Les pharmaciens réclament la réglementation de la distribution des produits parapharmaceutiques

L’autorisation d’ouverture d’un commerce spécialisé est délivrée par les autorités locales. Les pharmaciens disent être concurrencés de manière déloyale. Ils veulent que l’activité soit placée sous la responsabilité d’un pharmacien.

Les pharmaciens sont mobilisés pour la mise en place des mesures d’accompagnement du décret relatif à la baisse des prix du médicament, mais ils gardent l’œil ouvert sur l’activité de parapharmacie qui attire de plus en plus d’exploitants. La Fédération nationale des syndicats des pharmaciens ne dispose pas de statistiques précises sur le nombre de commerce, elle avance toutefois que sur les cinq dernières années l’activité a enregistré une croissance soutenue. Le chiffre d’affaires est estimé à 500 MDH par an, dont près de la moitié réalisée par les officines disposant d’un rayon de parapharmacie. Le développement tous azimuts du secteur est inquiétant selon les professionnels pour plusieurs raisons. D’abord parce que cette activité ne fait l’objet d’aucune réglementation spécifique. Ensuite, en raison de défaillances dans le système de contrôle. Enfin, du fait que les parapharmacies font de l’exercice illégal de la médecine, notamment pour tout ce qui est de la dermatologie.

Concernant le premier point, les professionnels dénoncent le caractère anarchique de la parapharmacie qui ne respecte pas les dispositions de l’article 4 du Dahir 17-04 qui stipule que les produits dermo-cosmétiques prescrits par un dermatologue, les appareils de traumatologie et les compléments alimentaires relèvent de la distribution en officine. Or, certaines parapharmacies n’hésitent pas à commercialiser ces produits en toute impunité. Par ailleurs, les autorisations d’ouverture n’étant pas accordées par le ministère de tutelle ni par le SGG comme cela devrait être le cas, l’implantation des parapharmacies relève des autorités locales. Ce qui explique la prolifération enregistrée durant ces deux dernières années et la concurrence avec les pharmacies sur certains produits.

Cette concurrence est, selon les pharmaciens, favorisée par la défaillance du système de contrôle. Si certaines parapharmacies achètent leurs produits auprès des laboratoires pharmaceutiques, d’autres, et elles sont nombreuses, s’approvisionnent auprès d’importateurs ne garantissant aucune traçabilité des produits.

Il y a cinq ans, des cas frauduleux ont été découverts par la commission de pharmacovigilance. Les crèmes, Shirley et Fair & Lovely, destinées au traitement des tâches brunes sur le visage et qui ont été importées d’Espagne sans aucun contrôle étaient, selon les conclusions de la commission, des produits contrefaits qui ont causé des brûlures et des allergies graves à plusieurs femmes. Par ailleurs, les marques Vichy et l’Oréal ont également subi la concurrence des produits contrefaits, spécifiquement des écrans et des crèmes solaires, en provenance de Chine.

La parapharmacie représente 10% du chiffre d’affaires des officines

Pour ce qui est de l’exercice illégal de la médecine, des pharmaciens indiquent que certains responsables de commerces de produits parapharmaceutiques n’hésitent pas à effectuer des préparations prescrites par des dermatologues. Et certaines d’entre elles font même des tests de grossesse et le suivi de personnes hypertendues !

Pour contrer ces dérives, les pharmaciens revendiquent d’urgence la mise en place d’une réglementation de la parapharmacie. «Celle-ci reprendrait les mêmes principes que ce qui se fait dans d’autres pays comme en France par exemple où la parapharmacie est placée sous la responsabilité d’un pharmacien et où les produits vendus obéissent à une liste préétablie par les autorités compétentes», explique un membre de la Fédération des pharmaciens qui souligne que ces deux conditions permettront de contrôler les ventes et la traçabilité des produits. Par ailleurs, une réglementation mettra une frontière entre les médicaments qui relèvent des officines et les produits non médicamenteux (compléments alimentaires, soins de la peau…) qui peuvent être distribués en parapharmacie sans aucun risque sous la responsabilité d’un pharmacien ou d’une personne pouvant conseiller et sensibiliser les clientes.

Aujourd’hui, les discussions pour une réglementation de la parapharmacie sont reléguées au second plan en raison du dossier de la baisse du prix du médicament. Mais, selon les professionnels, «ce n’est que partie remise car cette activité doit être réglementée vu l’importance de sa croissance. D’ailleurs, plusieurs pharmacies ont décidé de renforcer leur rayon parapharmacie pour compenser quelque peu l’essoufflement du chiffre d’affaires des médicaments». La profession entend rouvrir ce dossier cette année afin de mettre de l’ordre dans leur secteur. Globalement, la parapharmacie représente, d’après les estimations des professionnels, 10% du chiffre d’affaires d’une officine. Cette part peut même atteindre 20% en fonction de l’emplacement.