Les mauvaises surprises de la hausse des tarifs de l’eau potable

A Taza, Oujda et Meknès, les augmentations frisent les 100%.
L’ONEP, les régies et les concessionnaires invoquent un rattrapage
destiné à  renforcer l’équité entre les villes.

En début d’année, les pouvoirs publics avaient décidé d’accéder enfin à  la demande de l’Onep (Office national de l’eau potable), d’augmenter les tarifs de l’eau potable. La hausse a pris effet le 2 mars dernier, date de publication au Bulletin officiel de l’arrêté ministériel. Cette hausse, telle qu’elle a été présentée par les pouvoirs publics, ne devait pas excéder 3,5%, soit quelques dirhams sur la facture finale, mais à  la lecture des arrêtés publiés au BO, on se rend compte qu’en moyenne la hausse des tarifs de l’eau est bien supérieure aux chiffres annoncés. Trois faits méritent d’être signalés.

Le premier concerne l’augmentation des redevances fixes qui ont plus que doublé, passant à  6 DH par mois (ou 18 DH par trimestre) contre 2,91 précédemment pour les clients Onep et 2,50 DH pour les clients des régies. Pour l’office, ce n’est là  qu’une réparation partielle de «l’injustice dont il souffrait dans la mesure o๠d’autres opérateurs, dont les concessionnaires, sont autorisés à  collecter des redevances plus importantes pour la même prestation».

La deuxième nouveauté est de taille puisqu’elle introduit un changement de fonds dans le système des tranches notamment la tranche dite sociale qui a été ramenée à  6 m3 par mois (soit 18 m3par trimestre) seulement, au lieu de 8 m3 dans l’ancien système (24 m3 par trimestre). Du coup, les 2 m3 ôtés de cette tranche sociale passent dans la tranche supérieure qui, elle, est facturée à  des tarifs plus importants. En clair, il s’agit d’une augmentation qui ne dit pas son nom. Aussi bien pour le MAEG (ministère des Affaires économiques et générales) que pour l’office, ce rétrécissement de la tranche sociale est justifié. Toutes les études réalisées ont démontré que la consommation moyenne des couches sociales, premières concernées par cette tranche, est de l’ordre de 20 litres par jour et par personne, soit exactement 6 m3par mois, précise-t-on en substance.

La troisième nouveauté concerne l’instauration de tarifs spéciaux pour les hôtels qui, depuis des années, s’insurgeaient contre le fait de devoir payer l’eau potable aux mêmes tarifs que les ménages.

+130% pour la tranche sociale à  Taza et +77% à  Oujda
Mais quel est l’effet réel de cette hausse sur le budget du consommateur ? Car si les tarifs de vente dits à  la production, tarifs auxquels l’office facture l’eau aux régies entre autres, n’ont pas connu de hausses spectaculaires, il n’en est pas toujours de même pour ceux appliqués au consommateur.

Officiellement, les distributeurs (régies et concessionnaires pour quelques villes) sont censés répercuter les hausses de l’Onep. Or, à  y regarder de plus près, la situation est légèrement différente. En effet, l’arrêté n°215-06 relatif aux tarifs à  la distribution contient de petites surprises. La première concerne des villes comme Taza, Oujda et Meknès o๠le prix du m3 a subi de très fortes hausses (voir tableau) qui vont de 77 % à  130 %, selon la tranche et la ville. Au MAEG, on explique que «l’ampleur des hausses doit en réalité être estimée en fonction de la répercussion sur la facture moyenne du consommateur », sachant qu’une grande majorité des ménages marocains consomment essentiellement dans la première (sociale) et la deuxième tranche. Par ailleurs, comme l’expliquait Ali Fassi Fihri, DG de l’Onep, il y a quelques mois déjà  à  La Vie éco : «Il n’y a pas de raison pour que le mètre cube dans la tranche sociale soit facturé à  0,72 DH à  Meknès et 2,90 à  Safi», alors qu’il n’y a pas de différence entre les pauvres o๠qu’ils soient. Quoi qu’il en soit, les injustices ne seront pas toutes éradiquées. Ainsi, l’eau potable reste globalement plus chère dans des villes comme Oujda, Safi, El Jadida, et Al Hoceima.

Enfin, un dernier détail : si, pour les villes gérées par les régies et l’Onep, les consommateurs savent à  quoi s’en tenir, il n’en est pas de même pour les villes gérées par des concessionnaires privés (Casablanca, Rabat, Tanger et Tétouan) car les hausses décidées n’ont fait, à  ce jour, l’objet d’aucune communication. Etrange !