Les ventes de boissons alcoolisées devraient progresser de 8% en 2017

De janvier à mars, la demande a augmenté de 7% pour les vins, 5% pour les bières et 2% pour les spiritueux. La détermination des autorités à contrecarrer l’informel a été décisive. L’actualisation de la réglementation encadrant le secteur et un nouveau cahier des charges pour les producteurs sont en préparation.

Les ventes légales de boissons alcoolisées sont en croissance. De janvier à mars, l’augmentation est de 7% pour les vins par rapport à la même période de l’année dernière, selon les estimations des professionnels. Le volume écoulé des bières a progressé de 5% au moment où celui des spiritueux a légèrement augmenté de 2%. Pour les opérateurs du secteur, «le marché est sur une tendance haussière. Il commence à renouer avec les performances d’avant 2012». A l’origine de cette reprise «la campagne de contrôle des ateliers clandestins qu’ont menée récemment l’ONSSA et l’Administration des douanes et des impôts indirects, en concertation avec l’Association des producteurs de raisins du Maroc qui regroupe tous les importateurs et producteurs du secteur», explique Omar Aouad, SG de l’Association des producteurs de raisins du Maroc (ASPRAM).
Les autorités ont organisé une campagne d’assainissement qui a donné lieu à la fermeture de plusieurs ateliers clandestins, mais aussi le redressement des ateliers traditionnels autorisés. Cette opération a concerné également les points de vente, principalement les épiceries. Plusieurs quantités de produits fabriqués dans les ateliers clandestins ou contrefaits et les boissons provenant du circuit de la contrebande ont été saisies.

Les petits revenus se tournent vers l’eau de vie, la fameuse mahia
«Grâce à l’appui du ministère de l’intérieur, de nombreux PV ont été établis, des amendes prononcées et des licences retirées», confirme un professionnel. Et d’ajouter : «Ces contrôles et sanctions sévères ont permis de mettre un peu d’ordre dans le secteur et de réduire significativement les quantités écoulées illégalement». Pour mieux encadrer le secteur, un projet d’actualisation de la réglementation est en préparation. En parallèle, l’ONSSA réfléchit à un nouveau cahier des charges relatif aux standards et normes de production qui devront désormais être respectés. Les opérateurs confirment que ces efforts fournis par les autorités vont certes réduire les quantités écoulées, mais ils ne vont pas mettre fin à ce fléau puisqu’il existe aujourd’hui des ateliers clandestins installés dans des zones reculées de l’Atlas, de la Chaouia (pour ne citer que celles-là) qui demeurent les principaux fournisseurs du monde rural. «Ces producteurs informels ne sont pas connus des autorités. Il est par conséquent difficile de les arrêter», regrette un responsable à l’ONSSA. A cela s’ajoute la demande qui demeure importante sur ce type de boissons alcoolisées bas de gamme. En effet, «depuis l’augmentation de la taxe intérieure de consommation opérée en 2012 et 2013, les prix du marché formel ont nettement progressé. Par conséquent, il y a eu un transfert progressif de la consommation, principalement des spiritueux, vers la mahia artisanale. Ces clients ne peuvent pas être récupérés en l’absence de produits à bas prix», développe un opérateur. Mais malgré les difficultés que connaît le secteur aujourd’hui, les professionnels restent optimistes. Ils confirment à l’unanimité que l’année 2017 se terminera sur une note positive.
Pour cette année, les producteurs et importateurs tablent sur une progression de 8% des ventes par rapport à 2016, qui était une année de stabilisation pour le secteur. Ils fondent leurs prévisions d’abord sur «la bonne pluviométrie qui a permis une bonne récolte pour le secteur de la viticulture et par ricochet une meilleure production en qualité et quantité».

Les opérateurs profiteront d’une saison d’été pleine
En outre, la saison estivale sera plus longue cette année après plus de cinq ans où le Ramadan et le pré-Ramadan ont coïncidé avec la saison estivale (juillet-août). Plus de 70% des ventes sont réalisées durant ces deux mois ainsi qu’en décembre. «Cette année Ramadan se terminera fin juin, ce qui permettra aux opérateurs de profiter pleinement de la saison», commente le président de l’association.
Le développement de la distribution est un autre facteur qui permettra au secteur de réaliser des performances. En effet, «le ministère de l’intérieur a procédé à un assouplissement de la procédure d’octroi des autorisations de débits de boissons. Ainsi, de nombreux points de vente ont ouvert entre fin 2016 et 2017», déclare un opérateur qui considère que c’est la meilleure façon de contrecarrer l’informel. Le développement du réseau Carrefour a permis aussi de palier le vide laissé par les fermetures des caves de Marjane. Cependant, les opérateurs ne compteront pas uniquement sur les facteurs conjoncturels pour développer leur business. L’année 2017 sera également marquée par plusieurs actions marketing, notamment dans les grandes surfaces, pour booster les ventes.