Les phosphates profitent de la hausse du dollar

Le dirham s’apprécie par rapport à  l’euro et se déprécie par rapport au dollar. Les importations sont facturées à  plus de 50% en billet vert, mais cela concerne surtout des produits pétroliers dont les prix baissent.

Le dirham s’est déprécié de 8,5% par rapport au dollar entre le début de l’année et le 2 décembre 2014. Il s’est apprécié, en revanche, de 1,8% par rapport à l’euro sur la même période. Cette variation du cours bilatéral du dirham reflète la composition du panier de référence où la monnaie unique européenne bénéficie d’une pondération plus forte (80%) par rapport au dollar (20%).

Peut-on dire pour autant que cette évolution pénalise le commerce extérieur et qu’en conséquence il faudrait, comme le préconisent les institutions financières internationales depuis pas mal de temps déjà, introduire une dose de flexibilité dans le régime de change? La question est récurrente et la réponse ne va pas de soi. Les dernières statistiques disponibles sur les échanges commerciaux du Maroc par devises de facturation, publiées par l’Office des changes, montrent que les exportations facturées en euro représentaient 48% et celles en dollars 45%. S’agissant des importations, en revanche, la part de l’euro était de 44,3% et celle du dollar de 52,2%.

La tendance actuelle est favorable à la balance des paiements

Sous cette configuration, la dépréciation du dirham par rapport au dollar conduirait à penser que les importateurs subissent un surcoût dû à l’effet de change. Il se trouve que l’essentiel des importations facturées en dollar sont des produits pétroliers, et ceux-ci connaissent depuis quelques mois de fortes baisses. Moyennant quoi, il y a une sorte d’égalisation qui s’opère entre l’appréciation du dollar, d’un côté, et la baisse des prix des produits facturés dans cette monnaie. Sans doute, est-ce pour cette raison que les prix à la pompe subissent des variations plutôt à la baisse, depuis l’instauration de l’indexation.

Pour les exportations, la situation globale ne devrait pas connaître de changements significatifs : ce qui pourrait être perdu, à cause de la hausse du dirham par rapport à l’euro, devrait être compensé par l’appréciation du dollar (et donc la baisse du dirham), en particulier avec la reprise des exportations des phosphates, libellées comme on sait dans la devise américaine.

Reste la dette extérieure publique: la part de l’euro dans ce stock est de 70,2% à fin juin de cette année, et celle du dollar 16,7%. L’impact de la baisse de l’euro et de la montée du dollar, induisant une appréciation du dirham par rapport au premier et sa dépréciation par rapport au second, devrait être plutôt favorable à la balance des paiements. Partant de là, et compte tenu de nombreux autres paramètres (voir La Vie éco du 19 mai 2014), la manipulation du régime de change ne semble pas s’imposer n S.A.