Les participations CDG dans Club Med et TUI se déprécient davantage : 1,4 milliard de DH de provisions en deux ans

Après avoir provisionné 1,2 milliard de DH en 2008, Fipar Holding international devra comptabiliser 290 MDH de moins-value latente supplémentaire.
En contrepartie des participations, un maigre dividende de 33 MDH reçu de TUI au titre de l’exercice 2007.
La CDG sera tenue de renégocier avec ses créanciers qui ont financé l’opération ou renflouer sa filiale.

L’aventure européenne de la Caisse de dépôt et de gestion (CDG) générera encore une fois des résultats décevants. En effet, après avoir constaté une provision historique de 1,2 milliard de DH, à fin 2008, au titre de la dépréciation de Fipar holding international (FHI), filiale à 100%, la vieille dame risque de passer un complément de provisionnement d’au moins 290 millions, au titre de l’exercice 2009, pour couvrir une aggravation de sa moins-value latente (au regard des cours du 28 décembre, TUI cotait 5,98 euros et Club Med 12,6) sur cette filiale dont la valeur brute d’acquisition (qui correspond au capital) doit dépasser 2,1 milliards de DH à la clôture de 2009.
La raison de cet enlisement financier est simple : les deux investissements de FHI, à savoir un bloc de 5% du capital de TUI Group et une participation de 10% au capital du français Club Med, ont été acquis entre juin 2006 et juin 2007, soit au plus haut des cycles boursiers de ces deux opérateurs dont les capitalisations boursières furent parmi celles qui ont le plus souffert au sein de leur secteur des effets de la crise internationale.
Aussi, le véhicule ad hoc, créé pour ces deux prises de participations, se retrouve-t-il avec un actif boursier valorisé à fin 2009 (cours au 28 décembre) à quelque 110 millions d’euros (1,25 milliard de DH) alors que le coût d’acquisition est de 344 millions d’euros (3,8 milliards de DH dont près des 70% consommés par la participation dans TUI). Et en ayant fait appel à l’effet de levier (endettement financier) pour financer cette aventure, la CDG se trouve également dans l’obligation de négocier avec les créanciers ou renflouer sa filiale car les revenus générés par l’investissement sont loin de couvrir le service de la dette. La CDG, qui a conforté des deux cotés de l’Alsace (en France et en Allemagne) deux équipes dirigeantes fortement contestées par certains membres du noyau dur de l’actionnariat, n’a eu pour seule rémunération qu’un maigre dividende de 3 millions d’euros (33 MDH) versé par TUI au titre de 2007.

11% du Club Med aux mains de Fipar Holding International

Cette situation délicate a été notamment le fait de l’évolution en 2009 de l’action TUI cotée à la Bourse de Francfort et dont le cours a encore dévissé de 27% pour se situer à 5,91 euros (contre un prix d’acquisition moyen de près de 20 euros pour la CDG). Quant au Club Med, il a pu enrayer la dégringolade de 2007/2008 de son cours boursier en faisant du surplace au cours de l’année écoulée.
Mais cette «performance», favorisée par une augmentation de capital avec une forte décote menée en mai 2009 et à laquelle la CDG avait participé pour près de 6 millions d’euros (outre un apport identique en obligations convertibles, ce qui a hissé au passage sa participation à près de 11% du capital), semble des plus précaires après la perte historique de 53 millions d’euros essuyée en 2008/2009 (exercice clos à fin octobre) par le spécialiste du voyage haut de gamme. Plusieurs observateurs restent dubitatifs quant à la capacité du Club Med de prouver, désormais, la pertinence de sa stratégie initiée de montée en gamme, envisagée depuis quelques années, alors que la crise a rebattu les cartes dans ce segment assez difficile.
Face au constat que procure jusqu’à présent l’investissement de FHI, une question légitime s’impose d’elle-même : quelles sont les retombées effectives sur l’économie nationale et le tourisme marocain en particulier ? En 2009, la capacité du Club Med au Maroc a fait du surplace avec un total de 3 027 lits répartis sur 5 villages. Quant au groupe TUI, il a certes avancé ses pions au Maroc au cours des douze derniers mois notamment à travers l’inauguration d’une nouvelle unité hôtelière sous enseigne Robinson à Agadir (en partenariat avec des investisseurs marocains) et le renforcement de la flotte de sa filiale Jet4You avec deux nouveaux avions de type Boeing 737-800, mais cela vaut-il la peine d’immobiliser en retour 2,8 milliards de DH, dont 70% volatilisés dans le tourbillon de la crise internationale ?
A cette question, nombre d’observateurs estiment que la CDG a fait le mauvais choix. Une appréciation qu’il est facile de porter après coup. En effet, les acquisitions d’actions s’étaient faites, rappelons-le, dans un but stratégique aussi bien dans un cas comme dans l’autre et à la date de la dernière acquisition, celle de parts dans TUI, en juin 2007, personne n’aurait imaginé le retournement du marché touristique mondial qui affichait, depuis 2002, des taux de croissance annuels frôlant les 10%. Dans ces conditions, renforcer le partenariat historique avec un Club Med porté par une nouvelle vision ou prendre pied dans un des leaders mondiaux-fortement intégrés qui plus est- du marché touristique mondial semblait être une bonne option. La crise en a décidé autrement. Mais est-ce une raison pour chercher à se délester de ces actifs ?