Les premières pistes de Adil Douiri pour l’artisanat

Objectif : un contrat-programme avec les filières porteuses, notamment
en termes de création d’emplois.

Depuis le regroupement des départements du Tourisme et de l’Artisanat, d’aucuns se demandaient ce qui se préparait pour le second. L’artisanat marocain, ou plutôt certaines de ses filières, peuvent prétendre à un avenir meilleur en termes d’organisation, de création de richesse et d’emplois. Et c’est précisément dans cette direction que prospecte Adil Douiri, ministre du Tourisme, de l’Artisanat et de l’Economie sociale.
«Nous voulons faire un travail de fond, pour construire une stratégie pérenne qui survive au mandat d’un ministre», explique-t-il. Pour ce faire, des réunions ont lieu de manière continue avec les professionnels, au niveau des Chambres d’artisanat et des associations existantes pour, dans un premier temps, identifier des interlocuteurs à même d’adhérer à une vision commune avec l’administration.
Adil Douiri ne le cache pas: il veut arriver à une sorte de contrat-programme avec certaines filières de l’artisanat, en particulier celles qui sont porteuses, en termes de potentiel clients, de valeur ajoutée et de création d’emplois, «à l’instar de ce qui a été fait pour le secteur du tourisme». Déjà, une quinzaine de filières ont été identifiées, mais pour jouer l’interface, il n’y a pour l’heure que «des bouts d’interlocuteurs», constate le ministre, tant les professionnels sont désorganisés et la production elle-même éclatée.

Mc Kinsey chargé d’identifier les branches porteuses
Au passage, le cabinet Mc Kinsey, dans le cadre de l’étude sur l’élaboration d’une stratégie industrielle, réalisée pour le compte du gouvernement, a été aussi chargé d’identifier les branches artisanales porteuses, avec une attention particulière pour la filière tapis qui a, de l’aveu même du ministre, un sérieux besoin d’être mise à niveau.
De même, des activités comme la bijouterie ou la décoration d’intérieur font partie des filières considérées comme à fort potentiel en termes de clients. Pour les articles de décoration, la demande est forte, et l’on assiste même à une certaine émergence de grossistes dans cette filière.
L’objectif pour les pouvoirs publics est donc de faire émerger des acteurs majeurs et de les impliquer dans le développement de ces filières. L’idéal serait d’arriver à une distribution des produits artisanaux à grande échelle, avec des circuits clairs. «La Maison de l’artisan» jouerait, dans cette configuration, le rôle d’appui à la commercialisation et à la promotion des labels, à l’instar de ce que fait l’ONMT pour le tourisme.
Mais cela ne résoudra pas le problème dans sa globalité, car il y a encore ce qu’on peut appeler l’artisanat de subsistance, qui nécessite un traitement de nature plutôt sociale. Sur ce chapitre, Adil Douiri ne manque pas d’idées, même si certaines ont déjà été explorées.
D’abord, il veut agir sur le secteur du micro-crédit, en faisant en sorte que les associations spécialisées soient les intermédiaires entre le système bancaire et les artisans, afin de rendre les montants accordés plus conséquents.

Des espaces dédiés à l’artisanat dans les stations balnéaires
Ensuite, tout un travail doit être fait, selon le ministre, sur le plan de la législation sociale des artisans, avec la promulgation de textes de loi spécifiques, car des corps de métier jugent les dispositions de loi de la CNSS inadaptées à leurs statuts. Selon M. Douiri, c’est en construisant des cadres juridiques et une protection sociale des artisans adaptés aux métiers que l’on pourra encourager les corps de métier à rejoindre la sphère formelle de l’économie.
Enfin, et puisque le développement de l’artisanat et celui du tourisme ne sont pas étrangers l’un à l’autre, le ministre est en train de réfléchir avec les professionnels à des actions pour profiter de cette convergence.
Ainsi, il est prévu, dans toutes les stations balnéaires du plan Azur, des espaces de fabrication, de finition et de commercialisation des produits pour encourager l’artisanat au niveau des régions. De même, les PDR (plans de développement régionaux) donnent une large place au développement de l’artisanat local. Ainsi, par exemple, pour Fès, beaucoup de mesures sont prévues dans ce cadre, notamment l’aménagement de zones pour l’artisanat en dehors de la Médina pour décongestionner cette dernière.
Bref, Adil Douiri veut faire feu de tout bois pour dynamiser l’artisanat national. Il se concerte même avec les associations d’hôteliers pour que le touriste puisse acheter, à la fin de son séjour, l’objet d’artisanat fonctionnel, disposé dans sa chambre, s’il le désire. Le ministre de l’Artisanat réussira-t-il dans un domaine où la plupart de ses prédécesseurs ont tourné en rond ?.

La filière des articles de décoration est des plus prometteuses, on assiste même à l’émergence de grossistes.