Les taxis clandestins prolifèrent à  Casablanca

Les stations improvisées ont poussé un peu partout, dans les quartiers du centre tout comme dans la périphérie. Le prix d’une place est largement plus bas que celui des taxis légaux. Les clandestins n’hésitent pas à  user de la force pour garder le monopole sur certaines zones.

Sur le Bd MohammedVI, au Rond point Bir Anzarane, à Sidi Maarouf, Bernoussi… Dans le centre-ville comme dans la périphérie de Casablanca, on voit un peu partout les taxis clandestins ou «khataffa». Ce phénomène a pris de l’ampleur, au point de ne plus choquer personne. «Ils opèrent sur tous les trajets et pratiquent des prix largement en dessous de ceux des professionnels», déclare Mohamed El Harrak, du Syndicat des taxis, affilié à la Confédération démocratique du travail (CDT). Pour un court trajet, le prix de la place est de 3,50 DH au lieu de 4,50 DH chez les taxis légaux. Les trajets moyens, quant à eux, sont facturés de 6 à 7 DH contre 10 DH chez les détenteurs d’agréments. La différence devient plus flagrante quand il s’agit d’un long trajet. «Les prix sont plus bas de 20 à 30 DH», confirme Mohamed El Harrak.

Le prix n’est plus le seul moyen qu’utilisent ces transporteurs informels pour attirer la clientèle. «Ces chauffeurs investissent de plus en plus dans les marques de véhicules». La preuve, depuis quelque temps, clients et professionnels ne s’étonnent plus quand ils voient une Mercedes classe E (ancien modèle), une Seat Leon première génération ou une Golf 4 en quête de clients sur le Bd Mohammed VI ou à Lissasfa.

Casablanca dispose pourtant d’un imposant parc de taxis, petits et grands

Alors quelles sont les facteurs qui expliquent le développement du transport informel ? A la wilaya de Casablanca (l’autorité de tutelle), on indique que ce phénomène est loin d’être le résultat d’un dysfonctionnement du système de transport en commun. «Comme les ferrachas, le transport clandestin est devenu le refuge pour une catégorie sociale qui cherche le gain rapide», explique le responsable du département chargé du transport. Et d’ajouter : «Il n’y a pas d’insuffisance de moyens de transport dans la ville blanche. Bien au contraire, on peut même noter une abondance en matière de taxis de deuxième catégorie». Preuve en est, Casablanca compte 14 879 taxis, dont 8521 petits et 6358 grands. «Les chauffeurs de ces taxis ont même du mal à trouver une clientèle à cause de la concurrence informelle», développe-t-il.
Ce responsable tient à rappeler que la wilaya de Casablanca a mis en place toute une stratégie pour contrer ce phénomène. «Depuis deux ans déjà, nous avons résolu définitivement le problème de résiliation du contrat de location de l’agrément de taxi. Désormais, le propriétaire n’a plus de droit de mettre fin au contrat (bien que ce dernier porte sur trois ou cinq ans) qu’en cas de non-paiement du loyer», confirme le responsable. D’après lui, cette mesure qui protège le locataire de l’agrément a permis de résoudre entre autres le problème des chauffeurs clandestins. En effet, quand le locataire n’arrive plus à renouveler le contrat, il se convertit systématiquement dans le secteur clandestin.

Les clients se satisfont de cette situation, faute de mieux

Néanmoins, il ne faudrait pas oublier la troisième partie, soit les sous-locataires qui travaillent 6h contre un loyer de 150 DH plus les charges relatives au carburant. «Ce sont ces personnes qui ont plus tendance à aller vers l’informel puisqu’elles ont vécu l’inégalité et l’injustice de ce métier», regrette un chauffeur de taxi. Sur ce sujet, le responsable de la wilaya déclare qu’«il s’agit de la partie informelle de la chaîne. Et en ce qui concerne ce volet, nous n’avons aucune autorité». Les autorités compétentes considèrent en fait que le phénomène est dû surtout à la désorganisation qui prévaut au sein de la profession qui, à son tour, attribue le développement de cette activité clandestine à l’absence de contrôle et de sanctions. Les professionnels supposent que les autorités locales ferment les yeux sur ce phénomène parce qu’aucun plan de lutte contre le transport clandestin n’est en vue.

«Les barrages de police et de gendarmerie ne peuvent mettre fin à cette problématique. Avant chaque départ, le chauffeur clandestin est informé des emplacements des barrages. Et grâce à la complicité des clients, les autorités ne peuvent pas prouver l’infraction», déplore Mohamed El Harrak. «Certains chauffeurs clandestins n’hésitent pas à menacer les chauffeurs réguliers qui leur demandent de déguerpir des stations de grands taxis. Dans certaines zones périphériques telle que la commune rurale de Ouled Azzouz et celle de Dar Bouaaza, les taxis formels sont interdits par la force de travailler. Cette situation est plus qu’inquiétante. Elle contribue à la faillite des professionnels, d’où la nécessité d’assainir le secteur», détaille M. Harrak.
En somme, si les autorités locales et les chauffeurs de taxis trouvent que ces chauffeurs clandestins sèment le désordre et donnent une image plus que négative de la métropole, les clients, eux, les qualifient de «sauveurs». En effet, il suffit de faire un tour à Casablanca pour comprendre que se déplacer est devenu une véritable galère.

Pendant les heures de pointe, il faut jouer des coudes ou patienter très longuement dans les stations de grands taxis pour trouver une place. Une situation qui pousse les Casablancais à courir le risque de monter dans un véhicule de transport clandestin qui n’a pas d’assurance ou dont le conducteur n’a pas de permis de conduire.