Les opérateurs économiques dont on parlera en 2004

Télécoms, banques, tourisme, industrie, pêche, coupe du monde,
routes, tourisme, logement, privatisations… Des sujets incontournables pour
l’année en cours. Tour d’horizon des décideurs qui seront
sous les feux des projecteurs

Taoufik Hjira ministre du Logement et de l’Urbanisme
Attendu au tournant ! C’est le moins que l’on puisse dire de Taoufik Hjira qui a hérité du lourd portefeuille de l’Habitat, à la fin de l’année 2002. Des projets, pour répondre aux besoins du Maroc en logements ? Des idées pour éradiquer les bidonvilles ? Il en a à satiété. Reste à concrétiser et c’est au cours de l’année 2004 que les premiers résultats d’une politique très volontariste devraient apparaître. Si durant l’exercice écoulé, son département pouvait invoquer le manque de moyens (la Loi de finances 2003 ayant été héritée en l’état par l’équipe Jettou), au cours de cette année il n’aura aucune excuse. Les ressources du ministère ont augmenté de 50%, 3 400 ha de foncier sont mobilisés, les fonds de garantie sont installés et la mission des OST a été revue : l’Etat est devenu aménageur. Toute la difficulté sera alors de lancer le chantier des 300 000 logements en 2004 pour en arriver à 100 000 finalisés chaque année. Son problème principal ? Amener le secteur privé à construire et surtout l’aider à mieux s’organiser pour pouvoir répondre à la demande. Y arrivera-t-il ? L’homme travaille d’arrache-pied et, murmure-t-on dans les couloirs du ministère, il est optimiste.

Karim Ghellab ministre de l’Equipement et du Transport

A l’instar de plusieurs de ses confrères, Karim Ghellab aura une année difficile. Après le temps des études et de la réflexion, 2004 sera l’année de la mise en œuvre et toute erreur d’appréciation sera lourde de conséquences pour des secteurs aussi vitaux que l’aérien, la sécurité routière ou encore la libéralisation des ports. Dans les jours à venir, Karim Ghellab devra présenter le scénario retenu pour l’ouverture du ciel marocain. Une équation difficile qui devra à la fois tenir compte d’une adaptation à la vision 2010 (il faudra bien remplir les lits des hôtels qui se construisent ici et là) et de la nécessité d’épargner la RAM, transporteur national. Autre difficulté, celle de la mise en application du plan national de la sécurité routière. Très ambitieux, ce plan repose sur une implication des autres départements, des corps d’Etat (Police, gendarmerie…) et des acteurs privés (auto-écoles). Joueront-ils le jeu pour venir à bout d’un fléau qui tue 3700 personnes chaque année ? Toute la question est là !
Enfin, Karim Ghellab devra également gérer la libéralisation des ports en jouant des pieds et des mains pour convaincre les dockers du bien-fondé des changements. Homme de défi et de terrain, il devra faire la preuve de la justesse de sa vision.

Othman Benjelloun président de la BMCE
Une lourde tâche attend le président de la BMCE. La banque, qui s’est recentrée sur son activité de base, devra se chercher un positionnement dans un secteur où la fusion BCM-Wafa a donné le la d’un mouvement de concentration qui n’est pas prêt de s’arrêter. Elle doit donc se donner les moyens de réussir sa stratégie articulée autour du projet «cap client». L’exercice 2003 aura sans doute été un bon cru pour la banque et les prévisions des analystes tablent sur un résultat net compris entre 450 et 500 MDH. Par ailleurs, règles de Bank Al Maghrib obligent, elle a procédé à un reclassement de ses participations qui restent dans le groupe Finance.com mais disparaissent, en partie, de son actif propre. L’emprunt subordonné de 500 MDH lancé il y a quelques semaines, ainsi que celui de même montant à lancer cette année, devraient lui permettre de renforcer ses fonds propres. L’achèvement du programme de reclassement des participations fera aussi partie des priorités de la Banque en 2004. En effet, maintenant que tout porte à croire que l’alliance avec La Caisse d’épargne (France) fait partie du passé et Othman Benjelloun pour permettre à la BMCE-Bank de rester dans le peloton de tête devra renforcer l’assise financière de l’institution. Parallèlement, la fusion RMA-Al Watanyia qui devrait devenir effective en 2005 devrait renforcer le poids de la banque avec la création d’une vraie bancassurance. C’est là que réside le défi de Othman Benjelloun.

