Les maisons en kit débarquent au Maroc

Le groupe sino-anglais GBS prospecte le marché national depuis un an et devrait lancer ses produits début 2013. A coût égal par rapport aux constructions classiques, les logements préfabriqués revendiquent une meilleure qualité et des délais de réalisation beaucoup plus réduits.

Existe-t-il un marché pour les logements en kit au Maroc ? GBS veut bien le croire. Le groupe sino-anglais qui revendique le leadership mondial dans le secteur du préfabriqué résidentiel espère lancer ses produits au niveau national dès le début 2013. «Cela fait près d’un an que nous prospectons au Maroc et nous avons identifié un potentiel de demande intéressant», explique Charles Leclere, mandataire exécutif de GBS pour le marché local. Il faut dire qu’il s’agit d’un segment très peu investi jusqu’à présent, s’agissant du préfabriqué en dur (béton, ciment…) que cible GBS. En effet, on ne dénombre que quelques opérateurs de préfabriqué résidentiel sur le marché local, avec pour la plupart des produits en bois ou en matériaux composites. Mais alors, pourquoi les importations de constructions préfabriquées ont été multipliées par presque 9 entre 2010 et 2011, selon les statistiques de la douane, tout en continuant toutefois de peser peu en valeur (moins de 50 MDH) ? Il faut bien noter que ce chiffre porte sur des unités préfabriquées à usage professionnel, les importateurs de ces produits étant surtout des entreprises spécialisées.

De fait, le préfabriqué résidentiel au Maroc est encore sous forme d’éléments partiels entrant dans la construction classique (poutres, poteaux, canalisations…). Très peu de logements entiers en dur sont fabriqués intégralement selon ce procédé. Pourtant, très tôt, des tentatives ont été faites pour convertir le Maroc aux logements préfabriqués. «Les premiers lancements de logements préfabriqués au Maroc remontent aux années 70», rappelle Bouchaib Benhamida, président de la Fédération nationale du bâtiment et travaux publics. «Le concept n’avait pas pris à l’époque en raison de la faiblesse des volumes de programmes immobiliers qui étaient lancés», explique-t-il. Mais c’est surtout une habitude bien marocaine qui a fait que ce produit n’a jamais pu trouver son marché. «Les résidences préfabriquées n’offrent pas la possibilité de faire des travaux alors qu’il s’agit d’une condition sine qua non pour l’acquisition d’un logement pour la majorité des Marocains», estime M. Benhamida.

GBS a approché Al Omrane pour lancer des logements sociaux préfabriqués

Anticipant cet écueil, GBS envisage d’introduire au Maroc des résidences à cloisons amovibles facilitant les réaménagements souhaités par les propriétaires. Cette option devrait être proposée surtout pour les modèles d’entrée de gamme dont la cible est plus à même d’envisager des travaux, selon GBS. Car il faut dire que le groupe compte introduire plusieurs gammes de produits au Maroc. D’abord, l’idée est de lancer des constructions assimilables à des logements sociaux (250 000 DH). Dans ce sens, le groupe a déjà approché Al Omrane pour présenter son concept, et l’aménageur public envisagerait une expérience pilote pour tester le procédé. Ensuite, pour placer des produits de gamme supérieure, GBS démarche directement les propriétaires de terrain et les coopératives d’habitat. Cette dernière cible notamment se montre très intéressée et un terrain d’entente aurait déjà été trouvé avec des coopératives à Casablanca et Rabat pour la livraison d’appartements et de villas. Pour autant cette clientèle n’est pas solvable dans l’immédiat étant donné que les coopératives mettent en place progressivement leurs projets à mesure qu’elles parviennent à recruter de nouveaux membres.

En dernier lieu, GBS prospecte les promoteurs immobiliers dont certains de taille moyenne se sont montrés très intéressés. Mais l’on devine bien que le spécialiste ne prospectera cette cible qu’en dernier recours, ses produits se retrouvant immanquablement en concurrence avec la promotion immobilière classique.

De tous les produits commercialisés, GBS devrait concentrer son effort commercial principalement sur le moyen et le haut standing, étant donné que la montée en gamme s’accompagne d’un gain en compétitivité pour ses produits, comme l’explique M. Leclere. Sur ce dernier volet, précisons que GBS annonce des prix légèrement supérieurs aux tarifs de la construction classique. Ce surcoût s’explique, entre autres, par un droit d’importation appliqué aux produits préfabriqués. En effet, le procédé de GBS consiste à fabriquer des composantes à l’écart du site de construction, en l’occurrence à l’usine du groupe en Chine. Ces composantes sont ensuite acheminées vers le Maroc (une résidence de 100 mètres carrés peut tenir dans un conteneur de 45 pieds) avec un droit d’entrée de 25%.

Pour faire l’économie de cette charge, le groupe envisage à terme d’implanter une unité de fabrication au niveau local. L’idée étant que cette usine desserve également d’autres marchés africains (Guinée, Ghana, Afrique du Sud…) où le groupe est implanté. Mais même en produisant localement, GBS devrait tout juste s’aligner sur les prix des promoteurs immobiliers. A vrai dire, le groupe compte recruter de la clientèle en mettant en avant surtout l’argument de la qualité, notamment en termes d’isolation thermique et acoustique. Le spécialiste revendique également, entre autres avantages, un poids allégé pour ces produits, ce qui permet des économies au niveau des fondations et surtout des délais de construction représentant le tiers de ce que requiert la construction traditionnelle.