Les raisons du blocage des médicaments génériques

Le rapport sera remis dans quelques jours au ministère de la santé qui prépare une nouvelle politique du médicament.
Trois freins majeurs : lobbying des médecins, réticences des pharmaciens et absence de protocoles thérapeutiques.
Le générique représente 30% du marché privé du médicament. L’Etat veut porter ce taux à  70%.

L e cabinet Boston Consulting Group (BCG) remettra, dans les prochains jours, l’étude sur les génériques commanditée par le ministère de le santé. Le travail de BCG servira de base à l’élaboration de la stratégie de développement des génériques prévue par le ministère dans la cadre de son projet de politique nationale du médicament. Actuellement, le taux de pénétration des génériques dans le marché privé du médicament est estimé à 30%. Le ministère voudrait le porter à 70%, un niveau assez proche du secteur public de la santé où la consommation de génériques est de 80 à 90%.
Les conclusions de l’étude de BCG ne sont pas encore dévoilées, mais selon une source proche du dossier, le bureau d’études met le doigt sur trois freins majeurs au développement du générique. Il s’agit en premier lieu du lobbying des prescripteurs, en l’occurrence les médecins, qui réclament la bioéquivalence des génériques. «Ceci est un faux problème car la bioéquivalence n’est nécessaire que pour les produits de biotechnologie ainsi que les médicaments à faible dosage. Ces produits représentent seulement 2% du marché pharmaceutique», est-il expliqué. L’étude de BCG révèle qu’aujourd’hui la majorité des classes thérapeutiques sont largement dominées par les génériques de bonne qualité et ayant la même efficacité que les princeps. Selon cette même étude, les génériques représentent à peu près 80% des antibiotiques et des anti-ulcéreux et autant pour les médicaments traitant le diabète de type II, les antihypertenseurs, les anti-asthmatiques, les fluidifiants bronchiques, les antalgiques et les anti-inflammatoires antirhumatismaux.
En revanche, et toujours selon les conclusions de BCG, leur utilisation reste faible dans la dermatologie, la gynécologie, les antidépresseurs, l’hormonothérapie et la cancérologie.

Les multinationales favorables à l’élargissement du marché

Le deuxième frein se situe au niveau des pharmaciens qui n’évoquent pas la qualité ou l’efficacité des génériques mais qui se soucient plutôt de leurs chiffres d’affaires. Les génériques coûtant moins cher, l’amélioration de leur taux de pénétration se traduira certainement par une baisse du chiffre d’affaires des pharmaciens. Pour y remédier, ces derniers revendiquent la mise en place du droit de substitution et de mesures d’accompagnement en vue d’encourager la prescription des génériques.
Enfin, en troisième lieu, l’étude dénonce l’absence de protocoles thérapeutiques. Cette lacune explique les prescriptions abusives de princeps et donc la cherté du coût de traitement de certaine pathologies.
Eu égard à l’ensemble de ces freins, le générique reste peu utilisé. Du coup, la politique nationale du médicament est aujourd’hui une urgence en vue de l’extension de l’offre des médicaments génériques. D’autant plus qu’en 2013, un grand nombre de princeps (70% des produits actuellement en vente) tomberont dans le domaine public et donneront ainsi lieu à la fabrication de génériques. Ce qui explique, selon les experts, le dynamisme de plusieurs laboratoires marocains en matière de recherche et développement en vue de transformer les princeps concernés en générique. Les multinationales sont aussi dans cette même logique puisque Maroc Innovation Santé (MIS), groupement professionnel des multinationales pharmaceutiques implantées au Maroc, se dit favorable à la croissance du générique dont il est également un acteur de taille puisque certains membres du MIS produisent déjà et commercialisent les génériques. C’est le cas de Sanofi-Aventis qui vient de lancer sa gamme Winthrop, Servier avec la marque Biagran, Novartis avec Sandoz et enfin Pfizer qui s’apprête à lancer sa gamme de génériques.
Selon le MIS, «la fabrication des génériques générera des économies qui pourront servir le marché dans son ensemble. Le médicament générique deviendra alors un outil efficace dans le système de santé qui ne s’oppose pas à l’innovation thérapeutique». Le groupement ajoute que pour accélérer la pénétration des génériques plusieurs ressorts peuvent être activés, notamment le droit de substitution doublé d’une distinction des marges (une marge de 30% pour les génériques et de 10% par exemple pour les princeps), la sensibilisation des patients, la généralisation du Régime d’assurance maladie pour les économiquement démunis (Ramed) et la fixation d’un prix de référence dans le cadre du nouveau système de fixation des prix des médicaments.