Les objectifs de la Vision 2020 remis en cause par la crise

Les arrivées touristiques stagnent à  9.3 millions depuis trois ans. La plupart des chantiers sont en veilleuse. Pour les professionnels, le ministère gagnerait à  revoir les ambitions à  la baisse.

Quand on relit les engagements contenus dans le contrat programme 2011-2020 pour le tourisme, intitulé aussi «Vision stratégique de développement touristique», et quand on regarde les performances touristiques du Maroc depuis trois ans, notamment en termes d’arrivées qui stagnent à 9,3 millions de touristes par an, on se dit qu’il faudrait peut-être que le gouvernement revoie à la baisse ses ambitions pour ce secteur. En tout cas, ce serait une grande preuve de réalisme et de transparence de la part des onze départements ministériels qui sont impliqués à des degrés divers dans cette stratégie. Cet exercice est d’autant plus nécessaire que «les assises du tourisme», autrefois réguliers pour faire le point sur l’état d’avancement de la stratégie ont été reléguées aux oubliettes, faute justement d’annonces positives sur l’avancement des différents chantiers.

Le problème de la desserte aérienne persiste

En effet, ce qui semblait possible au moment de l’élaboration de ce contrat programme, à la lumière d’une conjoncture internationale qui était alors favorable au tourisme, ne l’est plus aujourd’hui. L’objectif global annoncé était de «doubler la taille du secteur», ambition qui devait se traduire par un positionnement dans les 20 plus grandes destinations mondiales et devenir une référence du pourtour méditerranéen en matière de développement durable. Cet engagement devrait passer par la construction de 200 000 lits hôteliers et assimilés pour atteindre 372 300 lits (256 400 en 2015) et le doublement du nombre d’arrivées issues des marchés traditionnels et en attirant au moins un million de touristes des marchés émergents. Ce qui devrait se traduire par 470 000 nouveaux emplois directs et un total d’un million à l’horizon 2020. Les recettes devraient atteindre à la même échéance 140 milliards de DH, entraînant l’accroissement de la part du secteur dans le PIB de deux points…

Comme on l’a dit depuis trois ans, les arrivées stagnent à un peu plus de 9,3 millions de touristes et les recettes, de leur côté, oscillent autour de 55 milliards de DH, alors que la capacité en lits hôteliers est de quelque 183 000 lits dont le tiers se trouve à Marrakech, avec un taux d’occupation moyen qui se situe à 47% dont plus de 10% générés par le tourisme interne. Ceci donne une idée plus juste sur le poids des nuitées des touristes étrangers. Aujourd’hui, le ministère du tourisme et son bras armé, la SMIT, focalisent sur les investissements touristiques et la mobilisation du foncier en mettant en avant, à raison du reste, les atouts et le potentiel naturel de la destination. Mais, y a-t-il meilleur indicateur pour un investisseur étranger que celui de la fréquentation de la destination et de son accessibilité ? Et donc, à supposer même que l’on réussisse à mettre tous ces lits sur le marché au rythme annoncé, comment faudra-t-il faire pour leur garantir un taux d’occupation supérieur à 50% ou 60% pour atteindre le seuil de rentabilité généralement admis, alors que le modèle dans les pays émetteurs a complètement changé et que l’ouverture du ciel marocain dans le cadre de l’accord de l’open sky a eu comme effet pervers important la réduction des vols charters vers le Maroc comme en témoignent les chiffres des dernières années ?

Avant 2007, en effet, la part des vols charters dans les dessertes était de 40% contre 9% pour les compagnies low cost et 51% pour les vols réguliers. Aujourd’hui, cette configuration a complètement changé et la part des charters est descendue à 6% contre 45% pour les low-cost, la part des compagnies régulières restant stable à 49% au lieu de 51%. A l’arrivée à l’aéroport de Marrakech, la première destination du pays, les charters ne représentent plus que 4,3% des dessertes, selon les dires du DG de l’Office national des aéroports (ONDA) en personne lors de la réunion qu’il a eue la semaine dernière avec les professionnels de la ville ocre. Une donnée qui handicape surtout les hôtels de catégories intermédiaires et les agences de voyages réceptives qui accueillaient cette clientèle envoyée par charter, pour une semaine minimum, par des petits tour-opérateurs des pays émetteurs, lesquels ont été d’ailleurs eux aussi balayés par la crise économique qui sévit dans ces pays.

Ceci pour dire qu’il faut peut-être, comme l’ont suggéré il y a quelques mois les membres de l’Association nationale des investisseurs touristiques (ANIT), qui sont impliqués fortement dans les stations Azur, faire une pause dans l’investissement touristique, et s’occuper des autres chantiers de la Vision 2020 qui n’émergent pas du papier.