Les opticiens souffrent de l’informel

Le secteur compte plus de 2 700 opticiens concentrés à  Casablanca et Rabat. Faute de réglementation, l’exercice de l’activité est libre.

Concurrence de l’informel et anarchie au niveau des prix. Les opticiens en souffrent depuis plusieurs années, même si l’absence de statistiques fiables ne permet pas d’évaluer de façon précise l’intensité de la crise. En tout cas, la profession réclame avec insistance la réglementation de l’activité afin d’y remettre de l’ordre. Le projet de loi proposé en 1989 et actualisé en 2009 par Yasmina Baddou, alors ministre de la santé, n’étant toujours pas mis sur le circuit d’adoption.

Comptant plus de 2 700 opticiens, le secteur est divisé en deux segments : les magasins organisés -grands et petits- et les boutiques du circuit informel comme celles de Derb Ghallef et Souk Koréa à Casablanca. Les premiers sont à 90% implantés dans la capitale économique et Rabat. Dans les grands magasins des quartiers et centres commerciaux de ces deux villes, on parle très peu de crise ou de méfaits de l’informel. C’est que «l’offre est constituée de grandes marques et la clientèle n’est pas du tout intéressée par les produits bon marché», explique un membre du syndicat des opticiens qui souligne que l’offre de ces boutiques est concentrée sur les lunettes solaires qui représentent plus de 80% de leur activité.

En revanche, les petites boutiques peinent à s’en sortir. «Les prix sont serrés en raison de l’informel, et la concentration des ventes sur le verre optique limite l’activité de ces opticiens qui, le plus souvent, ne rentrent pas dans leurs frais en raison des charges, notamment du coût des équipements qui sont de plus en plus sophistiqués», est-il souligné.

Le circuit informel importe de Chine et de Taïwan

Un verre simple foyer est vendu entre 300 DH et 1 500 DH. Le prix du verre progressif débute à 2 700 DH et atteint 16 000 DH dans certains cas.

C’est sur les montures que les opticiens peuvent réaliser des gains, pourvu que leur clientèle ait les moyens. Les prix varient de 500 DH à 4000 DH dans les magasins de quartier, et de 1 500 DH  à 20 000 DH dans les magasins plus luxueux. Pour les lentilles, la paire d’une durée d’utilisation mensuelle se vend de 200 DH à 600 DH, quel que soit le standing du magasin.

Dans le circuit parallèle, notamment à Derb Ghallef et Souk Koréa à Casablanca, «les affaires sont concentrées sur la vente de produits importés de Chine et de Taïwan», dit-on au syndicat des opticiens. D’une qualité douteuse, ces produits peuvent être à l’origine de maladies des yeux et de problèmes de vue. Le prix des montures (entre 80 DH et 200 DH) défie toute concurrence. Une autre filière constituée d’opticiens qui travaillent sur ordonnance et qui remplissent les dossiers de remboursement s’est également développée à Derb Ghallef. Leur concurrence est plus féroce car, «comme leurs charges sont réduites, ils proposent parfois les mêmes articles que les confrères qui exercent légalement, à des prix cassés», dénonce le membre du syndicat, qui exhorte le ministère de la santé à renforcer le contrôle. En effet, dans certaines localités dépourvues d’ophtalmologues, des commerçants sans un minimum de connaissance assurent la consultation et prescrivent des ordonnances. Pratique dangereuse que seule une loi peut endiguer.