Les participants au Forum Crans Montana ébauchent des stratégies pour l’Afrique du XXIe siècle

L’un des premiers enjeux est l’accès des populations de l’Afrique aux biens universels, notamment l’eau, l’électricité et la nourriture n L’adhésion du Maroc à l’Union africaine et sa demande d’intégration de la CEDEAO saluées par une majorité de participants.

La troisième édition du Forum Crans Montana, tenue à Dakhla du 16 au 21 courant, a été le cadre de débats de haute facture sur les grands défis de l’Afrique du XXIe siècle. Jean Paul Carteron, fondateur du Crans Montana, a souligné cette année un enthousiasme très marqué des participants venus de 137 pays pour «sortir avec de la valeur ajoutée qui fera avancer le continent». Ce dernier étant actuellement confronté à de grands défis. D’entrée de jeu, Philippe Douste-Blazy, secrétaire général adjoint des Nations Unies chargé des financements innovants, a affirmé que l’un des premiers enjeux est l’accès des populations de l’Afrique aux biens universels (eau, électricité, nourriture). M. Douste-Blazy est catégorique. «Pour surmonter ce défi, la solution est politique et pas humanitaire», tranche-t-il.

Prolongeant la réflexion, l’atelier de haut niveau dédié à la sécurité alimentaire et l’agriculture durable a soutenu que la réduction de la fracture agricole mondiale est le gage de l’équilibre alimentaire du continent. «Ceci passera par le développement de la mécanisation, l’amélioration du financement des petits agriculteurs, le développement des produits de l’assurance agricole et l’achat à un prix équitable de la production de chez les petits exploitants», estime Abduallahi Adamu, président de la commission agriculture et développement rural au Sénat du Nigéria. Les représentants du ministère de l’agriculture et de la pêche ont, pour leur part, mis en exergue les politiques innovantes que le Maroc a décidé d’offrir en partage à ses partenaires africains, notamment le Plan Maroc Vert.


L’accès aux médicaments dans les pays les plus pauvres est une urgence
Par ailleurs, les participants au panel de haut niveau dédié à la sécurité en matière de santé publique ont affirmé que la réduction des prix des médicaments dans les pays les plus pauvres est une urgence et une priorité mondiales. Le Sous-secrétaire général de l’ONU a appelé à réfléchir à un nouveau système qui incite les laboratoires pharmaceutiques à continuer à produire d’anciens médicaments, toujours efficaces, mais qui ne sont plus disponibles car jugés peu rentables. «Il faut se battre pour que les marchés ne soient pas le seul moteur de la recherche médicale», a martelé un autre panéliste.
De leur côté, les panélistes du workshop réservé à l’énergie ont exposé les moyens à même d’accroître la part du renouvelable dans le mix énergétique, notamment en Afrique, soulignant que la bonne gestion et la gouvernance des énergies renouvelables constituent un élément-clé dans le progrès économique et social des pays émergents. «L’énergie est le moteur de l’intégration régionale et mondiale», a souligné l’ex-ministre espagnol de l’énergie, de l’industrie et du tourisme, José Manuel Soria, mettant l’accent sur l’importance de combiner la sécurité énergétique et le respect de l’environnement.
Cela dit, la question de la parité des sexes et l’approche genre est revenue dans plusieurs interventions. En effet, la représentation de la femme dans les cercles de décision ne dépasse pas 20% en Afrique. Sheikha Hissah Saad Al Sabah, présidente du Conseil des femmes d’affaires arabes, s’est félicitée des progrès enregistrés ces dernières années dans plusieurs pays africains. Toutefois, elle a remarqué que beaucoup de choses restent à faire, en commençant par le changement des schémas de pensée liés au mode patriarcal qui continue de prévaloir en Afrique.
Rôle structurant dévolu au Maroc dans l’Afrique du XXIe siècle
Devant tous ces défis, le Maroc a un rôle structurant à jouer. C’est d’ailleurs la deuxième composante du thème choisi pour cette édition : «Vers la nouvelle Afrique du XXIe siècle. Stabilité, cohésion et solidarité pour un développement durable, rôle structurant du Maroc». Les intervenants lors de la session d’ouverture, quant à eux, ont insisté sur ce rôle qualifié de structurant du Maroc dans le partenariat stratégique entre les pays du Sud. Ils étaient nombreux à s’attarder sur la nouvelle stratégie africaine du Royaume, et comment elle va impacter le développement du continent. Pour Jean Paul Carteron, fondateur du Crans Montana, le Maroc est dans la zone verte (ndlr : en sécurité) et constitue un exemple à méditer dans un monde égoïste et incertain. Dans le même registre, l’adhésion du Maroc à l’Union africaine et sa demande d’intégration de la CEDEAO ont été saluées par une majorité de participants qui ont trouvé énormes les possibilités que ces initiatives ouvrent pour le continent.