Les intérêts de la dette représentent le tiers du déficit budgétaire !

La courbe de l’endettement se remet à  grimper depuis 2009. Les charges en intérêts de la dette du Trésor en hausse de 10% en 2012, à  19.2 milliards de DH. Heureusement que le coût moyen de la dette a été divisé par deux en dix ans.

Depuis 2009, la courbe de l’endettement du Trésor, qui était sur un trend baissier une dizaine d’années durant, a brusquement changé de trajectoire, se mettant à grimper sous l’effet de déficits budgétaires de plus en plus élevés. De 68,1% du PIB en 2000, la dette du Trésor a en effet été ramenée à 47,1% en 2009, soit une baisse de 21 points. Puis, en une année (en 2010), elle est remontée à 50,3% du PIB, et a atteint 53,7% en 2011 pour finir, en 2012, à quelque 57%. Dix points de plus en seulement trois ans, c’est un renversement spectaculaire de tendance ! S’il faut tenir compte de la dette garantie (dont les derniers chiffres s’arrêtent à fin septembre 2012), la dette publique s’établirait à 589 milliards de DH, soit 70,5% du PIB.

Par rapport à des pays comme le Japon (200% du PIB), le Liban (134%), l’Italie (120%), le Portugal (108%), l’Irlande (108%)…, la dette marocaine demeure relativement faible. Il n’empêche qu’elle pèse tout à la fois sur le budget (remboursement du principal et des intérêts et commissions), sur les recettes en devises dans un contexte de déficit extérieur élevé, et sur les liquidités bancaires en raison du recours massif du Trésor au marché domestique pour financer ses besoins.

En 2010 et 2011, les flux nets du Trésor (solde entre les emprunts et les remboursements) se sont élevés respectivement à 41,65 et 46,37 milliards de DH, dont l’essentiel provient du marché local. En 2012, les flux nets sur le seul marché domestique se sont établis à 42,5 milliards de DH. A ce montant, il faudra bien sûr ajouter les emprunts extérieurs d’un montant de 18,3 milliards de DH. Cependant, on ne connaît pas encore le montant des charges de la dette extérieure publique ou celles du Trésor au titre de 2012 pour établir les flux nets, mais dans tous les cas ceux-ci ne devraient pas être inférieurs à 10 milliards de DH ; auquel cas les flux nets du Trésor (intérieurs et extérieurs) dépasseraient très largement les 50 milliards de DH en 2012.

Les charges en intérêts de la dette du Trésor se sont élevées à 19,2 milliards de DH en 2012 contre 17,5 milliards en 2011, soit une hausse de 10% et l’équivalent du tiers du déficit budgétaire. L’essentiel de ces charges, plus de 80%, a été payé aux investisseurs locaux. Les intérêts au titre de la dette extérieure directe ont été, quant eux, de 2,33 milliards, 3,04 milliards et 2,5 milliards de DH, respectivement en 2010, 2011 et 2012. Quant au remboursement en principal, ils se sont établis, selon la direction du Trésor, à 90,6 milliards de DH en 2010 et 78,1 milliards en 2011. Les chiffres consolidés pour 2012 des remboursements en principal de la dette du Trésor ne sont pas encore arrêtés.

Globalement, le coût moyen de la dette de l’administration a énormément baissé : de 6,8% en 2000, il passe à 4,5% en 2011. Les données pour 2012 ne sont pas encore disponibles, mais le coût moyen ne devrait pas varier substantiellement, dans un sens ou dans un autre. Et cette baisse a particulièrement concerné la dette intérieure, dont le coût moyen, sur la période considérée, a pratiquement été divisé par deux : 4,8% en 2011 au lieu de 8,3% en 2000. Le coût de la dette extérieure en revanche, après avoir été ramené de 5,3% en 2000 à 3,4% en 2005, a vu sa courbe remonter à partir de 2006 pour culminer à 4,2% en 2009. En 2010, le coût de la dette extérieure avait baissé à 3%, mais en 2011, la courbe se remet à grimper (3,3%), en raison de la hausse du stock de la dette consécutivement à l’emprunt (1 milliard d’euros) contracté en octobre 2010.

