«Les PME n’ont pas encore bien intégré les avantages de l’externalisation»

Le potentiel de l’externalisation logistique sous-estimé par les PME. L’informel gangrène toujours le secteur, les opérateurs s’inquiètent.

L’externalisation logistique a du mal à se démocratiser au Maroc. Plusieurs PME préfèrent assurer elles-mêmes le stockage de leurs biens ainsi que leur préparation à l’export. Une configuration coûteuse et peu efficace selon Eric Thizy, directeur général de Schenker Maroc SAS, spécialiste de la logistique et filiale de l’allemand Deutsche Bahn (DB). De l’importance du métier de logisticien aux entraves qui ralentissent le développement du secteur, en passant par l’informel et la formation, Eric Thizy passe en revue toutes les variables liées à la filière et partage sa lecture des faits à la lumière des investissements engagés et du rôle de la logistique dans la compétitivité des entreprises marocaines.

L’avènement des écosystèmes industriels a boosté les exportations. Confirmez-vous cette tendance à votre niveau ?
Tout à fait. Depuis dix ans, nous ressentons un développement très important dans le domaine de l’aéronautique et de l’automobile. Pour cette raison, nous avons mis en place au Maroc un VM (Vertical Market) Automotive et un VM Aéro tels qu’ils existent dans le groupe. Il s’agit d’une équipe de spécialistes qui a été formée aux métiers de l’aéronautique et de l’automobile : vocabulaire, processus, enjeux, etc. Cela permet à ces spécialistes de parler le même langage que nos clients et de connaître précisément leurs attentes. Puis, nous proposons à ces derniers des modes opératoires spécifiques de transport liés à ces activités et également d’obtenir un support du groupe qui possède une organisation dédiée dans ces deux métiers mondiaux. Cette stratégie commence à porter ses fruits et nous voyons de plus en plus d’opportunités dans ces deux domaines (aéronautique et automobile), surtout en groupage car la majorité des acteurs présents sont plutôt focalisés sur les camions complets. Grâce à notre réseau de 2 000 agences à travers le monde dont 700 en Europe, le Groupe Schenker dispose d’un réseau inégalé d’agences qui nous permet de proposer des solutions de transport ultra compétitive. Certains opérateurs nationaux ont par exemple réduit de 30% les délais avec l’Europe de l’Est !

Le développement du secteur logistique marocain encourage-t-il les PME à se faire accompagner davantage par des logisticiens ?
La plupart des entreprises pour lesquelles nous proposons des solutions externalisées de logistique (stockage, préparation de commande, livraison) sont des sociétés avec lesquelles nous travaillons à l’international dans la continuité du transport international. Je pense que les PME n’ont pas encore bien intégré les avantages de l’externalisation qui leur permettrait de se consacrer à leur métier de base. C’est dommage, car le fait d’externaliser permet de s’assurer de la qualité de la prestation de service : nos équipes sont des spécialistes formés au métier, et nous disposons d’outils modernes permettant au client d’obtenir une visualisation en ligne de son stock via notre WMS (Warehouse Management System).
En termes de coût, nous permettons également aux PME de mutualiser les moyens : à quoi bon payer la location d’un garage ou d’un entrepôt si le taux de remplissage n’est pas optimisé, si le chariot élévateur ne tourne qu’à 40% de son temps et que les salariés sur place ne sont qu’à 60% de productivité ? La solution que nous proposons en tant que logisticiens consiste à ne faire payer que le temps où l’espace utilisé, ce qui rend flexible la solution et inhibe les coûts fixes pour le gestionnaire de l’activité. Que l’activité baisse ou qu’elle augmente, nous nous adaptons, et le client ne paye que ce qu’il utilise.

Quelles sont, selon vous, les principales entraves qui empêchent le développement du secteur à la vitesse souhaitée ?
Concernant le transport national nous sommes confrontés à l’informel. Les clients ne se rendent pas compte des risques pris en cas d’accident ou de dommage subi par le transport. Très souvent, ces transports de l’informel sont mal formés et ne disposent pas des garanties financières et légales (assurance marchandise) nécessaires à l’exercice de leur métier. Quand le client s’en rend compte, il est généralement trop tard …Concernant le transport international, il s’agit d’un manque de veille sur le marché et d’un manque de formation des interlocuteurs transports chez les opérateurs industriels. Il nous arrive de rencontrer des acheteurs qui ne maîtrisent malheureusement pas le marché ou qui sont mal formés sur les incoterms, par exemple. Quand nous entrons en phase de négociations, nous sommes parfois surpris de voir que certaines décisions de transport sont prises en dépit du bon sens, sans aucune explication… Cela impacte malheureusement la compétitivité des produits de l’importateur et, par conséquent, son chiffre d’affaires. Concernant la logistique, la problématique vient souvent d’une approche patrimoniale de l’opérateur économique, qui préfère acheter un terrain ou un dépôt qu’il va gérer lui-même dans une optique de placement financier. Toutefois, le logisticien peut toujours s’avérer utile car nous pouvons proposer des solutions qui prévoient que l’opérateur économique porte le foncier et délocalise la gestion. Cette optique n’est donc pas antinomique avec une externalisation de la logistique.

Quelles seraient les voies à emprunter et/ou les investissements à engager pour développer davantage le secteur ?
Depuis dix ans, le secteur s’est fortement amélioré. Le Maroc a investi massivement dans les infrastructures (Tanger Med, autoroutes, zones logistiques, etc.). Il faut maintenant améliorer les processus et de nombreuses initiatives sont à l’œuvre à ce sujet. L’émergence de plateformes tel que Portnet améliore le quotidien des opérateurs et rend les opérations plus fluides et plus transparentes. C’est un gage de qualité. L’autre aspect concerne la certification par l’administration des opérateurs fiables tels que l’OEA (Opérateur Economique Agréé). A ce titre, il est à noter que Schenker Maroc a obtenu la 1ère convention OEA Sécurité et Sûreté du secteur du transport et de la logistique, et la 4e tous secteurs d’activité confondus. Ces nouvelles dispositions permettront à l’administration de donner des facilitations supplémentaires à ces opérateurs OEA, et de dégager des ressources additionnelles pour mieux cibler les problématiques. Pour répondre à votre question, les astres sont bien alignés pour que le Maroc progresse encore dans la compétitivité internationale et rende les flux plus fluides pour les acteurs internationaux.

La variable sécurité bénéficie-t-elle de l’attention qui lui est due au Maroc ?
L’aspect «Sécurité et Sûreté» est un vaste sujet. Le champ «Sécurité» traite des aspects de conformité dans lesquels nous avons fortement investi sur notre plateforme de Casablanca, où nous possédons plus de 7 200 m2 de MEAD (cross dock sous douane) et de logistique (après dédouanement). Le champ «Sûreté» est l’ADN de Schenker Maroc depuis de nombreuses années, puisque nous avons été le 1er transporteur à obtenir le certificat TAPA (Technologie Asset Protection Association) en 2014 avec le niveau A, le plus exigeant en termes de sûreté. Cette sûreté permet de garantir à nos clients que l’ensemble des éléments qui nous sont confiés (marchandise ou information) sont stockés et gérés par l’entreprise de manière optimale. La convention OEA Sécurité et Sûreté que nous avons obtenue par l’administration des douanes marocaine confirme le haut niveau de Schenker Maroc dans ce domaine.