Adil Douiri, ministre du Tourisme
Adil Douiri commencera l’année avec un grand rendez-vous. Celui des assises du tourisme, prévues pour février à Casablanca et pour lesquelles les initiés prévoient des séances houleuses pour la simple raison qu’on abordera l’aspect financier de la Vision 2010. Il est vrai que le ministre du Tourisme n’exerce pas de tutelle sur les finances, mais c’est à lui qu’il revient d’exercer des pressions pour que le message passe. Et c’est le plus grand enjeux auquel Adil Douiri doit faire face. Autre chantier, celui de la relance du secteur qui, de plus en plus, subit les méfaits de la conjoncture internationale avec des baisses presque cycliques. L’évolution prévue du nombre de touristes ne se fait pas comme elle était prévue il y a trois ans et des aménagements seront nécessaires. Adil Douiri devra aussi convaincre les professionnels de s’intéresser davantage au marché local et il n’est pas impossible que l’on assiste à la suite de Kounouz Biladi. Le jeune ministre, est attendu également sur le plan du lancement des travaux des stations balnéaires. Le délai de grâce que le groupe Dallah Al Baraka a sollicité démontre que ce dernier ne sera pas au rendez-vous. Adil Douiri devrait en principe faire preuve de fermeté sur ce dossier. Enfin il devra achever le chantier de la mise en place des CRT, puisque jusqu’à présent il n’y en a que trois, et surtout leur définir un cadre clair de compétences.

Tayeb Rhafès ministre des Pêches maritimes
De tous les membres du gouvernement, Tayeb Rhafès, est peut-être celui qui aura l’année 2004 la plus dure. Certes, on lui reconnaît le mérite d’avoir fait ce que ses prédécesseurs n’osaient pas, c’est à dire de prolonger l’arrêt biologique autant que nécessaire afin de ne pas tuer la ressource. Mais sa gestion du dossier et surtout ses nombreux impairs dans les négociations avec les professionnels lui auront fait du tort. Résultat, il est condamné à co-gérer le dossier avec Abderrezak Al Mossadeq, ministre de l’économie. Autant dire une mise sous tutelle. Entre-temps, puisqu’il est toujours ministre des Pêches, il lui est demandé de trouver des solutions durables pour sortir tout le secteur de l’impasse car, en plus des armateurs, il devra gérer également le dossier des congélateurs de poulpe, une centaine à Dakhla et Laâyoune, au bord de la faillite en leur démontrant le bien fondé de son idée de reconversion. Les observateurs ne pensent pas qu’il restera en poste jusqu’à la fin de l’année.

Mohamed Benchaâboune DG de l’ANRT
Le nouveau DG de l’Anrt aura la lourde charge de rendre au secteur des télécoms son attractivité aux yeux des investisseurs, condition sine qua non pour poursuivre la libéralisation. Sur son bureau, le plus gros dossier est sans conteste celui de la seconde licence du fixe qu’il doit mener à bon port. Dès son installation à la tête de l’agence, à l’automne 2003, il avait opté, sage décision, pour une refonte des scénarios (rapport Mc Kinsey, en 2001) sur lesquels l’ANRT s’était appuyée pour lancer son appel d’offres au cours de l’été 2002. Un appel qui, on le sait, avait été déclaré infructueux.
Logiquement, les nouveaux scénarios devraient être prêts à la mi-2004 et les appels à manifestation d’intérêt suivront. Cette fois-ci sera-t-elle la bonne ? Si son prédécesseur Othman Demnati avait hérité d’une situation de fait en reprenant le travail de Mostapha Terrab, Mohamed Benchaâboune lui n’aura pas cette chance. Un autre échec du lancement de la seconde licence du fixe entamerait sérieusement son crédit. Et il semble qu’il se soit entouré de toutes les précautions pour que ça aboutisse, cette fois-ci.
Les autres dossiers qui l’attendent sont aussi importants pour la visibilité dans le secteur des télécoms. D’une part l’agence doit préparer les textes d’application de la nouvelle loi 55/01 et, d’autre part, des décisions réglementaires concernant les leviers de régulation devront être prises. Travaux d’Hercule en perspective.

