Les médecins du privé autorisés à  travailler dans les hôpitaux publics

Ils interviendront là  ou les praticiens du secteur public manquent, en vue de compléter la carte sanitaire du pays dans le cadre du Ramed. Durée du travail et tarifs, partage du plateau technique, couverture des campagnes et respect de la carte sanitaire sont les quatre points du partenariat.

L e secteur public de la santé souffre d’une insuffisance de médecins spécialistes qui ne totalisent que 9 000 sur les 18 000 médecins que comptent les hôpitaux étatiques. Un manque qui affecte la qualité des prestations fournies et remet en question le principe du droit aux soins médicaux dont doivent bénéficier les patients. Pour remédier à cette insuffisance, le ministère de la santé s’apprête à sceller un partenariat, longtemps réclamé par les médecins du secteur privé, entre hôpitaux et spécialistes du privé installés pour leur propre compte. Il faut rappeler qu’en mai 2008, le ministère de la santé avait signé un protocole de partenariat avec le Collège des médecins spécialistes pour combler le manque de praticiens au sein de l’hôpital de Benguerir. Dans cette région qui compte 700 000 habitants, l’hôpital ne disposait d’aucun spécialiste !
La reprise de ce dossier présente, selon le ministère de la santé, un double intérêt : d’abord combler le manque dans certains hôpitaux du pays mais aussi et surtout contribuer à la réussite du Régime d’assistance médicale pour les économiquement démunis (Ramed) qui devrait entrer en vigueur d’ici quelques semaines. Or, les patients du Ramed sont supposés avoir accès aux soins quasi gratuitement et l’absence de spécialistes les conduirait automatiquement à débourser pour une consultation qu’ils n’auront pas pu faire auprès du secteur public, ce qui remet en cause le fondement même du Ramed. Jusqu’à présent le problème ne se posait pas avec cette acuité, les patients couverts par l’AMO pouvant aller consulter à prix réduit chez le privé conventionné.
Comment ce partenariat va-t-il se présenter concrètement ? Le schéma sera réglementé par un décret qui est déjà finalisé. Selon le ministère, le partenariat est axé sur quatre points. Premièrement, il concerne les moyens humains dans la mesure où il permettra à des spécialistes du privé d’intervenir dans certains hôpitaux en contrepartie d’un forfait mensuel déterminé par le décret. Un contrat d’embauche liera les deux parties. La durée de travail sera fixée, selon la disponibilité du spécialiste et en fonction des besoins de l’hôpital concerné. Ou alors, le paiement par les hôpitaux se fera à l’acte sur la base de la tarification de l’assurance maladie obligatoire pratiquée dans le secteur public. «Les tarifs seront inférieurs à ce qui est pratiqué dans les cliniques privées ; l’intérêt revêt surtout un aspect social dans la mesure où l’intervention du médecin privé évitera un déplacement du patient vers un autre hôpital ou une autre ville, ce qui peut occasionner des frais auxquels le patient ne pourra pas faire face», souligne un spécialiste. Il faut noter qu’après l’intervention du spécialiste, le suivi du malade sera assuré par le médecin généraliste de l’hôpital. Autre point important, le partenariat public-privé impose au médecin d’intervenir au sein de l’hôpital public, ce qui veut dire que le patient couvert par le Ramed ne peut bénéficier d’une consultation subventionnée au sein du cabinet du praticien.  

Déjà 1 400 malades bénéficient de la dialyse grâce au partenariat public-privé

Le deuxième point porte sur le partage de l’utilisation du plateau technique des hôpitaux ainsi que des blocs opératoires. L’apport sera très important, expliquent les responsables du ministère, au niveau des prestations radiologiques puisque l’hôpital pourra louer les scanners et les angiographes à des médecins du privé qui enverraient leurs patients pour des examens. Là aussi, le coût de la prestation est défini par le décret réglementant le partenariat. Celui-ci permet, dans le cas de certaines pathologies, la prise en charge de malades par le secteur privé à des tarifs étudiés et inférieurs à ceux pratiqués dans le privé. C’est le cas de la dialyse qui est, selon le ministère de la santé, un exemple réussi puisque, de nos jours, 1 400 patients sont pris en charge dans des centres de dialyse privés.
En troisième lieu, le partenariat aura un apport important en ce qui concerne les campagnes ainsi que les actions de santé publique, notamment le Ramed et les caravanes médicales dans certaines régions où parfois seulement 1,5% de la population a accès aux soins. «Nous avons crucialement besoin de médecins spécialistes dans le cadre de ces actions pour une prise en charge sur place des malades si leurs cas ne nécessitent pas un transfert vers les hôpitaux», annonce le ministère qui souligne que le partenariat, dans ces cas-là, se fera au «coût de la citoyenneté». Autrement dit, gracieusement.
Enfin, ledit partenariat permet de répondre aux impératifs de la carte sanitaire afin d’assurer une couverture médicale de l’ensemble du territoire, et de réussir la généralisation du Ramed qui sera incessamment effective. Le cadre est donc mis en place. Reste à identifier les hôpitaux où le manque des spécialistes est important. La liste de ces hôpitaux sera publiée au démarrage du Ramed. Par ailleurs, le ministère de la santé doit entamer, dans les prochains jours, des discussions avec le ministère des finances en vue du financement du partenariat public-privé.