Les personnels des CRI toujours sans statut, certains non encore payés

Une année pour l’homologation
du diplôme ou pour percevoir son premier salaire : les contractuels sont
déçus
Les disparités entre les salaires des contractuels,
plus élevés, et ceux des fonctionnaires détachés
créent des tensions.

Il n’est pas facile de travailler pour un Centre régional d’investissement (CRI) au Maroc. Ces institutions, créées pour doper l’initiative privé dans les différentes régions du pays, sont loin de constituer un eldorado pour leurs ressources humaines. Promesses non tenues, retard de paiement des salaires et, surtout, absence d’un statut du personnel définissant les obligations et les droits de chacun des employés de ces centres sont les différents problèmes qui les handicapent au quotidien.

Mais ce sont surtout les disparités de salaires entre les contractuels et les fonctionnaires détachés de leurs administrations d’origine (Intérieur, Direction des investissements, CNSS, direction des Impôts…) qui plombent le climat social au sein de ces centres. Les premiers proviennent pour la plupart du privé et sont recrutés pour assumer des missions pointues. Pour ces employés, le salaire peut aller de 10 600 DH bruts, pour les personnes disposant d’un Bac+4, d’un DESS, un DESA ou un Master, jusqu’à  21 000 DH bruts pour des profils présentant plus de dix années d’expérience. Ils sont dans leur majorité titulaires de diplômes étrangers qui ne sont pas reconnus par l’administration marocaine et dont la procédure d’homologation prend beaucoup de temps. «Une année est la moyenne requise pour qu’un contractuel puisse commencer à  toucher son salaire», affirme plusieurs d’entre eux. Dans plusieurs cas, même les titulaires de diplômes d’instituts publics marocains de formation se trouvent confrontés à  ce problème d’homologation. C’est le cas de cette jeune lauréate de l’Institut supérieur de l’information et de la communication (ISIC) qui a intégré le CRI de Safi. Quelques mois après son recrutement, elle apprend que son diplôme, pourtant délivré par un institut public marocain, n’est pas reconnu par le département de la Modernisation des secteurs publics. Pis. L’ISIC n’est répertorié nulle part sur les listes de la Fonction publique. Pourtant, l’ISIC n’est autre que l’ancien ISJ (Institut supérieur de journalisme), qui a changé de nom en 1997. Ses statuts ont même été publiés au Bulletin Officiel de la même année.

Le système de motivation annoncé n’est pas appliqué
Selon la version officielle, les directeurs des CRI sont «assistés par un personnel doté d’un statut particulier motivant». Sauf que cette promesse n’est pas tenue. C’est ce que nombre des détachés ont découvert à  leurs dépens. Séduits par des promesses d’indemnités et de rémunération alléchantes, ils se retrouvent, plusieurs années après avoir intégré les CRI, obligés de se contenter de leurs simples salaires, certains occupant même des postes de responsabilités. Le directeur d’un centre, s’exprimant sous le couvert de l’anonymat, a soulevé un autre problème, celui de la rigidité dans la gestion de ces ressources humaines. Détachés de leurs administrations en fonction des besoins des centres (CNSS, Impôts, Intérieur, Direction des Investissements), ils peuvent être à  n’importe quel moment rappelés et remplacés par d’autres. Face à  ces difficultés, les employés des CRI n’attendent plus qu’une seule chose, qu’un statut du personnel voit le jour. Mais cette attente risque d’être encore longue parce que «la réflexion n’a même pas été amorcée», indique un cadre d’un CRI.

Zoom
Toujours sous tutelle de l’Intérieur

Plusieurs années après leur création, les Centres régionaux d’investissement sont toujours placés sous l’autorité du ministère de l’Intérieur, précisément du wali, qui constitue l’administration territoriale interlocutrice privilégiée pour les investisseurs. «Ce n’est pas forcément une mauvaise chose», explique un directeur de CRI. «Compte tenu de nos budgets très serrés, être adossé à  un ministère aussi fort que celui de l’Intérieur nous facilite beaucoup la tâche», ajoute-t-il. Gérés par des directeurs nommés par dahir et dotés du statut de directeur d’administration centrale, les CRI sont aujourd’hui les principaux interlocuteurs des investisseurs dans leurs régions. A cet effet, leurs directeurs s’occupent d’une commission régionale regroupant les délégués régionaux des administrations concernées par l’investissement et les autorités locales compétentes.