Les PME mieux capitalisées, mais peinent toujours à  accéder au crédit

Le taux d’endettement bancaire des PME est tombé de 33% à  24%. Le crédit inter-entreprise est devenu leur première source de financement.

Bien qu’elles soient mieux pourvues en fonds propres, les PME ont toujours de grandes difficultés d’accès au financement. C’est l’une des constatations majeures de la dernière étude d’Inforisk, dont La Vie éco livre les conclusions en exclusivité. Menée sur un échantillon de 1 000 entreprises de différentes villes et de tous les secteurs d’activité, l’étude révèle précisément que les fonds propres des PME augmentent de 5% en moyenne chaque année depuis 2010 et représentent dorénavant 40% des sources de financement de ce tissu d’entreprises. «Cette évolution s’explique par l’effet conjugué des augmentations de capital qui ont crû de 21% depuis 2010 et de la progression des reports à nouveaux excédentaires», analyse Amine Diouri, responsable études PME chez Inforisk, dont la base de données compte 350 000 entreprises et plus de 800 000 bilans. Hicham Bensaid Alaoui, responsable engagements chez Euler Hermès Acmar, confirme cette tendance mais relève que le gros des opérations a trait à des incorporations de comptes courants d’associés ou de dettes fournisseurs. Abdellah El Fergui, président de la Confédération des TPE-PME, fournit une autre explication. Pour lui, les actionnaires des PME, notamment celles nouvellement créées, souvent des jeunes, croient beaucoup plus en leurs structures et les capitalisent de manière conséquente. Quitte parfois à vendre une partie du patrimoine de la famille.

Mais si les capitaux propres des PME se consolident, force est de constater que leur contribution au financement diffère fortement en fonction de la taille de l’entreprise. L’étude montre en effet que pour la première sous-catégorie des PME (chiffre d’affaires compris entre 3 et 10 MDH), les fonds propres représentent 57% des moyens de financement. Les autres sources comptent pour très peu, en particulier l’endettement bancaire limité à 18%. A contrario, les grandes PME (entre 50 et 175 MDH de CA) ont une structure plus équilibrée car elles accèdent plus facilement au crédit bancaire qui contribue à environ 30% des financements. «La différence essentielle est que la petite entreprise est obligée de compenser la faible part des dettes bancaires par un supplément de capitaux propres», commente M. Diouri. Et c’est là que le bât blesse. Le ratio d’endettement bancaire (dette à moyen et long termes/capitaux propres) est très faible pour les PME. Il se situerait à 24%, alors que selon les standards financiers, il y a toujours une marge d’endettement en dessous de 100%. Et pourtant ce ratio décline parce qu’en 2010 la dette bancaire représentait 33% de leurs ressources.

Les délais de paiement s’aggravent pour les PME

Pire encore, les crédits de trésorerie ont baissé de plus de 4 % pour ces petites PME (3 à 10 MDH de CA). Dans le même temps, ils ont augmenté dans la même proportion pour les catégories réalisant un CA de 50 à 175 MDH. Etant donné le rôle vital de ces concours d’appoint, notamment en période de crise, la petite PME souffre sérieusement. D’après l’étude, celles réalisant un CA de 3 à 50 MDH ont vu leur activité baisser fortement depuis 2010 (-18%) et leur marge nette s’est effondrée d’environ 5 points.

Prises dans cet engrenage, ces petites structures n’ont d’autres choix que de répercuter les délais de paiement élevés, notamment ceux des marchés de l’Etat, sur leurs fournisseurs.

Ce crédit inter-entreprise représente ainsi 36% de leurs sources de financement. «Pour la plupart de ces PME, ce mode de financement est imposé par le marché», commente M. Diouri. M. El Fergui rapporte de son côté que la majorité des entreprises qu’il côtoie ont à peine un à deux mois de fonds de roulement. Dans le même registre, M. Bensaid évoque la détérioration de la liquidité globale sur l’ensemble des secteurs de l’économie en dehors du retail. D’après l’étude d’Inforisk, les délais clients se sont allongés de 44 jours depuis 2010 pour les PME qui font entre 3 et 10 MDH de CA et de 29 jours pour celles qui réalisent 10 à 50 millions.