Les petites entreprises touristiques étouffées par un management archaique

Formation, financement, adoption des technologies de l’information.., les tares mises en évidence par une étude du ministère du commerce. L’hébergement, la distribution de voyages et le transport sont les trois métiers ciblés pour bénéficier des aides gérées par l’ANPME.

La convention entre la Fédération nationale du tourisme (FNT) et l’Agence nationale pour la promotion de la petite et moyenne entreprise (ANPME), signée mercredi 21 novembre 2012, permet, enfin, aux entreprises touristiques d’accéder aux mesures de soutien en faveur des PME. Ce projet, doté d’un budget global de 420 MDH et devant toucher 600 entreprises d’ici 2020 dans le cadre du programme «Moussanada», concerne pour le moment trois métiers : l’hébergement, la distribution du voyage et le transport. Mais il n’est pas exclu qu’il soit étendu à d’autres activités du secteur au fur et à mesure de sa mise en œuvre. S’attaquer à trois métiers différents d’un seul coup est déjà un bon début, tant les besoins des PME touristiques sont importants.

En effet, une étude du ministère de l’industrie, du commerce et des nouvelles technologies révèle un état peu réjouissant des trois métiers ciblés en premier.
Dans l’hôtellerie, on relève que les politiques de prospection et de distribution restent faibles et les revenus des petits hôteliers sont essentiellement générés par l’hébergement. Et si ces PME ont une bonne présence sur le web, son impact est limité car les sites de ces hôtels sont statiques et ne permettent pas de transactions commerciales. En effet, sur plus de 70 hôtels sondés, 10% seulement ont une plateforme transactionnelle.

De plus, le management de ces hôtels, en général de 2 et 3*, ignore les démarches qualité qui ne suscitent son intérêt que lorsqu’elles représentent un gain immédiat et concret en termes de réduction de factures ou autres.

Des aides, mais aussi de la sensibilisation

Les dirigeants rechignent également à recourir aux labels ou aux certifications qu’ils jugent coûteux à mettre en œuvre. C’est presque normal, car les dirigeants ont un faible niveau de formation initiale et ignorent, par conséquent, le recours aux mécanismes de formation continue existants ainsi que les dispositifs d’accompagnement. Et pour couronner le tout, ces établissements manquent de transparence, ce qui limite leur accès au financement, et sont réticents à déléguer leurs prérogatives en matière de contrôle et de gestion.

Pour les voyagistes, il ressort de la même enquête que le tissu managérial est moins fragmenté que celui des hôteliers, mais que l’implication du propriétaire de l’agence est plus opérationnelle.
Le recours à la formation est là encore peu fréquent. En outre, l’enquête révèle que 55% des agences de voyages interrogées disposent uniquement d’une plateforme de réservation par internet mais qu’il est impossible d’aller jusqu’au paiement par ce canal. Il s’avère ainsi que le niveau de pénétration du e-tourisme, pourtant incontournable dans ce secteur, est encore faible.

Le transport touristique n’est pas mieux loti. Alors que les besoins de financement essentiellement liés à l’extension et au renouvellement de la flotte (l’autocar de 48 places coûte 2,6 MDH TTC) sont élevés, les entreprises ne manifestent aucune envie de se regrouper. Sur le plan opérationnel, la formation des chauffeurs est quasi inexistante de même que les outils de suivi de l’exploitation et de la rentabilité. Le tout est accompagné d’une très faible adoption des nouvelles technologiques dont certaines, comme le GPS, s’avèrent incontournables pour la gestion de la flotte.

Pour s’attaquer à tous ces maux, il faudra sans nul doute continuer à sensibiliser les acteurs sur la possibilité de bénéficier des aides pour les inciter à mieux prendre conscience de l’intérêt qu’ils ont à moderniser leur système de gestion.