Les plans de Mustapha Bakkoury pour le CIH et la Sonadac

Pour la Sonadac, la CDG cherche la majorité ou un pacte d’actionnaires permettant d’agir sur la stratégie.
Sa montée en puissance dans le CIH est conditionnée par les solutions définitives envisagées pour
le sauvetage.

Dans les discussions de salon, les milieux financiers avancent que la CDG est intéressée par le CIH et la Sonadac. Mustapha Bakkoury ne réfute pas ces spéculations, mais ne les confirme pas non plus. Toutefois, de la longue discussion qu’il a eue avec La Vie éco, on relève qu’il est fort probable que la caisse monte en puissance dans Sonadac dont elle détient 10 % du capital. En revanche, pour le CIH, rien n’est encore scellé. Avec 36 % du capital, la caisse a son mot à dire et réclame carrément une structure de défaisance pour rompre avec le passé. Pour les deux, des décisions définitives seront prises avant la fin de l’année.

La Vie éco : On vous prête la volonté de reprendre la Sonadac. Qu’en est-il ?
Mustapha Bakkoury : Nous sommes maintenant dans Sonadac à hauteur de 10 %, après la reprise des parts du CIH et de la BNDE. Cette société est un aménageur développeur dont l’activité est centrée sur Casablanca et le sera encore pour longtemps, je pense, compte tenu de l’ampleur du chantier qui comprend notamment l’Avenue Royale, et la Corniche. Il se trouve que nous sommes à la fois actionnaires et investisseurs. De ce fait, nous sommes concernés par ce qu’elle fait.
Ensuite, la CDG a initié pour Casablanca une réflexion dans le cadre de ses activités de développement. Nous avons identifié un projet intégré sur la Corniche, ce qui a entraîné un chevauchement avec ceux de la Sonadac. Dans ce cadre, on s’est rendu compte, pas seulement à notre niveau mais aussi des autres parties, de la nécessité d’une bonne coordination pour qu’on soit sur la même longueur d’onde en termes de vision et de réalisation.
Ces projets urbains ont une dimension socio-économique importante. Ainsi, nous avons envisagé d’avoir un rôle un peu plus important. A partir de là, il n’est pas impossible qu’on aille plus loin.

Jusqu’à quel niveau ?
Le niveau qui nous permet d’agir sur la stratégie. Soit la majorité, soit un pacte d’actionnaires qui nous permet clairement d’y arriver.

Votre préférence ?
L’essentiel pour nous, c’est qu’on arrive à mettre en place un cadre permettant la réalisation du projet. Nous préférons réaliser ce projet dans le cadre d’un partenariat avec la Ville. C’est un projet à dimension nationale et internationale. Donc l’implication de l’Etat et de la Ville est non seulement souhaitable mais indispensable.

Avez-vous fixé une échéance pour trouver une solution ?
Tout doit être clarifié avant la fin de l’année.

Votre démarche est différente par rapport à l’aménagement du Bouregreg…
L’aménagement du Bouregreg est un projet de dimension nationale et internationale qui implique beaucoup de partenaires : la ville, l’Etat et beaucoup d’investisseurs. Notre rôle premier a été de préparer le terrain pour qu’un projet de cette envergure voit le jour. Ce qui ne veut pas dire que certaines de nos filiales, dans le cadre de leurs vocations respectives, ne puissent pas y jouer un rôle dans le futur. C’est un peu comme Tanger Med. Sur le port, on peut dire aujourd’hui que la mission première de la CDG est désormais achevée.

Outre la Sonadac, il se dit aussi que le CIH devrait vous revenir.
En tant qu’actionnaire à hauteur de 36 %, la CDG est concernée par le CIH. Mais la situation de cette banque concerne aussi d’autres partenaires. Nous avons vis-à-vis d’elle un point de vue qui sera la base de notre décision finale.

Votre idée sur le sauvetage de cette banque ?
C’est une institution qui a de l’avenir si un certain nombre de conditions sont remplies. Il fallait améliorer sa gestion interne, cela se fait dans une certaine mesure. Malgré le contexte dans lequel elle évolue, des progrès ont été réalisés en ce qui concerne la maîtrise des charges, l’amélioration du système d’information, le diagnostic et la gestion du contentieux. La situation est beaucoup plus claire qu’elle ne l’a été à un moment donné.
La restructuration du passif a été faite en ce sens que les provisions ont été passées de manière intégrale selon les règles de Bank Al Maghrib.

Toujours est-il que la banque reste confrontée à des problèmes de ressources…
Le problème du CIH ce n’est pas un problème de ressources. Avant cela, il y a un problème de structure financière. Le mal est identifié. Il faut maintenant prescrire un médicament et cela a un coût social et cela se gère. Tout le problème est là. Ce qui est important c’est qu’il y ait un consensus pour qu’elle devienne la banque du logement.

Vous avez soulevé le problème de la structure financière. Est-ce qu’il faut recapitaliser ou créer une structure de défaisance ?
Le «ou» n’est pas à sa place. L’un n’exclut pas l’autre.

A ce jour, les discussions traînent en longueur. Est-ce qu’on sait où l’on va dans cette affaire ?
La décision sur la situation du CIH n’est pas qu’entre les mains de la CDG seule. Mais, de notre point de vue, il faut faire la défaisance. Bien sûr tout le monde ne le pense pas. On peut même imaginer un département spécialisé pour la gérer. Il est important de savoir que la défaisance signifie qu’il y a une séparation claire et définitive entre le passé et le futur.

C’est donc un problème psychologique ?
Exactement. Ce n’est guère que du psychologique. Si on est capable de le surmonter sans aller jusqu’à faire la défaisance, c’est bon. Mais nous préférons l’option de la défaisance qui marque de manière définitive la rupture par rapport au passé.

Il se posera des problèmes de ressources ?
Il y a une banque qui est handicapée par sa structure financière, par ce qu’elle a vécu et qui n’est pas libre d’aller sur le marché comme les autres. Si le problème est réglé, elle pourra le faire. D’ailleurs, ces deux dernières années, le coût des ressources a connu une décrue très importante.

Etes-vous prêts à reprendre le CIH ?
Les parties prenantes continuent à discuter, une décision sera prise et le sera avant la fin de l’année.

Le secteur audiovisuel sera bientôt ouvert. Peut-être que la CDG pourrait y jouer un rôle. Envisagez-vous d’investir dans les médias ?
Les logiques d’investissement de la CDG sont claires. Si un investissement dans les médias rentre dans ces logiques, pourquoi pas.

«La décision sur la situation du CIH n’est pas entre les mains de la CDG seule. Mais, de notre point de vue, il faut faire la défaisance qui marque de manière définitive la rupture par rapport au passé».

Mustapha Bakkoury
DG de la CDG «Pour le CIH, une décision sera prise. Elle le sera même avant la fin de l’année».