Les transporteurs internationaux menacent de bloquer le port de Tanger

A l’origine de leur grogne, les contrôles renforcés de la police
qui traque la drogue et les clandestins. n Une dizaine de camions auraient été
saisis et des transporteurs arrêtés.

Les transporteurs de marchandises menacent d’aller en grève les 16, 17 et 18 avril courant. Cette fois-ci, ce sont les contrôles de la police et de la douane au port de Tanger qui sont à l’origine de la grogne. Non pas qu’ils contestent ces contrôles qui traquent le trafic de drogue et l’émigration clandestine, explique le Secrétaire général de la Fédération nationale du transport routier (FNTR), Abdellilah Hifdi, mais la manière dont ils sont menés et les conséquences sur les entreprises de transport.
La FNRT considère que la loi 02-03 relative à la lutte contre l’émigration clandestine, en particulier son article 53, qui traite de la saisie des véhicules en infraction et de la responsabilité de leurs propriétaires, est appliquée par les juges sans discernement et sans appréciation du degré d’implication des différents intervenants, en l’occurrence le propriétaire du véhicule, le chauffeur, le propriétaire de la marchandise, quand il s’agit de saisie de drogue, et même le propriétaire de la remorque qui contient la marchandise.
Il en va de même pour l’administration des douanes qui est devenue, selon Abdellilah Hifdi, «plus tatillonne alors qu’elle est liée avec les transporteurs par un cahier des charges, qui a été justement signé pour déterminer les responsabilités en cas d’infraction et les cas où le véhicule incriminé doit être restitué à son propriétaire».

7 200 camions ont transité par le port de Tanger en mars

Or, constate le SG de la fédération, une dizaine de camions ont été dernièrement saisis et certains patrons «au-dessus de tout soupçon» sont en prison, sans aucune preuve de leur implication dans ces délits, et alors même que les vrais responsables ont avoué leurs forfaits. Aujourd’hui, conclut-il, près de 250 camions sont parqués dans le port de Tanger avec, à bord, des marchandises périssables qui doivent être livrées sans que la chaîne du froid ne soit rompue. Une situation dramatique, selon lui, car en cas d’avarie, «les assurances déclinent toute responsabilité, et c’est le transporteur qui paie les pots cassés».
Les exportateurs, notamment ceux de Tanger, Agadir et Casablanca, qui sont les plus concernés, auraient, selon un transporteur établi à Tanger, donné l’ordre à leurs conducteurs de refuser de décharger la marchandise au port de Tanger. Une décision qui bloquerait tout le flux.
En attendant, une réunion devait se tenir jeudi 15 avril, au siège du ministère du Transport, regroupant le ministère concerné, les transporteurs et la Douane, en vue de trouver une issue à la crise. Tout ceci remet sur le tapis la nécessité de l’équipement du port de Tanger en scanners, qui permettrait un contrôle plus efficace et plus rapide. La dernière prise importante de drogue dans le port espagnol d’Algériras n’a-t-elle pas été rendue possible grâce à ces fameux scanners ? Elle n’est du reste pas étrangère à ce retour des contrôles «un peu plus poussés», pour reprendre l’expression du préfet de police de Tanger qui réfute toute idée d’encombrement dans le port de Tanger et parle seulement de ralentissement de la fluidité du trafic. Au mois de mars, précise le préfet, ce sont tout de même 7 200 camions qui ont fait la traversée Tanger-Algésiras, et les contrôles n’étaient pas moins poussés