Les licences fixes expliquées par le patron de l’ANRT

Les appels d’offres seront lancés le 24 février, les opérateurs opérationnels avant fin 2005.
Quatre opérateurs peuvent être retenus.

La Vie éco : Les appels d’offres pour les licences du fixe seront lancés le 24 février. Quand exactement les nouveaux opérateurs pourront-ils exercer?
Mohamed Benchaâboune : Les candidats à ces licences disposeront de trois mois pour présenter leurs soumissions. Les adjudications seront prononcées en juin 2005. Dès notification de l’attribution de ces licences par le premier ministre, les nouveaux entrants seront autorisés à engager leur programme d’investissement. Toutefois, l’exploitation commerciale ne démarrera qu’à la promulgation des décrets relatifs auxdites licences.

Et cela nous ramène à…
On peut raisonnablement supposer qu’avant la fin de l’année, ils seront pleinement opérationnels.

Si vous deviez expliquer à un
profane ces licences en quelques phrases, combien sont-elles, de quelle nature …
Globalement, le réseau «fixe» a été découpé en trois segments : le réseau interurbain ou backbone qui est un réseau national reliant des centres urbains. La boucle locale (last mile) qui raccorde l’abonné final à un backbone. Ce réseau a été découpé, à son tour, en trois zones géographiques. Et enfin, le réseau international qui permet d’acheminer les communications électroniques de et vers l’international.
Pour chacun des segments précités, deux licences au maximum seront attribuées. Toutefois, les licences internationales ne peuvent être octroyées qu’à un adjudicataire d’une licence nationale (backbone ou boucle locale).

Il y a donc quatre opérateurs potentiels qui vont arriver sur le marché. Pensez-vous que cette fois-ci ça va marcher ? Quelle différence avec le premier appel d’offres ?
Théoriquement, il y a aura quatre opérateurs au maximum. Mais le règlement de la consultation autorise les investisseurs à soumissionner pour plusieurs licences. Donc il n’est pas exclu que deux soumissionnaires uniquement soient retenus.
Quant aux chances de succès, je pense qu’elles sont bonnes. Ces licences sont dites de «nouvelle génération», pour un ensemble de raisons dont, notamment, la neutralité technologique qui permet aux nouveaux investisseurs de choisir librement la technologie qui s’adapte le mieux à leur modèle de business. Nous avons à cet effet annexé à l’appel d’offres toutes les bandes de fréquence pouvant être mises à la disposition des soumissionnaires. Autre caractéristique, la mobilité limitée : elle permet d’offrir une option de mobilité dans un périmètre restreint autour de l’abonné. Lors du premier appel d’offres, les contraintes étaient trop nombreuses. Il y avait une seule licence globale, il fallait d’emblée couvrir sept villes et l’opérateur devait recourir à des investissements en infrastructures filaires comme seule technologie.
Enfin, le cahier des charges de l’appel d’offres actuel est l’aboutissement d’un long processus, qui s’est appuyé sur l’expertise d’un groupement de cabinets externes qui a mené une étude du potentiel de développement du marché marocain des télécommunications et examiné les différents scénarios. Cela sans compter la consultation informelle d’un ensemble d’investisseurs potentiels et des principaux acteurs du secteur afin de cerner leurs attentes.

Est-on obligé d’être un opérateur télécoms, au sens classique du terme (parc de clients, réseau commercial, offre téléphonique) pour souscrire ? Une entreprise bien organisée peut très bien faire du backbone, après tout…
Il est important de pouvoir justifier d’une expérience et d’une expertise dans le domaine pour pouvoir lancer rapidement des services et satisfaire les critères minimaux en matière de qualité et de continuité de service.

Concrètement, qu’est-ce que cela changera pour le client, particulier ou entreprise ? Pouvez-vous donner quelques exemples ?
Pour le client final, l’établissement de nouveaux réseaux de télécommunications lui assurera une diversité de l’offre. Cette diversité sera certainement porteuse de baisses tarifaires et d’amélioration de la qualité de service. Pour un marché qui a déjà vécu l’expérience de la concurrence au niveau des services mobiles (baisse et adaptation des tarifs, agressivité commerciale des opérateurs, adéquation et diversité des offres par rapport à des profils de clients, présence quasi-totale sur les principales villes du Royaume), l’entrée de nouveaux opérateurs ne pourra qu’être appréhendée de façon positive. La concurrence sur le segment fixe sera donc l’occasion d’une personnalisation de l’offre des services de données et d’internet. En effet, les professionnels exigent notamment un engagement sur la qualité de service à même de répondre efficacement à leurs besoins. L’introduction du principe de contrats spécifiques pour certaines catégories de clients par l’introduction de pratiques internationalement reconnues, comme l’engagement sur la qualité de service, est très attendue.

Le marché sera donc assez saturé. Et vous comptez lancer une troisième licence mobile en 2007…
Conformément à la note d’orientations générales de libéralisation du secteur, l’éventualité d’une troisième licence GSM serait envisagée en 2007 et ce, en fonction du niveau de satisfaction de la demande latente du marché, du degré de concurrence observé et du volume des investissements engagés. En revanche, nous ouvrirons les bandes de fréquence pour les services mobiles de troisième génération à un maximum de trois opérateurs.

La libéralisation du fixe devient aujourd’hui une réalité. A quand des offres de télévision par internet et des films sur mobiles ?
Les services mobiles dits de troisième génération (3G), à l’instar de l’UMTS en Europe, permettent d’offrir aux abonnés des applications gourmandes en bande passante comme la vidéo. Actuellement, l’agence est en train de mener une étude sur le potentiel du marché marocain dans ce domaine pour proposer à son conseil d’administration le meilleur scénario pour l’attribution des licences 3G. Les opérateurs terrestres marocains existants le jour du lancement de ces licences qui en formuleraient la demande se verront attribuer, dans les conditions fixées par l’administration, en priorité, ces licences et ce, avant la fin de l’année en cours. Il faut donc s’attendre au lancement de services nouveaux s’appuyant sur ces technologies en 2006.

En Europe, il est possible aujourd’hui et de manière tout à fait légale de téléphoner par internet (voix sur IP). Pourquoi le Maroc fait-il de la résistance ?
L’agence a publié une décision (N°04-04) parue au Bulletin officiel N° 5218 du
3 juin 2004. Cette décision autorise les exploitants de réseaux publics de télécommunications, détenteurs d’une licence permettant d’offrir un service téléphonique public, à exploiter cette technologie. Elle autorise également les centres d’appel à utiliser la voix sur IP dans le cadre de leurs missions, à condition de louer les infrastructures auprès d’opérateurs autorisés. Enfin, l’utilisation de la téléphonie IP par les réseaux indépendants à usage privé ou partagé et les réseaux internes est permise.

En d’autres termes, on ne peut faire le commerce de la voix sur IP, mais utiliser l’internet pour téléphoner de chez soi, même à l’étranger
Oui, c’est aujourd’hui parfaitement légal.

Dernière question, les administrations ne peuvent s’abonner que chez IAM puisqu’elles ne peuvent payer qu’avec des vignettes achetées par l’Etat auprès de cet opérateur. Il y a là matière à discrimination…
Ce problème a été dépassé en 2005. Une entité neutre est chargée désormais de la fabrication des vignettes confectionnées jusqu’alors par IAM. L’administration pourra passer un contrat avec l’opérateur télécoms qu’elle souhaite.

Mohamed Benchaâboune DG de l’ANRT
Les licences UMTS seront proposées aux opérateurs cette année.