élevage du ministère de l’agriculture, sur la productivité du cheptel.

Il importe de rappeler que d’autres mesures avaient été prises par le gouvernement sortant, durant l’année 2007, pour faire face à  la hausse des prix du lait en poudre. Dépendant du marché international pour la fabrication des dérivés laitiers, l’industrie laitière avait connu une mauvaise passe en début d’année. Pour l’aider à  dépasser la crise, une réduction provisoire des droits de douane – qui ont été ramenés de 60 à  17,5 % – a été décrétée.

Le Maroc connaà®tra-t-il, à  terme, à  l’instar du marché international, une pénurie de lait, d’autant que nous sommes en pleine saison de basse lactation ? Au ministère de l’agriculture on se veut rassurant : «Nous ne sommes pas dans ce scénario car, même aujourd’hui, alors que c’est la basse lactation, la production se maintient à  un bon niveau. Et durant le Ramadan, période de forte consommation, les professionnels ont assuré une grande partie de la demande qui s’est élevée à  73 millions de litres. Les importations ont été de l’ordre de 1,15 million, soit 1,6 % de la consommation du mois sacré». Néanmoins, ces derniers jours, le lait frais s’est fait rare sur les rayons des épiciers et des grandes surfaces. Pour les professionnels, en raison des mutations que connaà®t le contexte international, le Maroc doit assurer une grande partie de son approvisionnement en lait.

70% de la production marocaine de lait est usinée contre 8,5% il y a une trentaine d’années
Actuellement, et selon les statistiques du ministère de l’agriculture, la production locale ne couvre pas la totalité des besoins en produits laitiers. D’o๠l’importation de certains dérivés laitiers, notamment le beurre (35 000 tonnes), la poudre de lait (14 000 tonnes) et les fromages (7 000 tonnes).

Compte tenu de l’évolution du marché international, il est de plus en plus risqué de compter sur les fournisseurs étrangers. Pour garantir son autosuffisance en lait, le Maroc devra, tôt ou tard, procéder à  une restructuration de la filière dans son ensemble. Au ministère de l’agriculture, on parle d’une organisation des structures de production en vue de leur intégration pour permettre à  la filière d’être compétitive. Les actions à  mener concernent aussi bien l’amont que l’aval.

Aujourd’hui, la production nationale atteint 1,5 milliard de litres par an, dont 20 % produits en période de basse lactation, qui dure 5 mois, et 80 % en saison de haute lactation. Il faut souligner que 70 % de cette production (1,1 milliard de litres) est usinée contre 8,5 % il y a une trentaine d’années. Ce développement a été réalisé grâce à  l’investissement consenti pour le développement du cheptel laitier, le développement des cultures fourragères et l’amélioration des infrastructures pour la collecte et la transformation du lait. Pour le développement du cheptel, les importations de génisses ont repris en 2004, après une suspension de 3 années suite à  l’apparition de la maladie de la vache folle, et près de 28 415 génisses ont ainsi été importées.