Les intérêts de la dette extérieure représentent 4,9% des recettes courantes de la balance des paiements

Avec le dernier emprunt de 1,5 milliard de dollars, le coût moyen subirait probablement encore une augmentation, mais grosso modo la politique de gestion active de la dette extérieure (rachat de la dette onéreuse, reconversion en investissements, swap de devises, etc.) a eu des impacts très positifs sur son coût. En effet, les charges en intérêts de la dette de l’administration représentent 9,6% des recettes ordinaires en 2012, contre 17,4% en 2011, selon les statistiques de la direction du Trésor et des finances extérieures. Pour ce qui est de la dette extérieure, les charges en intérêts qu’elle produit pour le Trésor se sont établies à 0,8% des recettes courantes de la balance des paiements, au lieu de 4,5% en 2000. Avec 1,9% de charges en principal, contre 8,5% en 2000, les charges totales de la dette extérieure directe représentent 2,7% des recettes du compte courant de la balance des paiements, au lieu de 13% une dizaine d’années auparavant.

Les gains, on le voit, sont énormes, à cette précision près que le compte des transactions courantes de la balance des paiements était excédentaire pendant une bonne partie de la décennie 2000. C’est seulement à partir de 2007 que ce compte a commencé à accuser des déficits qui s’alourdissent d’année en année. Et cela change complètement la donne, car les remboursements des charges de la dette extérieure depuis 2007 ne proviennent plus (sauf pour les intérêts) des recettes du compte courant mais de prélèvements sur les avoirs de devises ou d’emprunts extérieurs. Et il semble bien que, au moins pour l’année en cours, il est difficile de “tirer” encore sur les réserves en devises, déjà à un niveau faible, ce qui obligerait à recourir de nouveau à l’emprunt, augmentant du même mouvement le stock de la dette.

Cette considération prend encore plus de relief lorsqu’on raisonne en terme de dette publique (celle du Trésor ajoutée à celles des entreprises et établissements publics). Le stock de cette dette publique extérieure a certes été ramené de 43,4% du PIB en 2000 à 23,6% du PIB en 2011 (en 2012 ça devrait augmenter sans doute en raison de l’importance des tirages effectués). Ses charges ont certes baissé de 18,9% en 2000 à 4,9% en 2011 par rapport aux recettes du compte courant de la balance des paiements. Mais 4,9% d’un compte déficitaire, cela pose forcément problème. Et ceci sans parler des remboursements en principal, qu’il faut également puiser dans les réserves de devises ou emprunter à l’extérieur. En un mot comme en mille, la dette extérieure publique, nonobstant son poids dans le PIB ou sa valeur absolue, est aujourd’hui un lourd fardeau au regard des déficits extérieurs élevés.

S’agissant de la dette intérieure, le problème que cela pose, indépendamment du ratio des charges sur les recettes ordinaires, est que le recours intensif du Trésor au marché domestique, qu’on le veuille ou non, crée une sorte de confort pour le système bancaire lequel, ce faisant, opère des placements ne comportant aucun risque. On le sait, toute la dette (intérieure) du Trésor n’est pas contractée auprès des banques (celles-ci en détiennent 1/3) mais certains institutionnels qui en détiennent la plus grosse part ne sont pas tous satisfaits de l’obligation qui leur est faite de placer leurs excédents dans les bons du Trésor.

Au-delà, la question se pose de savoir pourquoi payer autant d’intérêts, pour la dette intérieure du moins (16,7 milliards de DH en 2012), alors que dans l’absolu rien n’empêche le Trésor, au lieu de faire un détour par les banques, d’aller directement à la source, qui est la banque centrale (voir encadré) !