Les villes touristiques réclament plus de lignes aériennes internationales directes

En 2016, Marrakech est, après Casablanca, la ville la mieux connectée par vol direct avec le reste du monde. Agadir veut se connecter aux marchés polonais, espagnol et italien. Tanger lorgne une liaison directe vers l’Italie et vers Marrakech.

Pour drainer des flux de touristes plus importants et par conséquent générer plus de nuitées dans les établissements hôteliers, les connections aériennes directes sont vitales. L’année touristique écoulée a été sauvée in extremis grâce notamment aux liaisons aériennes directes opérationnelles, surtout pendant les périodes estivales où touristes étrangers et Marocains résidents à l’étranger (MRE) affluent.

En 2016, Tanger, Marrakech, Agadir, Fès et Essaouira étaient plus ou moins bien desservies par les compagnies étrangères régulières, Low Cost et Royal Air Maroc. Selon les données de l’Office national des aéroports (ONDA), Marrakech est la destination touristique la plus desservie par des lignes directes. Elle est connectée à 50 aéroports par 72 lignes aériennes. Essaouira était faiblement desservie avec seulement 2 lignes aériennes vers Paris et Londres 2 fois/semaine chacune.

Hamid Bentahar, président du Conseil régional du tourisme de Marrakech, ne cache pas son ambition de mieux connecter la ville ocre avec des destinations plus lointaines. «Dans les ouvertures de lignes prévues en 2017, Air France et Transavia vont relier Marrakech au très important Hub de Paris-Charles de Gaulle. Qatar Airways a déjà connecté Marrakech aux destinations long courrier directement via Doha. Au regard des nouvelles capacités d’hébergement attendues à Marrakech, nous avons besoin d’aller chercher les clients plus loin. Aujourd’hui, il est important de bien connecter la ville ocre au reste du monde», déclare-t-il. Les opérateurs touristiques ont effectivement longtemps espéré l’ouverture d’une liaison directe entre New York et Marrakech. Encore faut-il convaincre les compagnies aériennes et particulièrement Royal Air Maroc de sauter le pas. Le reste du monde compte aussi pour l’industrie touristique de Marrakech. «Des liaisons aériennes avec Moscou, les villes du Moyen-Orient et la Chine via Casablanca contribueront également à mieux desservir Marrakech», déclare Hamid Bentahar. Le taux d’occupation des hôtels de la ville ne s’en portera que mieux.

Tanger veut aussi se connecter à Marrakech

L’élan de Marrakech fait déjà des envieux parmi d’autres villes du Royaume. Tanger était, jusqu’à décembre 2016, connectée à 15 destinations (soit 76 dessertes aériennes), ce qui a permis d’améliorer la performance de l’activité touristique estivale grâce aux MRE et aux touristes étrangers.

Et pour développer les dessertes aériennes vers la perle du Nord, Abdelghani Ragala, directeur du CRT de Tanger, Tétouan et Al Hoceima, pense à l’Italie. «Tanger est plus ou moins bien connectée à l’Espagne, à Paris dorénavant vers l’aéroport CDG et aux pays du Bénélux. Il s’y ajoute, en 2017, la liaison reliant Tanger à Palma De Mallorca. Mais on négocie aussi l’ouverture d’une ligne reliant Tanger directement à Rome ou à Milan grâce à l’ONMT», confie Abdelghani Ragala.

A ce jour, il n’existe aucune liaison directe entre Tanger et les villes italiennes. Le directeur du CRT de la région Nord veut aussi relier Tanger à Casablanca et à Marrakech grâce à des vols mieux programmés dans la journée. «Il est nécessaire de décongestionner la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima grâce aux connections intérieures et notamment la création d’un vol supplémentaire reliant Casablanca à Tanger dans la matinée. Nous aspirons également à relier Tanger à Marrakech par vol direct. Le trajet demeure difficile et long à réaliser en train ou en voiture», explique le président du CRT de la région Nord. Par cette démarche, la ville du détroit espère profiter des flux de touristes dont bénéficie Marrakech.

Agadir ne veut pas que des charters

Plus au sud de la ville ocre, la station balnéaire Agadir était jusqu’à décembre 2016 connectée à 28 villes par le biais de 80 dessertes hebdomadaires. Pour les professionnels du tourisme de la capitale du Souss, les dessertes restent insuffisantes. Malgré l’ouverture de 6 à 7 vols charters vers l’Allemagne par le tour-opérateur FTI –essentiellement pour les hôtels All Inclusive-, le reste des hôteliers trinque. A titre d’exemple, Hyatt Place de Taghazout, un hôtel 4 étoiles doté d’un golf et situé à près de 20 km d’Agadir accueille surtout des touristes qui ont transité par Casablanca et tantôt par vol direct sur Agadir. «La ville est certes bien connectée à Paris, mais il n’y a aucun vol direct reliant Agadir à l’Espagne, ni à l’Italie ou à des villes du Sud comme Marseille. En outre, certaines dessertes comme Lille et Berlin, pour ne citer qu’elles, ne sont pas ouvertes toute l’année. Notre activité dépend fortement des vols directs desservant la capitale du Souss», déplore Isabelle Le Conte, directrice commerciale de Hyatt Place.

En plus des marchés traditionnels de la ville, les professionnels du tourisme à Agadir espèrent attirer plus de touristes polonais, suisses ou encore italiens. Pour Mahfoud Chafik El Filali, directeur du CRT d’Agadir, il est nécessaire d’ouvrir des lignes vers des marchés émetteurs à fort potentiel tels que la Pologne, qui reste très peu connectée. «Nous souhaitons également faire bénéficier la ville de connections plus régulières vers les pays scandinaves et l’Autriche. La Suisse, à titre d’exemple, n’est pas directement connectée à Agadir», affirme M. Chafik El Filali. Enfin, d’après l’ONDA, Fès était jusqu’à fin 2016 connectée à 18 destinations (soit 61 dessertes hebdomadaires). La ville bénéficiera dès l’été prochain de diverses ouvertures de lignes. Grâce à un avion Air Arabia basé dans la ville impériale dès juin 2017, 14 fréquences hebdomadaires seront programmées. Cet avion desservira chaque jour une destination européenne différente. Un vol direct reliant Marrakech à Fès est programmé. Pour certains professionnels, l’impact de ces ouvertures sur le développement du secteur touristique est faible. «Ces vols sont surtout utilisés par les MRE. Ils ne permettent pas de remplir les hôtels 4 et 5 étoiles de Fès», déclare Abdelhadi Mernissi, directeur de l’hôtel Wassim.

En tout cas, l’ONMT s’active depuis quelques mois à étoffer le réseau aérien du Maroc. De nouvelles annonces seront rendues publiques prochainement. Au delà de la promotion de la destination Maroc, l’aérien demeure le cheval de bataille de Abderrafie Zouitene, DG de l’ONMT.