Les promoteurs immobiliers s’essaient à  une nouvelle technique de construction

Le procédé de coffrage métallique permet de réduire de 25% la durée de réalisation des constructions et de 15% leur coût

Le maître d’œuvre de la station Mazagan l’a essayé : il produit aujourd’hui 4 chambres d’hôtel par jour

Les moules de coffrage nécessitent des investissements importants.

Difficile équation que celle que doit résoudre le gouvernement dans la problématique de l’habitat : il faut augmenter la cadence de production de logements (sociaux et autres) au moment où les promoteurs arrivent difficilement à trouver de la main-d’œuvre pour leurs chantiers.

La situation n’est pas propre au Maroc et d’autres pays ont trouvé des solutions techniques pour y faire face. C’est le cas, entre autres, de la technique dite de coffrage métallique qui existe depuis 40 ans et que certains opérateurs marocains commencent à découvrir.

La société Besix Somagec, qui réalise le gigantesque projet touristique Mazagan, à El Jadida, a choisi d’utiliser le coffrage métallique. «Nous devions construire un hôtel de 500 chambres en moins de 24 mois. C’était la seule solution possible pour pouvoir y arriver dans les temps», confie un directeur de projet. Aujourd’hui, quatre chambres par jour sont construites, à l’aide de seulement seize ouvriers. «Avec les méthodes traditionnelles, il faut presque 50 personnes par jour pour construire une seule chambre», indique Chakib Sebti, consultant chez Outinord. Un argument de poids, surtout en période de pénurie de main-d’oeuvre.

Le procédé a été inventé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, afin de reconstruire rapidement les grandes villes européennes. Les systèmes de coffrage industriel, notamment proposés par la société française Outinord, ont révolutionné la méthode traditionnellement utilisée sur les chantiers.

Bien évidemment, la technique s’adresse aux œuvres «répétitives», c’est-à-dire les immeubles résidentiels, les hôpitaux et les hôtels. Le principe est simple. Selon les plans fournis par le promoteur, Outinord élabore un moule métallique, taillé sur mesure. Il prend la forme exacte d’une chambre, à titre d’exemple, dans le cas d’un hôtel. Le moule est installé sur le chantier, puis les ouvriers y coulent du béton. Quelque douze heures plus tard, le béton est sec, l’on peut procéder au décoffrage sans aucun risque, et passer à l’étage supérieur.

Le constructeur, grâce à cette technologie, réduit ses coûts de production d’au moins 15%, et son délai de réalisation de 25%.
En plus de la rapidité, le coffrage métallique permet d’obtenir des surfaces parfaitement planes et sans relief. D’ailleurs, sur le chantier Mazagan, la peinture des chambres est appliquée directement sur les murs en béton sortis tout droit des moules. «Lorsqu’on retire le moule, la surface est complètement lisse.

Nous n’avons pas besoin de mettre d’enduit», ajoute le directeur de projet. La précision de la méthode industrielle est également exceptionnelle. «Il devient inutile d’ajouter de faux cadres autour des portes et fenêtres, comme c’est souvent le cas avec les méthodes traditionnelles. Tout est précis, au millimètre près», ajoute M. Sebti. De plus, le fait que les constructions soient monolithiques, c’est-à-dire constituées d’une seule et unique pièce, est une garantie contre les secousses sismiques.

«Ces immeubles sont beaucoup plus résistants que les autres, dont chacune des composantes, poutrelles, briques et autres, peut réagir différemment aux secousses», explique M. Sebti.

Révolutionnaire, certes, mais très onéreux. Le coffrage métallique, on le devine bien, exige des investissements de départ conséquents. Selon le consultant Outinord, pour des moules permettant de réaliser deux appartements simultanément, il faut compter au moins 400 000 euros (soit 4,6 millions de DH).

Un montant énorme, mais qui peut être rapidement rentabilisé: «Les moules peuvent être utilisés 1 000 fois», précise M. Sebti. Finalement, le coût de l’investissement dans les moules reviendrait à environ 230 DH par appartement.

Le hic, c’est que les constructeurs marocains ont rarement les fonds nécessaires pour investir dans de tels équipements. Pour l’instant, des mécanismes de financement sont proposés, notamment à travers l’Agence française de développement.

En coulisses, il semble que des grands promoteurs du pays songeraient à acquérir l’équipement, puis à élaborer une forme de location pour les entreprises de construction qui opèrent avec eux. Voilà qui va révolutionner certainement le secteur du logement.