Les ventes de médicaments se sont essoufflées depuis le début de l’année

Les laboratoires enregistrent une hausse limitée à  3% de leurs ventes aux grossistes. Les pharmaciens d’officine signalent un recul de 10 à  25% de leur chiffre d’affaires durant les premiers mois de 2013. La polémique sur le projet de baisse des prix, la perte des clients éligibles au Ramed et la crise sont les causes invoquées.

Les temps sont durs pour le secteur de la pharmacie. Industriels et pharmaciens d’officine signalent un tassement des ventes de médicaments depuis le début de 2013. Selon les industriels de la pharmacie, leurs ventes aux grossistes n’ont enregistré qu’une petite hausse de l’ordre de 3% depuis le mois de janvier. «Ce qui est anormal étant donné qu’habituellement les ventes du secteur progressent de 12% à 14% au cours des premiers mois de l’année», dit-on au sein de la corporation pharmaceutique. Du côté des pharmaciens d’officine, l’essoufflement de l’activité est confirmé. La Fédération nationale des syndicats des pharmaciens du Maroc (FNSPM) souligne que le chiffre d’affaires des pharmacies a régressé de 10 à 25% en fonction de l’emplacement et de la taille de l’officine. En moyenne, il est passé de 680 000 à 460 000 DH depuis le début de l’année.

Les industriels et pharmaciens interrogés lient spontanément le recul des ventes des médicaments à la polémique actuelle relative au projet de baisse des prix des médicaments envisagée par le ministère de la santé : «Il y a un flou et un attentisme qui ont forcément impacté l’évolution du secteur». Ils ne manquent pas, au passage, d’inviter le ministère de la santé «à mettre fin à la polémique en se prononçant clairement sur la baisse des prix des produits pharmaceutiques et sur la stratégie globale pour le médicament».

Les mêmes sources signalent également que le tassement des ventes peut être imputé au Régime d’assistance médicale pour les économiquement démunis (Ramed). En effet, il y aurait un transfert de la demande de médicaments du privé vers le public puisque les produits sont donnés gratuitement aux patients couverts par le régime d’assistance médicale. Il faut noter à cet égard que le budget médicament au titre du Ramed est de l’ordre de 3 milliards de DH par an.
Troisième facteur explicatif de la baisse des ventes : la crise économique. «Celle-ci pousse les ménages à revoir la priorité des dépenses et le budget santé est souvent sacrifié par les familles au pouvoir d’achat limité», explique un pharmacien qui ne manque pas de souligner que «le sacrifice des dépenses de médicaments ne peut qu’aggraver la crise des officines, sachant que la consommation est déjà faible, environ 400 DH par an et par habitant».

Les pharmaciens ne constituent plus de gros stocks

Et c’est l’aggravation de leur situation, donc la poursuite de la tendance baissière de leur chiffre d’affaires, que les pharmaciens redoutent de plus en plus. Une crainte qui rend nécessaire et indispensable, estime la profession, la mise en place d’une stratégie du médicament adaptée au marché et aussi l’institution de mesures d’accompagnement. «Celles-ci sont impératives en cas de révision à la baisse du prix. Il faut encore une fois souligner que le médicament n’est pas cher au Maroc dans la mesure où 95% des produits vendus en pharmacie ont un prix inférieur à 150 DH. Il s’agit en fait de quelque  300 ou 400 médicaments sur les 3 000 produits commercialisés sur le marché», expliquent les pharmaciens. Une explication que partagent entièrement les industriels qui réfutent, à leur tour, la cherté du médicament : «Il ne faut pas comparer avec les pays voisins comme l’Algérie ou la Tunisie dans la mesure où dans ces deux pays la couverture médicale est réellement généralisée, expliquant ainsi le niveau de la consommation de médicaments et de soins. Nous pensons que c’est là que les pouvoirs publics devraient agir».  
En attendant, les industriels estiment que les investissements et la création d’emplois sont compromis dans le secteur. De leur côté, les pharmaciens adaptent la gestion de leur officine à la conjoncture actuelle. Ils ne peuvent plus constituer un stock de plus de deux à trois jours. Il faut quand même signaler qu’aujourd’hui et au-delà de la crise, il n’est plus besoin d’avoir un stock puisque les grossistes assurent des livraisons rapides permettant aux officines d’être livrées jusqu’à 6 fois par jour dans les grandes villes et deux fois dans les petites localités.