Lesieur/Savola : les plaintes pleuvent au Tribunal de commerce de Casablanca

Quatre actions en justice contre Savola, deux intentées par Lesieur Cristal et deux autres par l’association des fabricants d’huile.
Pour sa part, Savola poursuit Lesieur pour publicité dénigrante.

L’affaire Lesieur Cristal-Savola est loin d’être résolue. Après la bataille des déclarations, le feuilleton s’est déplacé sur le plan judiciaire. Ainsi, cinq actions en justice sont en cours auprès du tribunal de commerce de Casablanca.
Lesieur Cristal a saisi à deux reprises le tribunal. Une fois pour publicité dénigrante et une autre pour imitation de la poignée du bidon de cinq litres. Dans le premier cas, la filiale de l’Ona reproche à son concurrent de diffuser un spot télévisé montrant de manière implicite que l’huile produite par Savola est de meilleure qualité que celle de Lesieur. Dans le second cas, elle reproche à Savola d’avoir copié un produit dont le brevet est déposé. A noter que, pour cette dernière affaire, Savola Maroc a été déboutée en première instance et condamnée au versement de dommages et intérêts à Lesieur Cristal.
De son côté, l’AMFH (Association marocaine des fabricants d’huiles), présidée par Ahmed Rahhou, PDG de Lesieur Cristal, a pour sa part introduit deux plaintes contre Savola. L’une pour concurrence déloyale (notamment le dumping) et l’autre pour publicité mensongère en ce qui concerne la composition de l’huile, au motif que le dessin figurant sur ledit bidon fait la part belle à un épi de maïs alors que le produit contient d’autres constituants, notamment de l’huile de soja. Savola Maroc, de son côté, ne reste pas les bras croisés. Elle a également saisi le même tribunal pour publicité dénigrante, reprochant à son concurrent une dévalorisation implicite de son produit.
C’est donc parti pour une empoignade juridique. Pour Ahmed Rahhou, le recours à la justice est justifié car «la situation est préjudiciable à l’ensemble de la profession et il fallait dénoncer les pratiques illégales de Savola Maroc, notamment en matière de publicité et d’étiquetage». Il précise qu’il y a «manifestement une volonté d’induire le consommateur en erreur».

Savola a augmenté ses ventes pendant le mois de ramadan… Lesieur aussi
Chez Savola Maroc, en revanche, on affiche la sérénité. «Nous n’avons pas de conflit avec Lesieur Cristal. Notre bataille se situe au niveau du marché pour gagner le consommateur. Notre objectif est d’être opérationnel sur le terrain et de répondre aux besoins des consommateurs», indique Hicham Aakil, directeur général de l’entreprise qui, en dépit de notre insistance concernant les attaques juridiques, préfère plutôt parler des performances réalisées. Ainsi, il annonce avec une grande fierté que les ventes ont augmenté de 50 % depuis le début de ramadan. «Nous pourrions même les doubler ; ce qui est une performance spectaculaire qui révèle la forte demande engendrée par nos produits». Le directeur général de Savola Maroc ne manque toutefois pas de préciser que l’usine tourne à pleine capacité aujourd’hui, soit 4 500 tonnes par mois, alors que la demande atteint au cours du mois de Ramadan les 6 000 tonnes. Cependant, «Savola Maroc n’importera pas puisqu’elle a constitué un petit stock de 2 500 tonnes qui permettra de répondre aux besoins du marché», précise-il. D’ailleurs, un investissement de 100 MDH est prévu pour porter la capacité de production à 8 000 tonnes par mois.
Cependant, il bon de noter que la hausse des ventes durant Ramadan n’est pas une exclusivité de Savola Maroc puisque la demande augmente toujours au cours de cette période de l’année. Et chez Lesieur Cristal, on annonce également que «les ventes sont appréciables». Quelles que soient ces performances, cette dernière ne compte pas lâcher prise sur le dossier prioritaire qui l’oppose à son concurrent.
Reste à savoir si le Conseil de la concurrence interviendra pour statuer sur la question de la concurrence déloyale. Selon Rachid Talbi Alami, ministre chargé des Affaires économiques et générales, c’est l’Autorité de la concurrence qui doit trancher dans ce type d’affaires. Mais elle doit être saisie par les associations professionnelles, le ministère de tutelle ou des associations de défense des consommateurs

L’Autorité de la concurrence, habilitée à statuer sur les affaires comme celle qui oppose Lesieur Cristal à Savola, n’a pas été saisie.