Les Intégrales de l’investissement, acte II, se penchent sur la région

Tenues les 1er et 2 décembre à Skhirate, elles ont mis l’accent sur la nécessité de mettre en place des modèles économiques spécifiques à chaque région.
L’objectif est d’exploiter les potentialités situées en dehors de l’axe Kénitra-El Jadida.
Le problème des ressources humaines était l’un des points saillants des débats.

Il y avait foule, ce jeudi 1er décembre au Palais des congrès de Skhirate. Nombreux ont été les opérateurs économiques marocains et étrangers aussi bien que les officiels et les experts de tous bords à faire le déplacement pour assister à l’ouverture de la seconde édition des Intégrales de l’investissement, qui devait s’étaler sur 2 jours. Après une première édition, en 2003, consacrée à la promotion du «produit Maroc» auprès des investisseurs étrangers, la IIe édition des intégrales de l’investissement initiée par la Direction du même nom (DI), a été placée sous le thème du développement des régions. De nombreux experts nationaux et internationaux ont été invités à se pencher sur cette question du développement régional. Pourquoi un tel choix ? Tout simplement, explique Hassan Bernoussi, le patron de la DI, parce qu’au Maroc la problématique de l’investissement sera de plus en plus liée au développement régional. D’une part, du fait que les orientations politiques et économiques du pays vont franchement dans ce sens. D’autre part, parce que notre politique en ce domaine n’est pas encore très rodée. «Or, globalement, la régionalisation au Maroc a démarré avec beaucoup de retard», affirme Hassan Abouyoub, ex-ministre et ancien ambassadeur du Maroc en France. Il reste, en effet, tout un travail d’adaptation à réaliser de la part des autorités et des élus locaux pour impulser à chaque région sa propre dynamique de développement. Un travail d’identification des potentialités régionales s’impose aussi, car «sachez, s’exclame M. Bernoussi, que certaines régions sont assises sur de vraies mines d’or sans que ceux qui les gèrent n’en soient conscients». Pas toutes bien sûr, et à ce niveau, il s’agit de faire en sorte que ce fameux axe Kénitra-El Jadida ne soit plus aussi prédominant qu’il ne l’est actuellement. Car, estime le directeur de la DI, «ce qui fait le plus défaut aux régions, c’est l’insuffisance voire le manque flagrant de ressources humaines qui se répercute sur le niveau organisationnel et de mise en valeur des potentialités». L’essentiel est que la mise à niveau se fasse selon des critères propres au pays et non pas en fonction d’un modèle importé. «Il y a un modèle marocain qui organise l’action locale. Il s’agit de faire en sorte qu’il devienne opérationnel», dira d’ailleurs Mustapha Bakkouri, directeur général de la CDG.

Un livre blanc devrait être édité à l’issue de la manifestation
Les travaux de ces IIe Intégrales de l’investissement avaient donc l’ambition de sortir avec une série de recommandations en matière de gestion régionale, notamment pour ce qui est du financement des projets, mais aussi de l’émergence d’un certain «marketing territorial» lié à la politique de l’aménagement du territoire. Hassan Bernoussi n’exclut d’ailleurs pas l’édition d’un livre blanc sur l’investissement dans les régions à l’issue des travaux.
Selon M. Bernoussi, si l’investissement au Maroc se porte globalement bien, comme en témoigne l’évolution de son volume depuis plus d’une dizaine d’années, et ceci en dehors des pics dus à des opérations exceptionnelles, il est évident qu’il y a encore des poches de résistance à cet investissement, qu’il soit étranger ou domestique. En outre, la multiplicité des intervenants, les conflits de compétences et d’intérêts continuent de constituer des freins. A tel point, précise-t-il, que la plupart des grands projets agréés le sont dans le cadre de dérogations.
L’importance accordée aux régions dans cette édition s’est manifestée par un autre signe : l’invitation de l’Espagne en qualité d’hôte d’honneur. Ce pays était en 2003 au 1er rang des investisseurs étrangers au Maroc, et capitalise une longue expérience en matière de régionalisation. De janvier à octobre 2004, l’Espagne a retrouvé sa deuxième place après la France avec 4 % des investissements ( voir tableau en page précédente). La Suisse a été aussi présente pour son expérience avérée en la matière, ainsi que d’autres pays.
Une idée directrice s’est ainsi imposée dans les débats : il ne faut pas que les politiques de développement régionale soient calquées sur les politiques nationales, bien au contraire, la région doit être en mesure, grâce au travail de ses acteurs, de dégager une politique endogène pour son développement, quitte à transgresser, le cas échéant, les découpages administratifs pour leur préférer les affinités culturelles. Mais comme devait le souligner Driss Benhima, directeur général de l’Agence pour la promotion et le développement économique et social des préfectures et provinces du Nord, «on a encore du mal à sortir des espaces administratifs. La stratégie régionale ne doit pas être un catalogue des stratégies étatiques» .