Les propriétaires des centres de visite technique veulent remettre toute l’organisation du secteur à  plat

La Fédération nationale des centres de visite technique et de la sécurité routière avance que les investissements promis par les chefs des réseaux n’ont pas été réalisés. SGS, Dekra et Salama réseau Maroc sont les trois enseignes autorisées depuis la réforme de 2005.

Les propriétaires des centres de visite technique pour véhicules automobiles, ou du moins une bonne partie d’entre eux, s’agitent ces derniers temps dans tous les sens. Introduction au Parlement d’amendements aux dispositions du code de la route relatives aux centres de visite technique, discussions avec le ministère de l’équipement et du transport pour leur profession, dénonciation du système de l’organisation en réseau qui aurait, selon eux, créé une nouvelle situation de rente dans la profession au profit de ces réseaux… Ils ont ouverts plusieurs dossiers qui ne sont pas exemptes d’arrière-pensées commerciales (voir encadré).

Organisés en réseau depuis la réforme entamée en 2005, qui a abouti, suite à un appel d’offres international, à l’arrivée sur le marché en 2007 de deux opérateurs internationaux (SGS et Dekra), rejoints en 2009 par un troisième réseau national (Salama Réseau Maroc), les professionnels du contrôle technique de véhicules, ou pour être plus juste, une partie des propriétaires de ces centres, veulent tout remettre à plat, y compris l’organisation en réseau. Celle-ci n’a apporté, à les en croire, aucune valeur ajoutée au secteur. Au contraire, elle a donné lieu à une nouvelle situation de rente puisque les chefs des réseaux se contenteraient de louer leur enseigne moyennant une redevance mensuelle, selon le contrat signé avec les prestataires. Le montant est d’environ 10 000 DH pour les centres techniques antérieurs à leur arrivée.

La Fédération nationale des centres de visite technique et de la sécurité routière (il ya une deuxième fédération qui vient d’être créée), par la voix de son vice-président Azzedine Berrada, demande purement et simplement la suppression de ces réseaux qui, rappelons-le, sont pilotés et contrôlés par le Centre national d’essais et d’homologation (CNEH). La grogne des professionnels aurait d’ailleurs coûté son poste au directeur qui a rejoint l’administration centrale. A l’avenir, le centre ne s’occupera plus de l’octroi des autorisations d’exercer. Ses attributions seront strictement limitées au volet technique.

Formation au rabais et assistance commerciale inexistante

Selon M. Berrada, les deux premiers réseaux sélectionnés suite à l’appel d’offres international, n’ont ni tenu leurs promesses, ni respecté les engagements contenus dans le cahier des charges qui les lient au ministère de l’équipement et du transport.

A commencer par l’investissement prévu au moment de l’octroi de ces marchés. Le projet d’installation de ces deux réseaux d’opérateurs devait se traduire, selon le vice président de la fédération, par un investissement global d’environ un milliard de DH et la création de 1 000 emplois directs à travers la mise en place par chacun des deux opérateurs, dans un délai d’un an, de 100 lignes de contrôle (74 pour les voitures légères, 16 pour les poids lourds et 10 lignes mixtes), soit une trentaine de CVT pour chaque réseau répartis à travers les 16 régions du Royaume. Au lieu d’investir, les deux réseaux se sont contentés de trouver des propriétaires de locaux ou de terrains qu’ils ont équipés et intéressés au chiffre d’affaires, déplore la même source.

En dehors de l’enseigne, la fédération estime que la mise en réseau informatique de tous les CVT n’est pas du tout effective, ce qui laisse la porte ouverte à tous les abus. En effet, cette mise en réseau est de nature à rendre le contrôle plus sévère et plus sécurisé dans la mesure où les autres centres techniques seront immédiatement et en même temps informés du rejet d’un véhicule techniquement inapte à circuler, ce qui ne laisse pas d’autres choix à son propriétaire que d’effectuer les réparations demandées.

Malgré tout, la visite technique fonctionne mieux qu’avant

La fédération dénonce dans la foulée le fait que les dispositions relatives à la formation ont été réalisées par les deux enseignes de manière sommaire. L’assistance commerciale aux CVT membres des réseaux est aussi jugée insuffisante ou inexistante. Quant au troisième réseau qui s’est greffé sur les deux premiers, il a juste contribué à perturber l’activité puisque, selon cette fédération, aucune étude n’a été menée pour estimer des besoins supplémentaires en centres au niveau national. Contacté par La Vie éco, le DG de Dekra Maroc, Xavier Landower, reconnaît que Dekra a reçu du ministère de l’équipement et du transport une lettre de mise en demeure pour lui rappeler de tenir les engagements contenus dans le cahier des charges (lettre adressée aussi à SGC et Salama, que La Vie éco n’a pu joindre malgré plusieurs tentatives).

M. Landower assure, en ce qui le concerne, que les choses sont rentrées dans l’ordre après que le ministre a pu écouter les explications de Dekra qui lui a exposé les causes des retards dus à certains blocages rencontrés au niveau de l’administration. Les représentants des deux autres réseaux (SGS et Salama) ont aussi été reçus au niveau du ministère de tutelle.

En dépit des dysfonctionnements, on ne peut nier que les centres de visite technique fonctionnent mieux qu’avant compte tenu des améliorations apportées au niveau technique, humain et des méthodes de travail.