Les radios privées s’installent dans le paysage : 75 MDH de chiffre d’affaires en 2008

En dépit des lourds investissements, certains opérateurs disent avoir déjà  atteint leur équilibre financier.
Aswat a investi 18 MDH, Hit Radio 15 MDH et Radio Plus 10 MDH.
La publicité rapporte entre 60 et 85% des recettes, le reste en sponsoring ou autres produits dérivés.

On ne donnait pas cher de leur peau. Pourtant, de sources concordantes, la plupart des 10 radios privées -si on exclut de la liste Sawa, Médi 1, Radio 2M et les différentes antennes de la Société nationale de radiodiffusion et de télévision (SNRT)- qui ont envahi l’espace après la libéralisation des ondes entamée en 2007 tiennent la route sur le plan financier et certaines sont même en pleine expansion. Le doute que nourrissaient certains observateurs, était motivé par l’incertitude sur le potentiel de recettes alors que les investissements et les charges d’exploitation sont relativement lourds. On avait peut-être négligé le fait que les investisseurs à l’origine de ces projets connaissent bien leur métier et disposent d’un business-plan bien ficelé. C’est du moins ce que révèlent les investigations effectuées par La Vie éco auprès de trois radios.
La première, Hit Radio, a débuté ses programmes le 1er juillet 2007. «Nous avons été parmi les premiers à émettre et les premiers à récolter amendes et pénalités. Au total, l’investissement est de l’ordre de 15 MDH non compris le coût du local et nous avons recruté 40 personnes dont 7 journalistes animateurs», témoigne le DG, Younes Boumehdi.
En fait, il faut d’abord noter que toutes les nouvelles radios ont payé un ticket d’entrée pour la licence et s’acquittent d’une redevance annuelle comprise dans une fourchette de 20 000 à 40 000 DH, en fonction de la puissance des émetteurs.
Deux autres taxes viennent s’y ajouter. Celle de 4 % sur les recettes publicitaires (messages directs) et celle de 5 % sur le chiffre d’affaires tiré des autres annonces, entre autres le sponsoring et le parrainage. Sur ce volet, on explique auprès de la Haute autorité de la communication audiovisuelle (Haca) que l’argent récolté va certainement financer un fonds d’aide pour assurer une sorte de service universel radiophonique pour les régions isolées et non encore desservies.
Par exemple, Hit Radio a payé 2,5 MDH pour la seule licence qui court pour une période de 5 années, renouvelable deux fois. Sur les 12 MDH de chiffre d’affaires réalisés en 2008, 5 millions sont allés aux salaires et 1,2 million reversés au titre des droits d’auteur. Avec les différentes autres charges directes et amortissements, elle a perdu un million de dirhams. Pour autant, le patron est loin d’être découragé. Il se félicite des 600 000 auditeurs qu’il dit avoir fidélisés et compte même investir 7 MDH de plus pour couvrir d’autres villes (les fréquences sont déjà attribuées) en plus des trois villes où sa radio émet actuellement, en l’occurrence Casablanca et régions, Rabat et Marrakech. Younès Boumehdi prend son mal en patience en expliquant que de toutes les manières une radio ne peut raisonnablement sortir du rouge qu’au bout de 3 à 5 ans.

Les 30 secondes facturées entre 800 et 3 600 DH
D’autres ont déjà gagné ce pari. C’est le cas d’Aswat qui, selon Jean Claude Fyon, conseiller du président Thami Ghorfi, était en équilibre dès le premier exercice  et se trouve en pleine expansion. De 11 émetteurs actuellement, elle compte passer à 33 d’ici 2011. «Nous couvrirons bientôt le Rif, l’Oriental et les provinces du Sud et nous assurerons une présence sur les 12 bassins de fréquence du pays», précise M. Fyon.
Aswat est donc un bel exemple d’investissement réussi. Montée avec un capital de 5 MDH, cette radio a investi 18 MDH dont 9,5 millions pour les équipements techniques, l’aménagement et le mobilier. Elle emploie 45 personnes à plein temps dont 23 journalistes animateurs.
Sur un budget de 18 MDH pour l’année 2008, la production accapare 50 % devant les salaires qui comptent pour 33 %. Les messages publicitaires contribuent au chiffre d’affaires à hauteur de 60 %. Le reste vient du sponsoring et du parrainage d’émissions. Ses principaux annonceurs sont par ordre d’importance, les opérateurs télécoms, le secteur immobilier, le secteur financier (banques et assurances) et le secteur automobile.
La structure des recettes de Hit Radio, elle, est relativement différente puisque 85% du chiffre d’affaires provient de la publicité tandis que le reliquat est généré par le site internet et les émissions portés par des jeux concours par SMS.
Abderrahamane Adawi, l’ancien présentateur du JT de la TVM, lui, a choisi un autre concept, celui de la radio locale. Radio Plus qu’il dirige dispose de deux antennes distinctes, à Agadir puis à Marrakech. «Nous avons choisi une radio de plus grande proximité, même si cela nous impose d’avoir des programmes et des équipes dédiées à chaque radio», explique-t-il. Radio plus a investi 10 MDH et a payé 160 000 DH pour chacune des deux licences en plus des redevances de 15000 DH par an. «L’équilibre financier a été rapidement atteint et nous avons été agréablement surpris de la réceptivité de l’audience et des annonceurs dont certains nous demandent de passer leurs spots en amazigh», assure M. Adawi.
Dans l’ensemble, l’intérêt des annonceurs se lie à travers l’évolution des recettes publicitaires. A en croire  M. Boumehdi, le chiffre d’affaires global des radios est passé de 120 MDH en 2006 à 170 millions en 2008, dont 70 à 75 millions pour les nouvelles. En dehors de l’audience qui reste le meilleur critère de choix pour la publicité audiovisuelle, les tarifs proposés restent déterminants. Et pour l’instant, il restent relativement abordables.
Par exemple, un message de 30 secondes est facturé à partir de 800 DH. Chez certains, la facture peut atteindre les 3 600 DH en période matinale, moment de forte écoute.