Les salaires de nos «cabinards»

Un conseiller perçoit 12 000 DH brut, un chef de cabinet touche 16 000 DH.

Les primes permettent de gonfler le bulletin de paie.

En arrivant dans un département, chaque ministre, secrétaire d’Etat ou sous-secrétaire d’Etat ramène dans ses valises un chef de cabinet, entre 2 et 5 conseillers, outre le reste du personnel administratif permanent que compte son cabinet. Selon le dahir qui régit ce type de poste, il existe de fait deux fonctions: chef de cabinet et conseiller.
Etre «cabinard», comme on dit familièrement, relève plus d’une fonction que d’un emploi puisque tous ceux qui font partie de ce staff sont sur le départ dès que le ministre n’est plus en poste.
Le rôle des membres du cabinet, tenus au devoir de réserve et au secret professionnel, est strictement technique. Ils ne doivent ni interférer dans la conduite des affaires administratives ni donner des ordres au personnel du département.
D’où viennent-ils ? Généralement de l’entourage même du ministre, qu’il s’agisse de son parti, de son environnement professionnel ou de ses centres d’intérêt.
Combien perçoivent-ils ? Les textes (Dahir de 1975, complété en 1993) sont clairs: les émoluments du chef de cabinet, le seul qui ait droit à une voiture de service, se montent à 16 000 DH, tandis que les conseillers émargent à 12 000 DH. Ces sommes s’entendent en brut. De plus, le chef de cabinet bénéficie de bons de carburant ne dépassant pas 2 500 DH et peut se faire rembourser (pour certains) les factures d’eau et d’électricité. Ces salaires de base, on le voit bien, ne sont pas de nature à attirer les compétences et les ministres ont beaucoup de peine à convaincre des cadres brillants de rejoindre leurs cabinets. Surtout que ces derniers ne bénéficient d’aucune indemnité de départ et encore moins de couverture sociale (la retraite par exemple)… Le jour même de son départ, le salaire, puisé dans le budget du département, est bloqué, témoigne l’un d’entre eux. Détaché d’un autre ministère, il a même perdu un mois de salaire à cause du flottement qu’il y a eu entre le départ et la remise à disposition du département d’origine.
Les primes peuvent passer de 2 500 DH à 12 000 DH d’un ministère à un autre
Pour ce qui est du traitement, il n’y a aucune différence entre les «cabinards» de la primature, des ministères de souveraineté, comme on les appelle, et le reste des autres départements ministériels. Cependant, la différence, toute la différence, se joue au niveau des primes. Certains départements en ont les moyens, les autres en sont démunis. Ainsi en va-t-il, témoigne un ancien conseiller qui veut garder l’anonymat (et pour une fois on le comprend), des ministères comme les Finances, l’Equipement, la Pêche, l’Habitat… Là, par un jeu d’écriture entre les ministères et les offices qui sont sous leur tutelle, par exemple, les primes peuvent passer du simple au quadruple quand ce n’est pas plus. Un conseiller est passé d’une prime de 2 500 DH qu’il percevait quand il officiait au cabinet du ministre de la Santé à 12 000 DH en passant à celui de la Pêche.
Reste que les motivations pour un cadre brillant à chercher à se placer dans l’entourage d’un ministre sont de deux ordres : le poste est formateur, d’une part, et de l’autre, il peut être un véritable tremplin pour la suite de la carrière