Les pharmaciens préparent un cahier de doléances pour le gouvernement Benkirane

Le droit de substitution, des avantages fiscaux et un système de rémunération garanti sont les trois points qui seront soumis. Le chiffre d’affaires global évolue très peu alors que le nombre d’officines est multiplié par 4 en 15 ans.

Le nouveau gouvernement n’est toujours pas formé que déjà la Fédération nationale des syndicats des pharmaciens du Maroc (FNSPM) a finalisé les doléances qu’elle soumettra au prochain ministre de la santé. «Le secteur, en crise depuis plusieurs années, a besoin de mesures d’accompagnement pour permettre une viabilité des officines qui sont entrées dans une spirale de baisse de leur chiffre d’affaires», plaide Oualid Amri, président de la fédération, pour motiver l’empressement de la profession à saisir l’Exécutif. On le sait, autrefois métier donnant lieu à de confortables revenus, être pharmacien est devenu aujourd’hui une profession qui parfois ne fait pas vivre son homme. D’ailleurs, il n’est pas rare de voir certains fermer tout simplement boutique pour tenter leur chance ailleurs.
En fait, les revendications ne sont pas nouvelles. Les trois points ont déjà été soumis à l’actuelle ministre Yasmina Baddou, mais n’ont pour l’instant obtenu aucun écho favorable.
D’abord, la fédération insiste sur le fait que le pharmacien, garant de la sécurité de l’acte de délivrance de l’ordonnance, doit bénéficier d’un droit de substitution qui lui permettra de jouer pleinement son rôle d’accompagnement des patients. «Un million de consommateurs visitent en moyenne une pharmacie par jour. Ce n’est pas toujours pour acheter des médicaments mais pour demander conseil et pour le suivi de certaines pathologies, en particulier les affections lourdes», explique M. Amri qui souligne que le pharmacien a besoin d’une marge de liberté pour prescrire un médicament ou le changer si nécessaire. C’est, par exemple, le cas quand le médicament prescrit par le médecin n’est pas disponible ou quand un générique peut remplacer un princeps, permettant au malade de réduire sa facture de soins. Or, les médecins s’opposent fermement à l’octroi de ce droit, pourtant inscrit dans le projet de code la pharmacie. Et pour cause, ils estiment d’abord qu’ils sont les mieux placés pour prescrire une thérapie, ensuite ils craignent que le droit de substitution n’aggravent l’hémorragie de l’achat des médicaments sans consultation. En effet, dans bien des cas, les malades vont chercher conseil directement auprès du pharmacien sans passer par le médecin.

10% de leur chiffre d’affaires se fait à crédit

Le deuxième point a également trait au rôle social de la pharmacie. Selon la fédération, nombre de consommateurs achètent leurs médicaments à crédit en raison de la faiblesse du pouvoir d’achat. Cette facilité représente en moyenne 10% du chiffre d’affaires d’une pharmacie. Ce qui fait dire aux professionnels qu’il sons devenus «des entreprises de micro-crédit», en quelque sorte, un filet nécessaire à la paix sociale. C’est donc pour compenser les effets de cette trésorerie qui leur échappe que la fédération souhaite que l’Etat leur accorde «des mesures fiscales qui allégeraient les charges et des taux préférentiels pour faciliter l’accès au crédit».
La FNSP mettra enfin sur la table le principe d’une rémunération des pharmaciens. Il ne s’agit pas d’octroyer un salaire aux pharmaciens, mais plutôt une révision de la marge globale ou la marge sur les génériques. Et ceci en contrepartie des économies qu’entraînera le droit de substitution pour l’Etat et pour les caisses de prévoyance sociale.  Le mécanisme de la rémunération n’est pas déterminé. Mais ce qui est certain, dit-on à la fédération, c’est qu’elle permettra aux pharmaciens de faire face à la crise dont souffre le secteur. Elle avance que le chiffre d’affaires moyen par officine est tombé de 2 MDH à 700 000 DH environ entre 1996 et 2011. Alors que la demande globale évolue timidement (la consommation moyenne par habitant n’est que de 400 DH en 2010), le nombre d’officines est passé de plus de 2 500 en 1996 à près de 12 000 en 2011. Le ratio est d’une pharmacie pour 2 700 habitants alors que la norme de l’OMS est d’une pharmacie pour 5 000 habitants. Ceci est une autre explication des difficultés du secteur. La profession avait suggéré au ministère de la santé la suspension temporaire des autorisations d’installation. Que deviendraient alors les 800 diplômés qui arrivent annuellement sur le marché ? La fédération propose leur recrutement par les hôpitaux ainsi que les cliniques privées pour la gestion de leurs pharmacies. Celles-ci ne sont pas actuellement gérées, comme le stipule la loi, par des pharmaciens mais la plupart du temps par une personne qui n’a pas de formation en pharmacie. Mais, il s’agit-là d’une solution temporaire car après il faudra bien trouver de l’emploi aux promotions suivantes. De fait, le problème du secteur de la pharmacie relève à la fois d’une situation de mauvaise distribution et de pouvoir d’achat. En effet, 40% des pharmacies actuellement en exercice sont situées sur l’axe Casa-Kénitra alors que l’on enregistre un manque flagrant dans les petites villes. Dans le même temps, le peu de moyens dont disposent les couches sociales défavorisées ne leur permet pas toujours de pouvoir s’offrir les médicaments appropriés dans un secteur de la santé privé où le générique ne représente que 27% des ventes. L’entrée en vigueur de l’assurance maladie obligatoire devait, en principe, aider au développement de la consommation, mais jusqu’à présent la croissance est très lente. Certains pharmaciens avouent ne pas pouvoir joindre les deux bouts. Solution ?