Les pharmaciens en colère exigent le retrait du projet de code du Parlement

Ils estiment que la Chambre des conseillers n’a pas retenu leurs amendements

Pour acculer les pouvoirs publics, une série de mouvements de grève
est programmée.

Chaînage, circuit de la vente, possibilité de
prescription…, les revendications sont nombreuses.

Le code de la pharmacie n’en finit pas de faire des remous dans le secteur. Voté le 26 avril par la Chambre des conseillers, le texte n’a pas pris en compte les divers amendements formulés par les laboratoires pharmaceutiques et les pharmaciens d’officine. Ce qui a provoqué l’ire de ces derniers qui disent avoir également été surpris par la modification de l’article 26 réglementant la distribution du médicament (voir encadré). Le mouvement de contestation qui s’en est suivi a certes abouti au retrait des modifications, mais les concernés ne se sont pas calmés pour autant. La poursuite de la bataille est principalement le fait des pharmaciens d’officine qui réclament aujourd’hui «le retrait pur et simple du code dans sa globalité car, disent-ils, l’exercice quotidien de la profession ne sera pas possible en raison de certaines dispositions de ce texte qui n’a pas été discuté avec les professionnels».

Gréve générale des officinaux sans pharmacie de garde le 8 juin à Casa
Lors d’une réunion tenue lundi 29 mai, la fédération des syndicats des pharmaciens de Casablanca, devançant les fédérations des autres villes, a prévu de mener plusieurs actions de contestation. A ce titre, un sit-in devait avoir lieu jeudi 1er juin devant la wilaya de Casablanca. Il sera suivi le 8 juin d’une journée de grève générale sans pharmacie de garde. La grève sera prolongée chaque semaine d’une journée si, selon la Fédération des syndicats de pharmaciens, aucune suite n’est donnée aux revendications de la profession.

Qu’est-ce qui gêne à ce point les pharmaciens ? Plusieurs dispositions en fait. A commencer par le circuit de la vente du médicament. Le projet de code de la pharmacie entérine en effet, dans ses articles 69 à 73, une situation qui existe depuis des années, à savoir la vente de médicaments dans les cliniques. Une pratique qui, selon les pharmaciens, «donne lieu à une spéculation sur les prix de médicaments. De plus, ce texte stipule que les cliniques ne peuvent s’approvisionner qu’auprès des laboratoires et non pas des pharmacies». La fédération propose que le Maroc, sur ce point, s’aligne sur le schéma adopté par certains voisins : pour les produits spécifiques (anesthésie et autres consommables) les cliniques s’approvisionnent auprès des laboratoires et achètent les autres médicaments dans les pharmacies.

L’approvisionnement des cliniques pose problème
Le projet de texte prévoit que l’autorisation d’ouverture soit accordée par l’autorité locale. Les pharmaciens réclament que, à l’image des autres professions libérales, l’autorisation soit donnée par le Conseil de l’Ordre des pharmaciens.

Autre problème : plus de 80% des malades se présentent en pharmacie sans ordonnance faute de pouvoir se payer un suivi médical. «Pourquoi alors ne nous accorde-t-on pas le droit, comme c’est le cas en France, par exemple, de prescription pharmaceutique permettant le renouvellement du traitement ? Et pire encore, nous risquons de lourdes amendes (15 000 DH) si nous délivrons un médicament sans ordonnance. Comment faire alors lorsqu’il s’agit de maladies chroniques ou de contraceptifs ?», s’interroge un pharmacien.

15 000 DH d’amende pour un médicament vendu sans ordonnance
Enfin, l’institution du numerus clausus (distance entre deux pharmacies corrélée à la densité de la population) en lieu et place des 300 mètres habituels est une nécessité selon la fédération qui réclame aussi «l’arrêt des installations nouvelles à Casablanca». On compte actuellement un peu plus de 8 500 pharmacies, soit une officine pour 3 500 habitants, alors que la norme OMS parle d’une pharmacie pour 5 000 habitants seulement. A Casablanca, on compte 1 200 pharmacies et 2 à 3 ouvertures sont enregistrées tous les sept mois.

Pour le ministère de la Santé, la position des pharmaciens est incompréhensible. «L’adoption du code devient problématique car comment les pharmaciens peuvent-ils demander le retrait d’un texte qu’ils ont longtemps demandé pour continuer à se voir appliquer un dahir datant de 1960 ?», s’interroge-t-on sans pour autant discuter sur le fond. Déçus, les pharmaciens disent être prêts à aller jusqu’au bout pour défendre leur secteur.

zoom
L’article qui a mis le feu aux poudres

La Chambre des conseillers a modifié l’article 26 du code réglementant la distribution du médicament. Des modifications qui ne seront finalement pas retenues à la suite de la protestation des industriels et des officinaux. Cet amendement, rappelons-le, interdisait aux laboratoires de vendre directement aux pharmacies. Ce qui revient à dire que seuls les grossistes, qui contrôlent déjà 90% du marché de la distribution, avaient la possibilité de s’approvisionner auprès des industriels.
Selon les laboratoires et les pharmaciens, «ces dispositions sont en contradiction avec la loi sur la concurrence et la liberté du commerce et aboutirait à créer une situation de monopole»