Les salaires des hauts fonctionnaires sont relativement élevés

La Vie éco :
La masse salariale au sein de la fonction publique reste pesante. Elle a atteint 2,7% du PIB en 2003 et ce ratio sera à peine moindre en 2004. Un problème d’effectifs ou de salaires ?
Les deux à la fois. C’est surtout les salaires qui restent très élevés, notamment dans la haute fonction publique. Mais dans le court terme, pour diminuer le poids de la masse salariale, il faudra jouer sur les effectifs. Rationaliser les recrutements et travailler à encourager les départs volontaires. C’est dans cette perspective que l’une des composantes principales du programme de réforme de l’administration publique que le gouvernement a mis en place et que la Banque mondiale et l’Union Européenne accompagnent, est celle des départs volontaires à la retraite, pour lesquels des packages attractifs et bien pensés doivent être conçus. Dans le même temps, il faut que l’administration recrute de manière stratégique, pour tenir compte des contraintes conjoncturelles. L’instauration des contrats à durée déterminée par exemple est un progrès sensible. Ainsi, certaines projections montrent que les besoins en enseignants du ministère de l’Education nationale vont aller en augmentant au cours des 10 à 12 prochaines années. Cette tendance déclinera par la suite. Les contrats à durée déterminée, de par leur flexibilité, et s’ils sont bien ciblés, peuvent être une manière de gérer positivement ce renversement de tendance.
Cela dit, dans l’absolu, le nombre des fonctionnaires n’est pas très élevé par rapport à d’autres pays. En revanche, les salaires, eux, sont bel et bien élevés. Exemple, en Tunisie, un directeur au sein de la fonction publique perçoit deux à trois fois moins que son homologue marocain.

En d’autres termes, il ne faudra plus augmenter les fonctionnaires…
Il y a non seulement les augmentations, mais aussi les promotions. Les augmentations, quand elles se font, doivent tenir compte d’un certain nombre de facteurs, notamment la préservation du pouvoir d’achat ; les promotions, quant à elles, doivent être basées essentiellement sur le mérite et non pas seulement sur l’ancienneté.

L’architecture budgétaire actuelle, qui tient compte des ressources de privatisation, est-elle viable ?
Le mot viable est à mon sens impropre. Il n’y a pas péril en la demeure et je tiens à préciser que des efforts substantiels ont été faits par le Maroc pour la préservation des équilibres macro-économiques et la maîtrise des déficits. Mais le risque de glissement est toujours là, comme partout. Les privatisations sont un facteur important et positif en ce qu’elles permettent à l’Etat de se délester de la gestion de secteurs qui sont plus rentables entre les mains du privé. Les recettes de privatisations ne sont toutefois pas des sources de revenus pérennes et devraient, de toutes les manières, aller au financement de projets d’investissements porteurs plutôt que de combler des lacunes budgétaires. En bref, c’est à l’Etat de réduire son train de vie en optimisant ses dépenses, notamment dans le domaine salarial.