Les voyagistes ne voient pas d’un bon Å“il la création d’un tour-opérateur national

Ils estiment que l’idée est peu opportune et que les T.O. de par le monde sont en perte de vitesse. Du côté du ministère, l’idée est déjà  en train de faire son chemin. Elle sera abordée avec les professionnels lors des concertations pour revoir la loi 31-96.

Si le Maroc veut dynamiser son tourisme, il lui faut un tour-opérateur national présent à l’étranger. C’est en tout cas ce que le ministère de tutelle martèle depuis quelque temps, alors même qu’une première tentative n’avait pas abouti du temps où Adil Douiri occupait ce poste. Aujourd’hui, Lahcen Haddad relance le débat en s’appuyant sur l’expérience turque : la Turquie compterait en effet d’importants TO à l’étranger, en particulier en Allemagne et en Russie. Cela dit, à comparer les marques Maroc, dont on connaît les chiffres, et Turquie (6e destination mondiale, 39,2 millions de touristes en 2013 et 980 000 lits environ), on s’y brûlerait les ailes. Rien que le site Internet de l’Office national du tourisme turc, goturkey.com, a de quoi faire rougir le visitmorocco.com. Il est donc peut-être un peu tard pour que le Maroc se dote, au mieux en 2015, d’un TO national. C’est en substance ce que répondent les professionnels à l’enthousiasme de Lahcen Haddad. «L’idée de créer un TO est un peu trop facile : pourquoi revenir sur une chose qui n’a déjà pas marché», réplique un directeur d’agence de voyages.

Un premier projet de texte devrait être disponible début 2015

Pour nombre de professionnels, la création d’un TO national est loin d’être la priorité. «Partout dans le monde, ils sont en perte de vitesse et ce malgré leur expérience et leur savoir-faire. Ce n’est vraiment pas le moment pour que le Maroc lance le sien. Le modèle a changé puisqu’il accorde plus d’importance aux agences de voyages et TO en ligne», confie un autre professionnel.

Dans l’état actuel des choses, le seul obstacle qui entraverait cette initiative est l’inexistence d’un statut juridique. La loi 31-96 portant statut des agences de voyages ne fait en effet aucune mention du statut de TO. «Dans la pratique, 2 à 3 agences de voyages agissent en tant que tour-opérateur à l’export. Si ce statut est réglementé, nous n’avons rien contre la possibilité qu’il y ait un TO national même si le secteur de la distribution au Maroc n’a pas encore atteint sa maturité», confie un professionnel de la distribution.
Du côté du ministère, l’idée est déjà en train de faire son chemin. «Nous avons proposé notre aide, y compris financière et matérielle, aux professionnels marocains pour s’installer en Russie, en Allemagne et au Royaume-Uni. Nous allons très prochainement lancer un appel à manifestation d’intérêt international et j’espère que les opérateurs marocains seront au rendez-vous», a ainsi annoncé Lahcen Haddad dans notre édition du 10 octobre dernier. La concertation avec les professionnels pour revoir la loi 31-96 devrait démarrer d’ici la fin de ce mois pour se prolonger jusqu’à fin décembre. Si l’agenda est respecté, un premier draft serait rédigé pour le premier trimestre 2015.