Les promoteurs privés boudent les appels d’offres pour éradiquer les bidonvilles

Ils craignent de rester avec des appartements vides sur les bras.

Le programme du ministère du Logement et de l’Urbanisme visant l’éradication de l’habitat insalubre n’a pas la faveur des promoteurs privés. En juillet 2003, l’Agence nationale de lutte contre l’habitat insalubre (ANHI), rebaptisée depuis El Omrane, et la Société nationale d’équipement et de construction (SNEC) avaient lancé des appels à manifestation d’intérêt dans la ville de Casablanca pour la construction de logements sociaux en lieu et place de bidonvilles. Ce fut un semi-échec. En effet, nombre de grands promoteurs ont retiré les dossiers, mais peu d’entre eux ont déposé des offres. Ainsi, excepté le groupe Chaâbi lil iskane pour le projet Annakhil en vue de la résorption du bidonville de Nouacer ou le groupe Jamaï pour Douar Sekouila, les grands groupes n’étaient pas au rendez-vous.
Auprès du département de l’Habitat, on en arrive à conclure que, malgré dix années de promotion immobilière dans le social, il n’existe pas de structure en mesure de prendre en charge de tels projets.
Un professionnel établi à Casablanca évoque, quant à lui, d’autres raisons. Il considère en effet qu’il est difficile pour un promoteur, guidé par des considérations de rentabilité, de participer à de tels projets, sous-entendant par là que les groupes qui ont répondu favorablement l’ont fait davantage pour des considérations sociales que pour le profit. Plusieurs arguments sont avancés. Tout d’abord, ces opérations sont jugées très risquées du point de vue des aléas administratifs de relogement des bidonvillois. En clair, les promoteurs, et on les comprend, ne veulent pas se retrouver avec des appartements vides sur les bras. Ensuite, la situation s’est compliquée davantage suite aux retards cumulés dans l’obtention des autorisations de construire pour l’ensemble des projets en raison du changement de direction à l’Agence urbaine et de la réorganisation de la ville.

L’Etat s’occupera du relogement
Les responsables du ministère du Logement ne désespèrent pas pour autant. Ils se disent ouverts à toute discussion avec les promoteurs immobiliers pour adapter les cahiers des charges.
A titre d’exemple, l’Administration, via sa nouvelle structure, El Omrane, a décidé de s’occuper elle-même des opérations de relogement. Quant au promoteur, son rôle sera limité à lui fournir des logements d’une valeur immobilière totale équivalant à 120 000 DH. La gestion des dossiers de relogement sera très souple, plusieurs options étant possibles si les bidonvillois, objet de la restructuration, refusent les nouveaux logements. Ainsi, El Omrane pourra soit les affecter à des habitants d’autres bidonvilles, soit les commercialiser sur le marché libre de l’immobilier.
De plus, en vue de comprimer les coûts de construction, le ministère espère jouer sur les normes. Ainsi, un décret visant l’allègement des prestations de superficie, de hauteur de plafond et de densité, est actuellement au Secrétariat général du gouvernement. Reste à savoir si les promoteurs suivront…