Les Marocains accros au parfum : en 4 ans les importations ont doublé

Elles sont passées de 2.6 à  5 millions de tonnes, selon les chiffres de l’Office des changes. En dépit de la baisse des droits de douane, les prix n’ont pas baissé. Selon les distributeurs, la contrebande représente encore 40% du marché.

La crise économique n’a pas bridé le marché du parfum, autre produit phare pour les cadeaux de fin d’année. Bien au contraire, elle lui est favorable. «La baisse des budgets cadeau induite par la conjoncture explique la réorientation de la demande vers les parfums ou encore le chocolat qui restent des produits accessibles par rapport à d’autres cadeaux plus chers comme par exemple les stylos de marque, les articles de maroquinerie ou encore des articles en cristal», confie le gérant d’une parfumerie casablancaise. Il ajoute que son activité enregistre une bonne évolution entre décembre et février. Des propos confirmés par plusieurs parfumeurs qui avancent que les ventes augmentent de 30 à 40% à la fin de chaque année par rapport à une période normale. Mais ce n’est pas la seule période faste pour les parfumeurs qui précisent qu’au mois de mai, pour la fête des mères, les ventes progressent de 20%.
Chez les parfumeurs, l’offre est presque similaire, elle comprend, entre autres, de l’eau de toilette, de l’eau de parfum, des coffrets (parfum ou une eau de toilette et lotion pour visage ou une crème corporelle pour les femmes ; parfum et un gel douche ou une crème de soins pour les hommes). Ils notent que pour la gent masculine, les crèmes anti-rides et les lotions de soins sont très prisées depuis deux ans, et signalent que les coffrets ont plus de succès puisque’avec seulement 700 à 900 DH, il est possible d’avoir un parfum et un autre produit en bonus. Par contre, pour certaines marques très haut de gamme, le coût d’un parfum peut atteindre 1 000 ou 1 200 DH tandis que les eaux de toilette sont vendues entre 600 et 800 DH. L’offre comprend également des trousses de toilette et de soins, des accessoires de bains ou encore des sacs, des accessoires positionnés comme des produits d’appel.
Durant la période actuelle,  70% du chiffre d’affaires est réalisé avec les entreprises pour les cadeaux à leurs clients et partenaires. Le reste correspond à la demande des particuliers qui ont, soulignent les parfumeurs, des budgets plus réduits.

Les prix du circuit informel sont moins élevés de 20 à 30%

En cette fin d’année, les affaires marchent donc plutôt bien pour les parfumeurs, mais cela ne leur fait pas oublier les parts de marché perdues à cause de la contrebande qui représente, selon les importateurs structurés, 40% d’un marché dont l’estimation reste difficile en raison de sa désorganisation.
On retiendra cependant que durant les quatre dernières années, les importations officielles de parfums ont quasiment doublé. Elles sont passées, d’après les statistiques de l’Office des changes, de 2,6 à 5 millions de tonnes entre 2006 et 2010 pour une valeur qui, elle, a légèrement plus que doublé en atteignant 1,4 milliard, alors qu’elle n’était que de 698 MDH, quatre ans auparavant.
Cette hausse peut s’expliquer par l’ouverture de plusieurs parfumeries agréées dans les grandes villes. Mais surtout elle dénote d’un changement des habitudes chez les Marocains en raison de l’évolution de leur mode de vie et d’un ancrage plus prononcé dans la société de consommation. On se parfume plus qu’auparavant.
En principe, la baisse des prix à l’importation, qui sont passés entretemps de 50% à 35%, devait induire celle des prix à la consommation. Il n’en a rien été et au contraire les prix à la consommation finale ont même augmenté. De fait, la baisse des droits de douane n’a pas permis de contrebalancer la hausse des prix du parfum à l’international, principalement tiré par l’augmentation du coût des intrants de fabrication du produit. Cette évolution a permis à la contrebande, toujours très compétitive, de résister.
«Les prix sont élevés mais par rapport à quoi ? Nous estimons que nous sommes dans le même ordre de prix que l’étranger. D’ailleurs, il n’est plus intéressant d’acheter son parfum en dehors du Maroc», se défend le gérant d’une parfumerie qui ne manque pas de souligner qu’il est impossible aux structures organisées de s’aligner sur les prix des petits points de vente qui s’approvisionnent principalement par le circuit illégal. Et pour cause, en plus des taxes douanières, les parfumeries agréées supportent des frais de gestion et de transport. Par conséquent, le différentiel entre les prix des deux catégories se situe entre 20 et 30%. Une réalité contre laquelle le circuit agréé ne peut apparemment rien faire. Pour preuve, des boutiques commercialisant des produits importés illégalement ont pignon sur rue et attirent de plus en plus de clientèle. Mais, et c’est rassurant pour les structures organisées, cette concurrence n’attire pas les entreprises et donc ne gêne pas les ventes réalisées pendant les fêtes de fin d’année portées essentiellement par les cadeaux.

Fêtes de fin d’année oblige, durant la période comprise entre la mi-décembre et la mi-février, les ventes augmentent de 30 à 40% par rapport au reste de l’année.