Khalid Oudghiri, président de la BCM
Les milieux financiers avaient été surpris par sa nomination à la tête de la BCM. Non pas pour une question de compétence, mais en raison de son appartenance à un groupe, en l’occurrence BNP Paribas, en concurrence avec son nouvel employeur via la BMCI. Khalid Oudghiri à pourtant très vite adopté ses nouvelles couleurs et frappé d’emblée un grand coup en décidant de provisionner plus d’un milliard de DH au titre de l’exercice 2002. Désormais, on savait que son mode de gouvernance sera totalement différent de celui de son prédécesseur qui avait réussi à bâtir la première banque privée du pays. Avec sa méthode, M.Oudghiri a pris la décision de consolider les acquis acquérant Wafabank. Reste maintenant à mener à bien la fusion entre cette dernière et la BCM. C’est là où le nouvel homme fort du secteur bancaire est attendu en 2004 et tout le monde sait que ce ne sera pas de la sinécure. Il a certes choisi de jouer la transparence totale en formant un comité de rapprochement constitué de cadres des deux banques et en déclarant que seul le mérite comptera. Pourtant, en optant pour une fusion effective en septembre prochain, la partie n’est pas gagnée d’avance. Système d’information, ressources humaines, normes et méthodes… les paramètres à prendre en compte sont nombreux. Pour ceux qui le connaissent, l’homme est bien dans son élément et peut faire preuve d’une grande fermeté quand il veut atteindre ses objectifs mais le timing fixé par ces objectifs n’est-il pas trop ambitieux ?

Rachid Talbi Alami ministre de l’Industrie, du Commerce et des Télécoms
En 2004, Rachid Talbi Alami sera attendu pour le dossier des technologies de l’information et des télécoms. Il a promis d’instaurer le e-government avec le lancement notamment de l’informatisation de quelques grands départements comme la Santé publique et la Justice. A en croire Rachid Talbi Alami, même l’intranet gouvernemental (interministériel) est attendu pour cette année.
Parallèlement, dans l’industrie, il devra boucler les gros dossiers qu’il a ouverts en 2003. Dans l’automobile, après le rachat de Somaca par le français Renault, un gros travail reste à faire en amont c’est-à-dire du côté des équipementiers pour lesquels 2004 risque d’être une année difficile suite au départ de Fiat. Rachid Talbi Alami est également très attendu par les professionnels des textiles qui sont à la croisée des chemins à cause du démantèlement de l’accord multifibres (AMF) en 2005 et des accords de libre-échange avec l’Europe et les USA. Enfin, pour le commerce, c’est en 2004 que le ministre devra, comme il l’avait promis, supprimer les autorisations auxquelles sont assujetties certaines professions. Une première !

Mohamed Boussaid directeur des entreprises publiques et de la privatisation
Mohamed Boussaïd a du pain sur la planche. Son programme pour l’année 2004 est très chargé. Hormis la privatisation de huit sociétés de l’Etat, le directeur des établissements et des participations publiques et de la privatisation mènera de front la libéralisation de certains secteurs dont notamment celui de l’électricité et des télécoms. Etroitement lié aux ministères concernés, Boussaïd dit-on est confiant. Il escompte réussir un joli coup pour Maroc Telecom et table sur la récupération d’au moins cinq fois la mise de l’Etat dans la Comanav après sa mise en vente. Si un tel défi est relevé, cela donnera de quoi clouer le bec à ceux qui ont reproché à l’Etat d’avoir engagé ses sous pour renflouer la caisse du transporteur. Un autre chantier, et pas des moindres : la DEPP entame sa première année selon les nouveaux critères de contrôle des établissements publics. L’année 2004 sera celle du classement des bons et des mauvais. Ce classement déterminera ceux qui seront soumis au contrôle à priori et ceux qui bénéficieront du contrôle d’accompagnement.

Saâd Kettani président de «Morocco 2010»
En attendant la décision des membres de la FIFA, prévue pour le 15 mai 2004, Saâd Kettani s’apprête à passer quatre mois des plus difficiles. Il entamera ainsi dans les prochains jours une grande tournée africaine pour expliquer le dossier marocain. Cette tournée le mènera, entre autres pays, au Sénégal et en Côte d’Ivoire, même si ces pays ne voteront pas. Dans la foulée, et dès le 24 janvier, il fera un petit détour pour aller faire la promotion de «Maroc 2010» en Tunisie à l’occasion de la CAN 2004 qui s’y tiendra jusqu’au 14 février. Ensuite, commencera le fameux média tour qui consistera à inviter, par groupes, une centaine de journalistes étrangers au Maroc pour leur faire faire le tour des chantiers en cours et des installations. Sur le terrain, et selon des sources proches du comité, les travaux de construction des stades d’Agadir et Marrakech sont très avancés, ce qui fait dire à certains que «cette fois, ce sera peut-être la bonne». Saâd Kettani entrera dans la légende ou…sera le bouc émissaire d’une déception.

