Les producteurs d’agrumes veulent réguler le marché local

Les producteurs sollicitent l’aide de l’Etat pour créer des entrepôts ou des coopératives de commercialisation qui opéreront des ventes directes sans passer par des intermédiaires. Leur objectif est aussi d’investir dans la transformation.

Les producteurs d’agrumes ont tiré les leçons de la crise de commercialisation dont ils ont souffert lors de la dernière campagne. Cette année, ils adoptent des mesures visant à mieux se positionner sur les marchés extérieurs et de bouche (marché local). A propos de ce dernier qui absorbe 70% de la production annuelle d’agrumes, l’objectif est, explique-t-on à l’Association des producteurs d’agrumes du Maroc ( ASPAM), de «réguler l’offre afin de garantir un niveau de prix raisonnable et [d’]organiser les circuits de vente». Concrètement, les professionnels prévoient la création de groupements de vente des agrumes. L’Etat est sollicité afin d’aider les producteurs à créer des entrepôts ou des coopératives de commercialisation qui opéreront des ventes directes sans passer par des intermédiaires ou du moins d’en limiter le nombre. Aujourd’hui, l’acheminement des agrumes des vergers jusqu’au consommateur est ponctué par l’intervention d’au moins 6 intermédiaires prélevant chacun une commission variant de 0,50 DH à 1 DH. Ce circuit pompe indûment une partie de la plus-value devant revenir normalement aux producteurs. Il faut noter que sur un prix de vente de 5 DH le kilo, le producteur perçoit 1,30 DH à 1,40 DH seulement.
Par ailleurs, le circuit d’acheminement, parce qu’il s’étale sur une durée de 10 à 15 jours, détériore fortement la qualité des fruits qui sont, il importe de le souligner, périssables.
La régulation de l’offre passera aussi par un approvisionnement progressif sur le marché des clémentines, oranges et autres agrumes afin d’éviter un effondrement des prix.

Des contrats de commercialisation avec la grande distribution

L’ASPAM prévoit également l’établissement d’un contrat de commercialisation liant les stations d’emballage et les opérateurs de la grande distribution. «L’idée est de valoriser les écarts de triage dans un emballage sommaire certes, mais qui permettra d’en assurer la qualité et leur commercialisation dans la distribution moderne», explique Ahmed Derrab, directeur de l’ASPAM. Les contrats, pour une durée d’une année, porteront sur la livraison d’un tonnage de 5 000 à
6 000 tonnes de façon régulière aux hypermarchés et supermarchés.
Enfin, toujours pour réguler et organiser le marché local, les producteurs entendent s’investir dans la transformation via la création d’usines de production de jus de fruits. Ce projet permettra, comme cela se faisait avec Frumat au cours des années 80 et 90, d’écouler une partie des écarts de triage et de développer l’offre nationale de jus d’agrumes. Ce créneau est actuellement largement approvisionné par les importations en provenance d’Europe et de pays arabes, notamment les EAU et l’Arabie Saoudite qui fabriquent les jus à partir de concentrés provenant d’Asie ! Encourager une industrie de transformation serait, selon les professionnels du secteur, plus simple et bénéfique pour l’industrie locale.