Les syndicats paralysent une entreprise italienne de textile à  Marrakech

GW Comar, filiale du groupe Miriglio, employait 200 personnes dans son usine de Marrakech ainsi qu’une quarantaine de sous-traitants.
Depuis quelques semaines, les ouvriers sont en grève et occupent l’usine.
La CDT, qui mène la grève, proteste contre des licenciements abusifs de délégués du personnel.
La wilaya de Marrakech tente une concilation entre les parties mais sans résultats.

GWComar, entreprise de confection et filiale marocaine du groupe italien Miriglio, a fermé sa plateforme implantée à Marrakech. Dans une lettre adressée récemment aux ministères de l’emploi, du commerce et de l’industrie ainsi qu’au wali de la ville de Marrakech, les responsables de CW Comar exposent les perturbations sociales que connaît leur unité et demandent l’autorisation d’une fermeture temporaire du site.

On retiendra, à la lecture de cette correspondance, que «les ouvrières sont en grève depuis le 13 mai 2008 et occupent illégalement [l’]usine». Les responsables précisent, par ailleurs, que l’arrêt de travail s’est effectué sans respect des procédures prévues.

Cette occupation, expliquent les dirigeants de CW Comar, a causé une importante perte d’exploitation et mis la maison mère dans une situation difficile par rapport à sa stratégie de développement. La grève a été déclenchée, selon GW Comar, par les ouvrières affiliées à la Confédération démocratique du travail (CDT) considérées pourtant comme minoritaires par les dirigeants de l’entreprise. Et c’est peut-être là que réside le nœud de l’affaire.

La direction de l’entreprise souligne en effet, dans sa lettre aux pouvoirs publics, que «ce bureau n’a pas de droit de représentation au sein de [l’]entreprise». Une position d’ailleurs confortée par des sources proches de la wilaya : «Lors des élections de 2003, c’est la Fédération démocratique du travail (FDT) qui avait eu la majorité et qui a désigné le délégué du personnel et le représentant syndical».

Cependant, il y eut, en 2005, une scission au sein du bureau de la FDT qui ne comptait plus qu’un seul représentant, les trois autres ayant créé un bureau syndical affilié à la CDT. Un bureau qui n’a aucune légitimité pour les responsables de l’entreprise qui ont refusé de négocier le cahier revendicatif soumis par ce nouveau bureau, considérant que leur seul interlocuteur légal est le délégué affilié à la FDT.

Alertées par ce bras de fer, les autorités locales ont, selon des sources proches du dossier, tenté plusieurs interventions auprès des deux parties afin de résoudre ce problème de représentativité et d’éviter l’aggravation du malentendu. Mais celui-ci a vite dégénéré pour devenir un véritable conflit social qui, aujourd’hui, paralyse totalement l’entreprise.

La situation s’est envenimée, selon la CDT qui n’aborde pas du tout la question de la représentativité ni les conditions de création de son bureau au sein de l’entreprise, suite au licenciement de leur déléguée du personnel. «Nous avons été surpris par ce licenciement abusif au moment où nous négociions la réintégration d’une ouvrière qui avait été suspendue ainsi que le cahier revendicatif que nous avons soumis à la direction. Pour protester, un sit-in a été d’abord organisé. Mais nous avons, par la suite, décidé d’entamer la grève pour contester cette décision abusive de l’entreprise».

Application du Smig et restitution des primes
Selon une source proche du dossier, le licenciement ne serait pas abusif car la personne concernée a été renvoyée pour non-respect de son supérieur hiérarchique.
Du côté de la CDT, on estime plutôt que ce sont des représailles contre des personnes pour avoir dénoncé le refus de GW Comar de négocier les revendications, dont les deux principales sont l’application du Smig et la restitution des primes qui leur étaient auparavant octroyées.

Les syndicalistes indiquent, à ce titre, que les salaires des ouvrières variaient entre 700 et 1 000 dirhams. Après la grève générale du 21 mai, CW Comar a procédé, selon la CDT, au licenciement de plusieurs ouvriers. La goutte qui a fait déborder le vase et poussé, toujours selon la centrale syndicale, les employés à occuper l’usine.

Pour des sources proches du dossier, l’entreprise a mis en chômage technique une partie des ouvriers car l’activité a baissé en raison de l’indisponibilité des matières premières. Selon certains observateurs, «l’arrêt de l’expédition des intrants vers le site du Maroc signifiait tout simplement que le groupe italien risquait de se retirer du pays». Dans tous les cas, ce ne sont pour l’instant que des spéculations.

Le directeur général du groupe Miriglio s’est déplacé au Maroc, en début de semaine, pour essayer de trouver une solution au conflit qui risque de causer la perte de plus de 200 emplois, sans compter les difficultés que cela engendrera pour ses sous-traitants. Auprès des autorités locales, on soutient que la fermeture n’est que temporaire, en attendant de trouver un compromis. Mais, dans le milieu syndical, on n’est pas de cet avis car «les responsables de l’entreprise ont tenté de déménager des équipements de l’usine vers un autre site. C’est pour cela que les ouvrières refusent de quitter l’usine».

Du côté de l’Association marocaine des industries textile et de l’habillement (Amith), la fermeture de GW Comar constitue une perte dans le secteur car l’entreprise opère depuis 24 ans et destine toute sa production à l’exportation. GW Comar est spécialisée dans le prêt-à-porter féminin et fait travailler environ une vingtaine de sous-traitants à Marrakech et autant d’entreprises dans les villes de Casablanca, Rabat et Salé.

Le groupe est propriétaire de plusieurs marques (Dream, Sym Gloser, Caractère, Diana Gollesi, Krizia) et de chaînes de distribution en Europe, notamment Motiva, Elena et Oltré.

Assurément, le départ d’un tel donneur d’ordre ne fera que compliquer davantage la situation à un moment où le secteur a entamé la course aux commandes face à des concurrents redoutables comme l’Egypte qui n’attendent que des occasions pareilles pour marquer des points.