Les nouveaux chiffres de la pauvreté

4,2 millions de pauvres aujourd’hui.
En cinq ans, le taux de pauvreté est passé de 19 à 14%.
Le milieu rural plus affecté que l’urbain : 22% de pauvreté à la
campagne contre à peine 7,9% dans les villes.
667 000 ménages vivent avec moins de 1 745 DH par mois.

Le Maroc dispose désormais d’outils précieux et détaillés qui rendent possible un ciblage géographique des programmes de lutte contre la pauvreté, que ce soit sous forme de filets sociaux ou d’investissements générateurs de croissance. Plus globalement, il pourra s’atteler à la mise en chantier de la première phase de l’INDH qui, elle, concerne les 360 communes rurales et les 250 quartiers urbains les plus pauvres.
Grâce à l’exploitation des résultats du recensement général de la population et de l’habitat (RGP) de septembre 2004, le Haut commissariat au plan (HCP) vient de finaliser la réalisation de cartes de pauvreté, désagrégées au possible puisque atteignant même le niveau infra-communal (c’est-à-dire le quartier). Le Plan, qui s’apprête à publier ces cartes de la pauvreté – elles sont en cours d’impression -, a réalisé là un travail non dénué d’intérêt.

Le Gharb-Chrarda Bni-Hssen est la région la plus déshéritée
Enseigement majeur, le taux la pauvreté a beaucoup baissé par rapport aux données de l’enquête sur le niveau de vie des ménages réalisée en 1998/1999. Entre ces deux dates, en effet, la pauvreté relative a reculé de cinq points (voir graphe ci-contre). Elle s’établit à 14,2 % à l’échelle nationale, à 22 % au niveau rural et à 7,9 % en milieu urbain, contre respectivement 19 %, 27 % et 13 % en 1998/99. Cela signifie, en considérant le seuil de pauvreté (voir encadré en page suivante), que plus de 232 000 ménages en milieu urbain vivent avec un revenu maximal de 1 687 DH par mois et que 435 000 ménages en milieu rural vivent avec 1 745 DH par mois ou moins.
Bien sûr, même si le taux de pauvreté a diminué, en valeur absolue (voir graphique ci-contre), l’effectif des pauvres est resté quasiment inchangé, il a même légèrement augmenté par rapport à l’enquête sur la consommation de 2001. A cette précision près qu’entre le recensement de 1994 et celui de septembre 2004, la population marocaine a crû au rythme de 1,4 % par an ; ce qui relativise tout.
Cependant, cette amélioration globale cache des disparités régionales. En jetant un coup d’œil sur la distribution géographique de la pauvreté, on constate en effet que celle-ci est inégalement répartie, passant par exemple de 2,8 % à Oued Ed Dahab-Lagouira (le niveau le plus faible) à 20,5 % dans le Gharb-Chrarda Bni-Hssen (niveau le plus élevé). Avec les régions de Meknès-Tafilalt (19,5 %), Marrakech-Tensif-Al Haouz (19,2%), Souss-Massa Draa (18,9 %) et l’Oriental (17,9 %), ce sont là les cinq régions où le niveau de pauvreté est le plus accentué. Dans l’enquête sur la consommation de 2001 (cf La vie éco du 9 juillet 2004), le même constat avait été fait pour ces cinq régions.
En revanche, les régions du Grand Casablanca (3,5 %) et de Rabat-Salé-Zemmour-Zaer (8 %) restent relativement épargnées par le phénomène de pauvreté, pour la raison bien connue qu’elles se situent dans l’axe industriel Kénitra-El Jadida où les opportunités d’offres d’emploi et donc de revenus sont importantes.
Paradoxalement, cet ordre de distribution de la pauvreté au niveau de la région n’est pas respecté à l’échelle des communes. En effet, par communes les plus pauvres (+ de 30 % de pauvreté), ce n’est pas la région Gharb-Chrarda Bni-Hssen qui vient en premier, mais Marrakech-Tensift-Al Haouz, avec 93 communes ayant un taux de pauvreté supérieur à 30%, suivie de Souss-Massa-Draa (87 communes), de Meknès-Tafilalt (58 communes), de l’Oriental (34 communes) et, enfin, du Gharb-Chrarda Bni-Hssen (21 communes). L’explication est à chercher à deux niveaux. D’abord l’écart entre nombre de communes par régions, ensuite – et surtout – dans certaines régions même présentant un taux de pauvreté plus bas que d’autres, des communes ont un taux de pauvreté très élevé, masqué par la moyenne régionale.
E c’est là qu’apparaît tout l’intérêt du travail réalisé par le plan : connaître avec précision les poches de pauvreté pour pouvoir mieux cibler l’action publique. A titre d’exemple, si la région Gharb-Chrarda Bni Hssen affiche le taux de pauvreté le plus élevé (20,5 %), cela ne signifie pas que toutes les communes qu’elle abrite sont dans le dénuement puisque celles-ci ne sont qu’au nombre de 21, alors qu’avec 18,9 % de pauvreté, la région du Souss-Massa-Draa compte 87 communes ayant un taux de pauvreté supérieur à 30 %.
Autre enseignement, celui de la corrélation établie entre pauvreté et développement. A partir de l’Indice de développement humain (IDH) des Nations Unies, le HCP a confectionné deux indices sur la base des résultats du recensement. D’une part, un indice communal de développement humain (ICDH) qui comprend trois éléments : le taux de mortalité infantile, l’éducation-alphabétisation et le niveau de vie approché par la dépense annuelle moyenne par personne. Et, d’autre part, un indice communal de développement social (ICDS) composé là aussi de trois indicateurs : l’accès à l’eau potable, à l’électricité et au réseau routier – on l’aura compris, cet indice vaut seulement pour le milieu rural.

La pauvreté s’incruste dans les quartiers modernes et de luxe
Grâce à ce travail, dit «classe de taux de pauvreté» dans le jargon scientifique, il est loisible de constater que plus l’ICDH et l’ICDS sont élevés, moins la pauvreté est importante. Exemple : dans les communes où l’ICDH est de 70 % et l’ICDS de 61 %, le taux de pauvreté est inférieur à 10 % ; a contrario, là où ces deux indices ne sont respectivement que de 46 % et 40 %, le taux de pauvreté dépasse les 40%.
Le dernier enseignement montre que la pauvreté, par strate d’habitat, se diffuse à peu près dans tous les milieux – à des degrés divers, certes. A preuve, dans la catégorie d’habitat dit «luxe et moderne», le taux de pauvreté est proche de 5 % (4,9 % exactement), soit un peu moins que dans l’habitat économique et social (6,4 %). Et dans les anciennes médinas, où l’on aurait tendance à voir plus de pauvreté, celle-ci ne représente «que» 7,3 %, soit un peu moins de 2,5 points de plus que dans les quartiers modernes et de luxe

1 687 DH par mois pour un ménage urbain et 1 745 DH en milieu rural !
Le taux de pauvreté est le pourcentage des individus dont le revenu est inférieur au seuil de pauvreté relative. En 2004, ce seuil est de 1 687 DH par mois pour un ménage moyen en milieu urbain (5,6 membres) et 1 745 DH par mois en milieu rural (6,4 membres). Il existe également un taux de vulnérabilité, il calcule la proportion de personnes non pas pauvres mais vivant sous la menace de la pauvreté.
Son seuil de situe entre 1 687 et 2 531 DH par mois pour un ménagem moyen en milieu urbain et entre 1 745 et
2 618 DH par mois pour un ménage en milieu rural.