Les vérités de Carlos Ghosn

Le patron du Groupe Renault applaudit l’arrivée d’autres constructeurs, mais insiste sur sa qualité d’Icebreaker pour revendiquer son droit d’être seul à Tanger. Qualité et compétitivité restent la préoccupation du groupe. Pour augmenter le taux d’intégration, le nombre de fournisseurs sera porté de 50 à 70.

En 2007, au moment de la signature d’un protocole d’accord entre le Maroc et le Groupe Renault portant création d’une usine de montage de voitures à Tanger, nombreux sont ceux qui s’étaient posé des questions sur la viabilité d’un tel projet. Dix ans plus tard, il faut dire que le défi est bel et bien relevé. En 2017, Tanger a produit 300 476 et la Somaca 75 808. Le groupe a expédié 333 189 véhicules vers 74 destinations, faisant du secteur automobile le premier secteur exportateur du Royaume, devant le phosphate. Mieux, la capacité de production de l’usine de Casablanca sera portée à 160000 véhicules en 2022 contre 80000 actuellement. Un gage d’enracinement au Maroc, l’on peut dire ainsi. Devant un petit groupe de journalistes locaux invités à le rencontrer, samedi 27 octobre, en marge du World Policy Conference organisé du 26 au 28, à Rabat, Carlos Ghosn, le tout-puissant patron de l’Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi, ne s’est pas attardé sur ces chiffres. Il donne l’impression de ne jamais en avoir fait assez. Qualité et compétitivité sont les mots qu’il a le plus prononcés lors de cet entretien court, mais très instructif, eu égard à la stature de l’homme.

A l’entendre parler, on n’a aucun doute sur les intentions du groupe automobile au Maroc. «Je tiens mes engagements», a-t-il martelé. Histoire peut-être de dire que l’autre partie doit toujours penser à en faire autant pour un partenariat pérenne. En filigrane, il a rappelé que Tanger doit rester à Renault. Il n’a aucune objection à ce que d’autres constructeurs viennent s’installer au Maroc –il le voit d’ailleurs d’un très bon œil, compte tenu de l’impact sur la production et l’emploi dans le pays-, mais ne souhaite absolument pas qu’ils viennent à Tanger. C’est sans fausse modestie qu’il réclame ce droit en précisant, en substance, que son groupe est le premier à croire dans le secteur au Maroc, le premier à avoir jeté les bases d’une véritable industrie automobile au Maroc en ramenant les fournisseurs.

A propos d’engagement, Carlos Ghosn assure que son groupe travaille pour augmenter le taux d’intégration, actuellement de 50%, dont il n’est pas satisfait. «Nous déployons tous les efforts pour augmenter le taux de localisation… C’est dans notre intérêt de l’augmenter». Il tient cependant à ce que la qualité et la robustesse des pièces répondent à toutes les exigences du groupe. L’objectif initial est d’atteindre un taux d’intégration de 65%. Le groupe fait actuellement travailler 50 fournisseurs. Il compte en rajouter 20 autres, soit 70 au total, contre 20 à 25, il y a trois ans.

Le taux d’intégration est actuellement de 50%

Le site de Tanger est donc parti pour être un maillon essentiel de l’armature du groupe. «L’usine est configurée pour fabriquer des voitures modernes», rejetant ainsi tout qualificatif de low cost attribué aux véhicules qui y sont montés. A l’en croire, tout est fait selon les standards de qualité les plus élevés. L’usine est aussi en mesure de fabriquer des voitures des autres membres de l’Alliance. En manager prévoyant qui ne veut fermer aucune porte, Carlos Ghosn a indiqué qu’elle peut le faire en cas de besoin. Mais il ne faut pas aller trop vite en besogne, aucune réflexion dans ce sens n’est engagée. Pour le moment, priorité aux véhicules qui y sont fabriqués et qui se vendent bien dans le monde et pas seulement dans les marchés émergents sur lesquels le groupe mise énormément. Il explique que le taux d’équipement est encore faible dans ces régions par rapport aux pays industrialisés et qu’il convient d’y améliorer la mobilité.