Les matières premières flambent… les industriels s’adaptent

Cuivre, zinc, aluminium, fer, bois, café…, les prix explosent à  l’international.

Les importations en hausse de +8,7% à  fin avril.

Les entreprises s’adaptent en fonction des moyens du bord : rationalisation des dépenses, baisse des marges bénéficiaires et course
au volume.

Les cours internationaux des matières premières flambent. En l’espace de six mois seulement, en l’occurrence depuis janvier 2006, ils ont crû de plus de 40 % pour l’acier et l’aluminium, de 30 % pour le plastique, de 16 % pour le bois. Les torréfacteurs, après une courte stabilisation des cours, pronostiquent, quant à  eux, une hausse du prix du café de 40 % dans les semaines à  venir. A l’origine de cette flambée quasi générale, l’explosion de la demande asiatique, chinoise et indienne notamment. Les spéculations des fonds de pensions américains, de plus en plus présents sur les marchés des matières premières, soutiennent différents analystes, ne sont pas non plus étrangères à  cette envolée des prix dont les effets se font ressentir au niveau de la balance commerciale. Les statistiques de l’Office des changes arrêtées à  fin avril dégagent en effet un accroissement de 8,7 % des importations en valeur alors que leur poids a baissé de 9,7 %. On serait tenté d’imputer hâtivement cette variation à  la facture pétrolière. Or, l’examen de la balance commerciale démontre que la hausse a pour origine essentiellement les importations hors pétrole, soit 89,2 % de la hausse globale.

L’ampleur des variations des cours varie d’un secteur à  l’autre. La filière la plus affectée est celle des entreprises électriques pratiquement étouffées par cette flambée. En 18 mois, les prix ont augmenté par exemple de 165 % pour le cuivre, de 45 % pour l’aluminium et 193 % pour le zinc. La sonnette d’alarme a été tirée par la Fenelec, fédération du secteur, et la primature fut saisie par écrit ainsi que les principaux donneurs d’ordre. «Nous nous sommes réunis avec l’ONE le 23 juin.Les entreprises travaillant dans le cadre du programme de l’électrification rurale sont incapables d’honorer leurs engagements à  cause notamment de l’impossibilité de réviser les termes des marchés de moins d’un an», se plaint Abdelaziz Taârji, président de la fédération qui soutient que le chiffre d’affaires des entreprises membres de la Fenelec a fondu de près de 40 %. Les seules qui s’en sortent, de l’avis de M. Taârji, sont les grandes structures notamment celles adossées à  des multinationales comme c’est le cas pour Nexans Maroc. «Ces entreprises ont la possibilité de recourir à  des protections comme les achats à  terme. Mais même cette technique devient risquée en raison de l’instabilité de plus en plus accentuée des cours et de l’absence de visibilité sur les marchés internationaux».

+40% pour l’acier
Les aciéries ne sont pas mieux loties. Cette année, et en l’espace de six mois, janvier à  juin 2006, expliquent les responsables de Sonasid, les cours des aciers ont augmenté de 40 % pour les bobines laminées à  chaud (produits plats) et de 35 % pour les produits longs (fer à  béton, fil à  machine…). Pour atténuer ces importantes hausses et éviter de les répercuter en totalité sur les prix de vente «la Sonasid a fortement investi dans l’amélioration de ses performances techniques en s’engageant dans la démarche de la qualité totale, en modernisant ses unités industrielles et en augmentant leur capacité de production. Nos prix de vente n’ont augmenté en moyenne que de 20% entre 2004 et 2005, alors que ceux des aciers et de la matière première ont pris entre 60 et 70% sur la même période», explique Nacer Bouimadaghene, directeur général adjoint de l’entreprise. Par ailleurs, et pour une meilleure rationalisation de ses dépenses énergétiques, Sonasid qui est en passe de devenir, depuis le démarrage de son aciérie de Jorf Lasfar en août 2005, le premier consommateur d’électricité au Maroc (600 millions de KWh/an), s’intéresse aussi à  l’opportunité de «produire en propre», une partie de ses besoins en énergie électrique.