Abdellatif Jouahri gouverneur de Bank Al Maghrib
La loi, rien que la loi, toute la loi ! Le gouverneur de la banque centrale qui revient à la tête de l’institution où il avait commencé sa carrière, il y a quarante ans, entend en redorer le blason en lui faisant jouer son véritable rôle de gendarme du marché bancaire. L’entrée en vigueur probable de la nouvelle loi bancaire ainsi que du texte sur les statuts de Bank Al Maghrib devraient le réconforter dans son plan d’action. Incompatibilités de fonction de président de banque avec la casquette de patron d’autres entreprises, respect des règles prudentielles, assainissement des portefeuilles, Abdellatif Jouahri, est résolu à faire respecter les règlements et en finir avec le laxisme. Les frictions avec les banques ne manqueront pas. Charité bien ordonnée commençant par soi-même, la banque centrale ne siègera plus au sein des Conseils d’administration des établissements publics pour lesquels la loi ne l’y oblige pas. Dans ses cartons, pour 2004, Abdellatif Jouahri a en projet la mise en place d’une centrale des bilans, un rating des banques ainsi que, plus ambitieux, un rating des PME ! Bref, égal à lui-même, on dirait que M. Jouahri n’a jamais quitté la fonction publique.

Ramon Enciso, président de Medi Telecom
Année chargée en perspective pour Ramon Enciso, le président de la première compagnie privée de téléphonie au Maroc. Au bout de près de quatre ans d’activité, l’entreprise dont il tient les rênes sort la tête de l’eau. A l’issue de l’exercice 2003, le résultat d’exploitation, qui est sorti du rouge un an auparavant, se chiffre en centaines de millions de DH (il atteindra probablement le milliard de DH, selon des sources bien informées). Le modèle économique tient donc la route et le plus dur est passé. 2004 sera donc axée sur les nouvelles niches de croissance grâce à la diversification. Il y a d’abord le lancement des téléboutiques qui devraient faire leur apparition dès février. Ensuite, gros chantier, la mise en service du GPRS et de la transmission de données. Enfin, Médi Telecom sera parmi les soumissionnaires pour la seconde licence du fixe vers la fin de l’année. Tout cela devra être mené à bon port et surtout avec un retour sur investissement rapide. Il ne s’agit pas en effet de se lancer dans des créneaux qui vont plomber l’activité de base. En décembre 2003, Medi Telecom déclarait avoir 3,2 millions de clients. En 2004, il s’agira d’en attirer 800 000 de plus.

Driss Benhima DG de l’agence du Nord
L’Agence du Nord qui a hérité d’un méga projet, ouvrant la région sur le trafic international de marchandises, n’aura pas la tâche facile sur le dossier de la substitution des cultures de cannabis. Le dossier est sensible car le volet social fait pression. Driss Benhima qui a promis une nouvelle stratégie pour le Nord butera certainement sur ce chapitre. A noter également que la rocade Tanger-Saïdia, qui a pris un léger retard, devrait être réactivé suite à la mise en chantier du port Tanger-Mediterranée et l’attribution de la station balnéaire de Saïdia. A cela s’ajoute l’impératif de piloter un développement harmonieux sur le plan urbanistique d’une région qui promet l’un des taux les plus élevés de la création d’emploi et de ce fait doit se préparer en amont à accueillir les ressources humaines et améliorer la qualité de vie. Les grands chantiers commenceront en 2004. Driss Benhima devrait en principe annoncer sa stratégie et le plan d’action qui l’accompagne. Il sera très attendu là-dessus.

Mounir Majidi, président de Siger
Il est sans doute l’un des décideurs économiques les plus puissants du pays eu égard à son statut de président de Siger, le holding qui gère les participations de la famille royale. La configuration d’un large pan du tissu économique dépendra de ses décisions ou du moins de ses appréciations. Le chantier, commencé en 2003 avec la réorganisation de l’ONA et de la SNI, qui ont pour actionnaire de référence Siger, ne fait que commencer. Après le mariage BCM-Wafabank qu’il supervise de près, il est probable qu’il ne s’arrêtera pas en si bon chemin. Les observateurs évoquent volontiers les télécommunications, un secteur clé qui échappe encore à l’ONA.Dans ses actions, Mounir Majidi s’appuie sur une garde rapprochée composée de jeunes cadres, entre autres Hassan Bouhemou. Du travail, ils n’en manqueront pas en 2004.