Les pharmaciens en guerre contre les associations d’aide aux malades

Ils estiment que ces dernières les privent de revenus en vendant directement les médicaments aux patients Les médicaments contre l’hypertension artérielle et l’insuline sont les premiers concernés.

L’insuline et les médicaments contre l’hypertension artérielle ont quasiment disparu des pharmacies. C’est ce que déplorent de nombreux pharmaciens qui accusent certaines associations de prise en charge de maladies chroniques de leur faire une concurrence déloyale. «Ces associations achètent les médicaments et les distribuent gratuitement, ou à  prix très réduits, aux malades inscrits chez elles. Ce qui nous fait perdre des ventes et ne fait qu’aggraver la crise dans laquelle se trouve le secteur officinal. Ces pratiques ne sont pas normales et les autorités doivent agir !», s’indigne un groupe de pharmaciens. Ils estiment que cette pratique constitue une entorse au Code de la pharmacie qui stipule clairement que la vente de médicaments est exclusive à  un circuit précis constitué des laboratoires, des grossistes habilités et des pharmacies.
Par ailleurs, ces pharmaciens estiment qu’il y a également une anomalie par rapport à  la législation de l’Assurance maladie obligatoire «dans la mesure o๠ces associations se constituent tiers payant et se font par là  même rembourser dans le cadre de cette couverture médicale». Sur ce dernier point, auprès de la Caisse nationale des organismes de prévoyance sociale (Cnops), gestionnaire de l’assurance maladie pour le secteur public, on s’inscrit en faux contre ces déclarations, en précisant que les «associations ne peuvent être tiers payant car la loi 65-00 relative à  l’Assurance maladie obligatoire (Amo) ne prévoit pas cette possibilité, la prise en charge est directement délivrée par le gestionnaire à  la structure de soins et non pas à  l’association».

Les patients économisent 30 à  40% sur un médicament
Si, pour les pharmaciens, la situation est grave et nuit fortement à  leur secteur, pour les autres parties concernées par ce dossier, il y a une exagération de la part des officinaux, beaucoup «plus préoccupés par leur chiffre d’affaires que par l’accès des patients aux médicaments», souligne-t-on, toujours à  la Cnops, avant d’ajouter que «les associations sont dans leur rôle, à  savoir un accompagnement social qui consiste à  faciliter l’accès aux médicaments».
Même son de cloche du côté de l’Agence nationale de l’assurance maladie (Anam), organe de contrôle et de régulation de l’application de l’Amo. «Si les associations donnent ou vendent des médicaments à  leurs patients, c’est tant mieux car, même quand ils ne sont pas gratuits, les médicaments leur reviennent 30 à  40% moins cher que dans les officines. C’est très avantageux pour un patient souffrant d’une maladie de longue durée et coûteuse», commente-t-on.

Le SGG charge les pharmaciens
Concernant les produits de chimiothérapie, les malades les obtiennent même, auprès des associations, 50% moins cher que le «prix public Maroc» (PPM). Ceci est également valable pour l’insuline. Les interventions des associations se font en collaboration avec le ministère de la santé, dans le cadre de ses programmes de lutte contre certaines maladies de longue durée coûteuses, explique-t-on au Secrétariat général du gouvernement (SGG).
Sur la base d’enquêtes qu’il a diligentées, le SGG signale qu’il existe quelques associations implantées dans les villes de Rabat, Casablanca et Tétouan qui agissent, depuis 5 ou 6 ans, dans ce cadre. Cependant, ces associations ne font rien d’illégal «puisqu’elles achètent le médicament par appel d’offres, exactement comme le fait le ministère de la santé, et ne les donnent pas toujours gratuitement», estime-t-on. De manière plus claire, il est souligné que l’action des associations n’est pas contradictoire avec la législation sur le médicament «dans la mesure o๠elles ne disposent pas de stocks». Cette même source précise qu’il s’est même constitué un réseau de pharmaciens qui vendent les médicaments à  ces associations. En somme, «les pharmaciens sont aujourd’hui mal placés pour crier au scandale», parce que certains d’entre eux profitent de la situation. D’ailleurs, le conseil régional du nord de l’ordre des pharmaciens a intenté une action en justice contre ce réseau, impliqué dans ce commerce illégal que dénoncent par ailleurs leurs confrères.

Le SGG signale le cas d’une association de retraités qui, disposant de plusieurs sections régionales, joue le rôle d’interface, dans le cadre de l’Amo, avec la Cnops. Autrement dit, elle obtient les prises en charge des patients auprès de cette caisse, remet les ordonnances à  des pharmacies avec lesquelles elle a des conventions ou des accords prévoyant des réductions de prix. Une enquête du SGG sur les pratiques de cette association révèle qu’il n’y a rien d’illégal dans la mesure o๠l’association, tout comme ses antennes régionales, ne dispose pas de médicaments dans ses locaux. Ce sont les malades ou leurs proches qui vont directement les récupérer auprès des officines. Cependant, au SGG, on reconnaà®t que ce circuit favorise certaines pharmacies, en l’occurrence les pharmacies conventionnées, qui réalisent du chiffre d’affaires au détriment des autres.
Tout en estimant qu’il faut réglementer ce genre de pratique, ce département pense que les pharmaciens sont en mauvaise posture, d’autant que certains d’entre eux ne respectent pas la législation en matière de médicaments. Ainsi, le SGG dispose de 390 dossiers disciplinaires impliquant des pharmaciens qui délivrent des médicaments de la liste A en fermant les yeux sur l’absence d’ordonnance. Le cas le plus flagrant est celui de la morphine. Ces manquements affaiblissent quelque peu la position des pharmaciens que des observateurs invitent à  faire le ménage dans leur profession !