La situation des aciéries est partagée par les industriels de l’aluminium chez qui la hausse des prix est également à  deux chiffres. «Dans une activité comme l’aluminium o๠la matière première intervient jusqu’à  hauteur de 60 % dans la formation du prix de revient, explique Jawad Sqalli, DG d’Aluminium du Maroc (ADM), il est impossible de répercuter la totalité de la hausse sur le prix de vente». Des rationalisations de dépenses sont alors opérées. La communication est l’une des premières rubriques sacrifiées. «Nous avons par exemple annulé une opération d’inauguration d’une usine pour réduire les dépenses non liées à  la production. Nous nous battons aussi sur le volet commercial afin d’augmenter le chiffre d’affaires afin de compenser les baisses des marges bénéficiaires», poursuit M. Sqalli. Mais en dépit d’un bon comportement des ventes en volume sur le marché local (+8%) et à  l’export (+ 14 %), ADM a vu son résultat d’exploitation chuter de près de 55 % à  cause principalement de la hausse de plus du tiers des cours d’aluminium et du renchérissement du coût de l’énergie. Une telle conjoncture a contraint le management d’ADM à  revoir à  la baisse ses prévisions de résultat pour l’année (cf. La Vie éco du 23 juin 2006).

+16% pour le bois
Le plastique subit également de plein fouet la flambée. A en croire Mamoun Marrakchi, président de l’Association marocaine de plasturgie, la majoration depuis le début de l’année varie entre 30 et 40 %. Rappelons que cette matière intervient en tant qu’intrant pour plusieurs branches industrielles dont l’automobile, l’agroalimentaire, le bâtiment et le textile. «Les entreprises du secteur sont confrontées à  d’importants besoins en fonds de roulement. En face, les banques ne suivent pas toujours. Seules les grosses structures s’en sortent avec peu de dégâts».
L’immobilier est aussi touché mais dans des proportions moins graves. Grand consommateur de bois notamment pour les travaux de coffrages, le secteur doit affronter depuis le début de l’année une hausse moyenne des prix de 16 % consécutive, selon Abdelilah Guerouali, directeur commercial de la Socob, société commerciale des bois, au renchérissement des coûts de transport et à  la baisse de la production mondiale. Toutefois, l’impact de cette hausse sur l’immobilier demeure limité. «Les promoteurs amortissent ce surcoût grâce à  la réutilisation des bois de coffrages qui n’interviennent qu’à  hauteur de 6 % dans le coût de revient des gros Å“uvres», souligne Youssef Ibenmansour, président de l’Association des lotisseurs et promoteurs immobiliers de Casablanca.

Qu’en est-il de l’agroalimentaire ? Chez les torréfacteurs par exemple, l’impact est plus ou moins ressenti selon la taille des opérateurs. Les multinationales s’en sortent mieux, grâce notamment aux achats groupés comme l’explique bien Mau Voisin, PDG de Craft Food, dont l’entreprise bénéficie de l’appui de la centrale d’achat du groupe basée en Suisse. Une force de négociation dont sont privés les torréfacteurs nationaux. Abdelali Belkadi, DG des cafés Dubois, qui pressent une nouvelle hausse des cours du café de 40 % dans les prochaines semaines, a déjà  son plan de riposte en poche : revoir la hiérarchie du coût de revient, couper dans certaines rubriques et réduire la marge bénéficiaire.
Néanmoins, et en dépit de ce tableau peu réjouissant, l’année 2006 s’annonce de loin meilleure que la précédente. Le Haut commissariat au plan prévoit pour le secteur industriel une croissance de 3,4 % contre à  peine 2,6 % en 2005. C’est toujours bon pour le moral .

Focus
Le sucre marocain moins cher ?
Le secteur de la confiserie chocolaterie n’échappe pas non plus à la flambée des prix. Les intrants ont subi des corrections à la hausse. «En un mois, le cours du cacao par exemple a augmenté de 10 %», note Amine Berrada, DG d’Aiguebelle. Comme les autres secteurs, et face à l’impossibilité de répercuter la totalité de la hausse sur le prix de vente, ce sont les marges bénéficiaires qui s’érodent. Mais globalement le secteur arrive à s’en sortir grâce à la baisse du prix du sucre, intrant principal.
En effet, et depuis mars dernier, l’approvisionnement sur le marché local (3,70 DH HT le kg), selon M. Berrada, est devenu plus intéressant que le marché international (4,50 DH HT le kg) grâce notamment à la subvention de 2 DH/kg dont bénéficient les opérateurs depuis cette date.