Les prestations juridiques pèsent de plus en plus sur les comptes des entreprises

Compte tenu du changement de l’environnement des affaires, de plus en plus d’opérations requièrent l’intervention d’un juriste. Le poids des prestations, internes et externes, peut représenter 8% du chiffre d’affaires.

Devenu un marché à part entière, le droit des affaires mobilise de plus en plus de compétences. «Cette évolution découle du changement de l’environnement marqué par une globalisation qui devient réelle et une augmentation grandissante des normes, des lois, des réglementations, mais également des risques», explique le directeur juridique de la filiale marocaine d’une multinationale spécialisée dans les biens de consommation qui fait savoir qu’il «est désormais impossible de faire du business sans l’appui d’un juriste». Modification de capital, fusions-acquisitions, prises de participations, partenariats commerciaux…, ce genre de dossiers requiert un travail minutieux et souvent très prenant. De facto, les prestations deviennent plus onéreuses et pèsent sur les comptes des entreprises. Selon des témoignages concordants, les prestations juridiques pèsent entre 5 et 8% du chiffre d’affaires dans les grandes structures (multinationales, secteur financier) et entre 2 et 5% chez les PME. «L’arrivée de cabinets étrangers a certainement contribué à la montée des tarifs et honoraires des consultations juridiques et autres prestations liées au droit», souligne Axel Jurgensen, associé du cabinet Day One, spécialisé dans l’alignement stratégique des cabinets et directions juridiques. Cette importance grandissante du droit dans la gestion pousse les directions générales à donner plus de poids aux directions juridiques. Une prise de conscience souvent liée à leur expérience internationale et leur approche globale. Elles ont compris que le fait d’ajouter l’avis du directeur juridique à celui du directeur financier était bénéfique pour la prise de décision et donc pour l’entreprise. Dans des entreprises telles que Total Maroc, OCP, ou encore Nareva, la direction juridique est même membre des comités de direction.

Un défi, trouver un équilibre entre la gestion en interne et l’externalisation

Eu égard à son rang, la direction juridique n’échappe pas aux pressions accrues. Optimiser l’organisation est donc devenu indispensable. «L’organisation du service juridique doit être ajustée au mieux aux besoins de l’entreprise», commente un expert. La taille du département doit être optimisée selon plusieurs variables: part de travail effectuée en interne et part sous-traitée à des conseils extérieurs, secteur d’activité, types d’opérations réalisées, etc. Mais l’un des principaux défis à relever est de trouver l’équilibre entre le travail effectué en interne et l’externalisation. Le calcul des coûts respectifs de ces deux options est déterminant et seul un travail de «benchmarking» facilite le règlement de cette question. Selon Ahmed Taouh, avocat à la Cour, qui indique que les grandes entreprises s’emploient à limiter au mieux l’intervention des prestataires externes, «ce sont les PME qui représentent le gros de la clientèle, notamment en matière de conseil». Par ailleurs, le profil du directeur juridique a subi une lente métamorphose. Si pendant un temps son rôle se limitait à une gestion des dossiers à transmettre à l’avocat -à l’exception des grands groupes financiers où il a toujours occupé une place importante-, il est aujourd’hui tenu de connaître avec précision le métier de l’entreprise ainsi que les enjeux qu’induit une moindre externalisation. Le “nouveau” directeur juridique, dont le périmètre s’est très sensiblement élargi, étoffe les compétences en interne car il est aujourd’hui manager, animateur, force de proposition… Le renforcement du niveau des compétences internes a ainsi amené les entreprises à ne solliciter que les professionnels qui peuvent leur apporter une réelle plus-value sur des dossiers particuliers. Cette évolution s’est traduite par une segmentation du secteur : d’un côté, il y a les très grands cabinets incontournables dont la signature rassure dirigeants, administrateurs et actionnaires, et, de l’autre, ceux qui se contentent de proposer une expertise très pointue dans un domaine précis.