Les laboratoires pharmaceutiques veulent l’ouverture du marché européen aux médicaments marocains

L’AMIP et l’AMMG ont adressé une lettre à  l’OMPIC pour dénoncer les effets négatifs de l’Accord de validation des brevets européens sur le secteur. Les industriels suggèrent la validation des Autorisations de mise sur le marché déposées au Maroc par l’Europe.

Entré en vigueur le 1er mars, l’Accord de validation des brevets européens au Maroc suscite des remous dans le secteur pharmaceutique national (voir article en page 30). Les industriels de cette filière ont envoyé, en début de semaine, une correspondance à l’Office marocain de la propriété industrielle et commerciale réclamant le texte de l’accord dont ils n’ont, affirment-ils, pas encore eu connaissance. Dans leur lettre, les professionnels parlent d’effets néfastes sur leur activité : pour l’Association marocaine de l’industrie pharmaceutique (AMIP) et l’Association marocaine des médicaments génériques (AMMG), cet accord est «une catastrophe pour l’industrie pharmaceutique marocaine qui entraînera des conséquences négatives aussi bien au niveau social que sur le plan économique». La validation des brevets européens au Maroc ouvrira la porte aux abus des grands groupes pharmaceutiques qui n’hésiteront pas, selon les génériqueurs marocains, à utiliser des artifices pour prolonger de 10 ou même 15 ans la durée de protection (20 ans) de leurs brevets initiaux.

«Aujourd’hui, plusieurs laboratoires n’hésitent pas, à l’approche de l’expiration de leur brevet, à déposer des demandes de nouveaux brevets après avoir procédé à de petites modifications de la molécule mère, notamment au niveau des excipients, de la forme ou même de la couleur. Du coup, les princeps ne tombent pas dans le domaine public et sa copie devient donc impossible!», explique l’AMMG. Ce qui pénalise le marché du médicament qui doit s’ouvrir davantage aux produits génériques dont le taux de pénétration ne dépasse pas 40%. L’accord de validation des brevets entraînera donc, avancent les opérateurs, une augmentation du coût de la médication d’une part et privera, en raison de la cherté du prix, un large pan de patients marocains de l’accès aux médicaments.

Le Maroc exporte exclusivement vers les pays africains

Par ailleurs, l’AMIP souligne que cet accord creusera davantage le déficit de la balance commerciale des médicaments qui est passé de 4 milliards de DH en 2013 à 5 milliards en 2014. Et l’AMMG d’ajouter : «Quelle est la contrepartie pour le Maroc ? Des pays comme l’Inde ou encore l’Egypte ont refusé, faute de contrepartie, de signer l’accord». Pour les industriels, le négociateur marocain «aurait dû demander une contrepartie évidente, à savoir la reconnaissance des AMM (autorisations de mise sur le marché) déposées au Maroc. L’intérêt de cette clause est de permettre une ouverture des marchés européens aux médicaments marocains. Cette condition est défendable puisque notre industrie est au point et que nous produisons selon les normes internationales». Aujourd’hui, rappelons-le, les exportations de médicaments, 10% du chiffre d’affaires du secteur, sont exclusivement destinées aux pays africains.