Les vendeurs de pièces auto de Derb Omar risquent d’être transférés ailleurs

La SNTL a soumis au Conseil de la ville de Casablanca un projet de création d’une plate-forme logistico-commerciale automotive. Un terrain de 10 hectares est identifié dans le quartier Moulay Rachid.

C’est un projet qui va faire grand bruit durant les prochaines semaines. Alors que le déménagement des commerçants de Derb Omar est toujours annoncé sans jamais être exécuté (www.lavieeco.com), c’est la Société nationale des transports et de logistique  (SNTL) qui revient à la charge avec un projet censé enclencher la dynamique de transfert des activités du célèbre quartier vers d’autres zones moins congestionnées. D’après des documents que La Vie éco a pu consulter, il s’avère en effet que la SNTL souhaite créer une plate-forme logistico-commerciale automotive pour y regrouper toutes les activités présentes à Derb Omar en lien avec le secteur automobile. Une lettre, datée du 22 mai dernier, a été transmise par la société au président du Conseil de la commune urbaine de Casablanca, Mohamed Sajid, pour solliciter la mise à disposition d’un terrain devant abriter cette plate-forme. Ce site, déjà identifié dans la préfecture d’arrondissements de Moulay Rachid, s’étale sur 10 hectares. Son choix n’est pas fortuit vu qu’il présente, aux yeux de la SNTL, plusieurs avantages qui devraient non seulement permettre une meilleure régulation des flux logistiques induits par ces activités, mais également assurer aux opérateurs qui voudront s’y implanter des conditions d’exploitation optimales.

Le budget dédié à l’aménagement du site est arrêté à 80 MDH

L’argumentaire de la SNTL se base sur le fait que le terrain en question se situe à 4 km de l’autoroute A3 reliant Casablanca et Rabat, et à 2,5 km de l’autoroute A5 contournant la métropole. La liaison entre le site et ces voies de communication est même assurée par d’importants axes routiers permettant de supporter le flux de circulation que générerait le déplacement de ces activités dans la zone indiquée. «Le site est propice pour accueillir un flux, provenant du port et des industriels de Casablanca, qui sera consommé sur place ou acheminé à destination d’autres villes», peut-on lire dans un document de présentation du projet. Présence d’un bassin d’emploi et d’un bassin de consommation, existence d’un complexe de 600 magasins commerciaux en cours de finition ainsi que des moyens de transport…, sont autant d’atouts que présente la société pour justifier le choix du site devant abriter sa plate-forme.

Outre l’emplacement, le schéma de réalisation de la plate-forme est également déjà défini. Le terrain en question devrait être loué, pour une très longue durée, par la ville au profit de la SNTL qui se chargera d’investir, d’aménager et de développer un village auto. La lettre adressée au Conseil de la ville cite même la possibilité de partenariats avec des opérateurs privés affiliés à l’Association marocaine pour l’industrie et le commerce de l’automobile (AMICA) qui «sont partie prenante dans cette initiative». En tout, le projet devrait mobiliser un investissement global de 80 MDH et créer plus de 500 postes d’emplois. Il constituera également un point de départ pour la création de tout un écosystème automotive au service des professionnels et des particuliers.

Plusieurs activités devraient ainsi être présentes dans la nouvelle plate-forme, à commencer par le commerce de pièces de rechange à qui la SNTL compte réserver 6 600 m2. D’après les explications fournies dans la présentation du projet, ce sont principalement les commerçants exerçant actuellement sur la rue Khouribga dans le quartier Derb Omar qui seraient ciblés pour une relocalisation dans le nouveau site.

Cependant, aucune indication n’est donnée quant aux moyens qui seront utilisés pour les convaincre. Ce sera en effet là le principal défi à relever, vu que ces commerçants sont généralement très attachés à leur emplacement. Nous l’avons d’ailleurs constaté lorsque nous en avons sondé quelques-uns en début de semaine. «Nous ne sommes pas au courant d’un quelconque projet de déménagement et, de toute façon, personne n’acceptera de le faire car tout le monde a son fonds de commerce ici», s’accordent à dire des commerçants de la rue Khouribga.

Aucun calendrier précis n’est arrêté

Quoi qu’il en soit, une solution devra bien être trouvée un jour ou l’autre pour assurer une optimisation de la logistique urbaine dans le quartier de Derb Omar. Et cela pourrait passer par le village auto de la SNTL qui est censé «réduire l’impact des flux de transport de marchandises relatifs au secteur automobile, principalement les flux sortants», explique la SNTL. C’est pourquoi, en plus du commerce de pièces de rechange, d’autres activités seront également proposées dans le nouveau site. C’est le cas par exemple de la visite technique à qui 1 785 m2 seront réservés, les ateliers multiservices qui seront abrités sur une surface de 8 400 m2 ou encore des showrooms d’exposition de véhicules (4500 m2).

Pour l’heure, on ignore le délai exact fixé par la SNTL pour réaliser son village auto. Elle explique dans la présentation de son projet qu’il est conditionné par la mise à disposition du foncier, la réactivité des autorités pour délivrer les autorisations de construction et d’exploitation et la sécurisation des baux commerciaux au préalable. D’après les premières hypothèses, le complexe sera prêt dans les 14 mois à venir, dont sept mois pour la construction. Sur cette base, la nouvelle plate-forme pourrait donc être opérationnelle avant fin 2016. Il reste maintenant à savoir si elle ne risque pas de devenir un site fantôme, comme l’est aujourd’hui celui qui devait accueillir d’autres commerçants de Derb Omar.